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Ukraine : Moscou salue "prudemment" la victoire des pro-occidentaux aux législatives


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Ukraine : Moscou salue "prudemment" la victoire des pro-occidentaux aux législatives

Le revers était attendu, il s’est confirmé dans les urnes. En Ukraine, le bloc de l’opposition, réunissant les alliés de l’ancien président Viktor Ianoukovitch et conduit par l’ex-ministre de l‘Énergie Iouri Boïko, obtient un score très faible. Il conserve cependant quelques députés à la Rada.

Le constat est identique concernant le Parti radical du populiste Oleg Liachko et les nationalistes et radicaux de Svoboda.

Ce sont donc les partis pro-occidentaux ukrainiens qui remportent haut la main ces législatives, avec, en tête, le Bloc du président Petro Porochenko, au coude-à-coude avec le Front Populaire de son Premier ministre Arseni Iatseniouk.

Si cette victoire, d’une ampleur sans précédent depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991, fait dire au président Porochenko que les électeurs ont voté la confiance à son plan de paix, reste que près de trois millions d’Ukrainiens des régions de l’est du pays n’ont pas pu voter en raison du conflit entre les troupes ukrainiennes et les combattants pro-russes.

Moscou a de son côté salué prudemment la victoire des partisans d’un “règlement pacifique” de ce conflit. La presse russe, elle, a affiché son scepticisme. Il faut dire que si les forces pro-occidentales sont désormais fermement installées au pouvoir, elles souffrent de nombreuses divisions qu’elles vont devoir surmonter pour former une coalition.

Les résultats du scrutin vus par Moscou

Entretien avec Alexeï Pouchkov, Président de la commission des Affaires étrangères de la Douma

Les résultats des élections législatives en Ukraine sont également très suivis à Moscou, et c’est depuis la capitale russe que nous a rejoints Alexeï Pouchkov, le Président de la commission des Affaires étrangères de la Douma.

Andrei, Belkevich, euronews :
Monsieur Pouchkov, bonjour. Avant tout, à quel degré peut-on considérer ce vote comme démocratique et juste, et est-il reconnu comme légitime par Moscou ?

Alexeï Pouchkov :
“Moscou reconnaît ce vote. Quant à son caractère démocratique et juste, j’ai, personnellement, de sérieuses réserves. Je considère qu‘étant donné la poursuite même limitée des combats dans l’est de l’Ukraine et le fait qu’une partie considérable de la population de cette zone n’a pas pu voter, ces élections n’ont pas pu engager tous les électeurs du pays. À part cela, nous savons tous dans quel climat ce scrutin s’est déroulé : les députés suspectés de protéger les intérêts de l’ancien gouvernement ont été littéralement jetés à la poubelle, sans parler de l’hystérie anticommuniste. On a aussi empêché le Parti des Régions de proposer ses candidats aux élections, donc pour moi personnellement ces élections n’ont pas été démocratiques”.

euronews :
Pour la première fois, des députés du Parti des Régions en tant que tel et du Parti communiste ne siégeront pas à la Rada. Il s’agit de formations qui ont été considérées par certains aspects comme pro-russes. Comment, dans ces conditions, Moscou compte-t-elle construire des relations avec Kiev ?

Alexeï Pouchkov :
“Personnellement, je ne considère pas le Parti des régions et le Parti communiste comme pro-russes. Je crois qu’il s’agissait bien de partis pro-Ukrainiens, mais le fait même de leur absence au parlement réduit le champ de la représentation parlementaire. Notez aussi que 47 % des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. Cela aussi en dit beaucoup. Parmi les partis présents qui présentaient seulement la plate-forme nationaliste, les gens ne savaient pas pour qui voter. Ils ne voyaient tout simplement pas leur candidat. Ne l’oublions pas. En ce qui concerne la composition actuelle de la Rada, elle va simplement des ultra-nationalistes à ceux simplement nationalistes.

Comment la Russie va construire des relations avec Kiev ? Je pense qu’il faut poser cette question à l’Ukraine. Comment compte-t-elle construire ses relations avec Moscou, puisque, à mon avis, aujourd’hui, l’Ukraine dépend, en grande partie, de relations commerciales et économiques normales avec la Russie – beaucoup plus que la Russie ne dépend de l’Ukraine ?. Donc, c’est à Kiev, à l’Ukraine, de décider comment elle veut construire des relations avec la Russie. Et à partir de là, les choses deviendront plus claires pour nous”.

euronews :
En ce qui concerne la composition de la Rada, certains partis nationalistes comme celui de Secteur droit, n’entreront pas au parlement. Cela signifie-t-il que la menace du nationalisme radical en Ukraine a été en quelque sorte surestimée ?

Alexeï Pouchkov :
“A mon avis, cette menace n’est pas surestimée puisque le nationalisme radical est implanté dans d’autres partis, notamment le Front Populaire d’Yatseniouk. Le Parti radical de Lyachko représente lui aussi le nationalisme radical, et si vous comptez toutes les voix qui ont été données aux nationalistes-radicaux, c’est-à-dire, au parti de Lyachko, Svoboda et Pravy Sector, vous vous apercevez que cela représente quelque 15 %. C’est un chiffre très significatif. Parallèlement, les opinions des nationaux-radicaux se retrouvent dans la pratique politique en Ukraine, par des représailles contre ceux qui ne sont pas d’accord, par cette politique de terreur contre les communistes… Donc, non, je ne crois pas que la menace soit surestimée. Je pense que le facteur nationaliste-radical joue, malheureusement, un rôle considérable”.

euronews :
Alexeï Pouchkov, Président de la commission des Affaires étrangères de la Douma, merci.

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