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Les dernières volontés de la jeune iranienne exécutée


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Les dernières volontés de la jeune iranienne exécutée

Ce que vous entendez, c’est un extrait de la lettre d’Adieu de la jeune iranienne exécutée, un message émouvant daté du 1er avril dernier que Reyhaneh Jabbari adresse à sa mère. La jeune iranienne a été pendue samedi matin, suscitant l’indignation de plusieurs pays.
Dans cette lettre, Reyhaneh demande à sa mère “de ne pas porter son deuil” et de “la donner au vent pour qu’il l’emporte”.

Décoratrice d’intérieur, âgée de 26 ans, la jeune femme avait été condamnée à mort en 2009 pour le meurtre en juillet 2007 de Morteza Abdolali Sarbandi, un chirurgien et ancien employé du ministère des Renseignements, au terme d’un procès “partial” selon Amnesty.

La jeune femme accusait sa victime de l’avoir violée, mais la justice iranienne l’a condamnée pour meurtre avec préméditation.

Des artistes et des personnalités de la société civile avait appelé à la clémence, tout comme des organisations internationales des droits de l’Homme. Sur la page Facebook créée en soutien à Reyhaneh Jabbari apparaît désormais le message “Repose en paix” et des photos de la jeune fille lorsqu’elle était encore enfant.

Voici la traduction complète de son message publié sur le site du Conseil national de la résistance iranienne, qui fédère une faction de l’opposition iranienne à l‘étranger contre la République islamique d’Iran. Cette lettre a été révélée par des militants pacifistes iraniens :

“Chère Sholeh, j’ai appris aujourd’hui que mon tour est venu de faire face à Qisas (la loi du Talion). Je me sens blessée que tu ne m’aies pas avertie toi-même que j’en étais à la dernière page du livre de ma vie. Ne penses-tu pas que j’aurais dû le savoir ? Tu sais combien je me sens honteuse de te savoir si triste. Pourquoi n’as-tu pas saisi l’occasion (d’une visite) pour me laisser embrasser ta main et celle de papa ?

Le destin m’a permis de vivre pendant dix-neuf ans. Cette horrible nuit, c’est moi qui aurais dû être tuée. Mon corps aurait été jeté dans un recoin de la ville et quelques jours après, la police vous aurait appelés à la morgue pour l’identifier et là, vous auriez également appris que j’avais été violée. Le meurtrier n’aurait jamais été trouvé puisque nous n’avons ni leur argent, ni leur pouvoir. Votre vie se serait alors poursuivie dans la souffrance et la honte, et quelques années plus tard, vous seriez morts de cette souffrance et tout serait terminé.

Cependant, avec ce coup fatal, l’histoire a changé. Mon corps n’a pas été jeté n’importe où, mais placé dans le tombeau qu’est la prison d’Evine et ses quartiers d’isolement et maintenant dans la prison de Chahr-e-Ray, qui est aussi un véritable tombeau. Mais pense que c’est le destin et ne te plains pas. Tu sais bien que la mort n’est pas la fin de la vie.

Tu m’as appris qu’on vient sur cette terre pour gagner en expérience et apprendre une leçon et qu’une responsabilité vient s’ajouter sur nos épaules à chaque naissance. J’ai appris que parfois, on doit se battre. Je me souviens quand tu m’as dit que le conducteur avait protesté contre l’homme qui me fouettait, mais ce dernier s’est tourné vers lui et, avec sa lanière, lui a cravaché la tête et le visage au point qu’il en est mort. Tu m’as dit que pour créer quelque chose de vraiment valable, il fallait persévérer même si on doit en mourir.

Tu nous as appris que puisque nous allions à l‘école, nous devions nous conduire avec dignité, comme des grands, face aux querelles et aux plaintes. Est-ce que tu te rappelles combien tu insistais sur la manière de nous conduire ? Ton expérience ne m’a pas servie. Quand cet incident est survenu, ce que j’avais appris ne m’a pas aidée. Lorsque j‘étais devant les juges, j’ai été présentée comme une meurtrière de sang-froid et une criminelle cruelle. Je n’ai pas pleuré. Je n’ai pas supplié. Je n’ai pas hurlé, car je faisais confiance à la loi.

Mais on m’a condamnée pour mon indifférence face à ce crime. Tu vois, je ne tuais même pas les moustiques et je prenais les cafards par les antennes pour les éloigner. Et maintenant, je suis devenue une meurtrière qui a tué avec préméditation. Le traitement que je fais aux animaux a été interprété comme le signe que je voulais être un garçon et le juge ne s’est même pas préoccupé du fait qu‘à l‘époque de l’incident, j’avais les ongles longs et vernis.

Comme nous avons été naïves d’attendre de la justice de la part d’un juge. Il ne s’est jamais interrogé sur le fait que mes mains ne sont pas rugueuses comme celles d’une sportive, particulièrement d’une boxeuse. Et ce pays dont tu m’as inculqué l’amour n’a jamais voulu de moi et personne n’est venu à mon aide quand je hurlais sous les coups de l’interrogateur et que je l’entendais me couvrir d’insultes. Quand j’ai retiré mes dernières traces de beauté en me rasant la tête, j’ai été récompensée : 11 jours d’isolement.

Chère Sholeh, ne pleure pas de ce que tu entends. Le premier jour que je me suis trouvée au poste de police, un agent âgé, célibataire, m’a frappée à cause de mon vernis à ongles et j’ai compris que la beauté n‘était pas acceptée à notre époque. La beauté de ce que l’on montre de soi, la beauté des pensées et des désirs, une belle écriture, la beauté des yeux et du regard, et même la beauté d’une voix.

Ma bien chère Maman, mes idées ont changé et tu n’en es pas responsable. Mes mots sont sans fin et je les donne tous à quelqu’un afin qu’ils te soient remis au cas où je serais exécutée en ton absence et sans que tu le saches. Je t’ai laissé en héritage beaucoup de textes manuscrits.

Cependant, avant ma mort, je souhaite que tu fasses quelque chose pour moi, que tu dois me donner dans toute la mesure de tes possibilités et par n’importe quel moyen. En vérité, c’est la seule chose que je veuille en ce monde, de ce pays et de toi. Je sais que tu auras besoin de temps pour le faire. C’est pourquoi je te dis une partie de mon testament à l’avance. S’il te plaît ne pleure pas et écoute. Je veux que tu ailles au tribunal et que tu leur fasses part de ma requête. Je ne peux pas écrire de l’intérieur de la prison une telle lettre qui a à être approuvée par le responsable de la prison ; de sorte que tu vas encore souffrir par ma faute. C’est la seule chose que même si tu devais avoir à supplier pour le faire, je ne m’en fâcherais pas, bien que je t’aie souvent dit que je ne voulais pas que tu supplies pour m‘éviter l’exécution.

Ma douce mère, chère Sholeh, toi qui m’es plus précieuse que la vie, je ne veux pas pourrir sous la terre. Je ne veux pas que mes yeux ou mon jeune coeur se transforment en poussière. Supplie pour qu’aussitôt après la pendaison, mon coeur, mes reins, mes yeux, mes os et toute partie de moi qui peut être transplantée soient retirés de mon corps et donnés en cadeau à quelqu’un qui en a besoin. Je ne désire pas que le receveur connaisse mon nom, m’achète des fleurs ni même qu’il prie pour moi. Je te dis du fond du coeur que je ne désire pas être placée dans une tombe devant laquelle tu viendrais pleurer et souffrir. Je ne veux pas que tu portes le deuil pour moi. Fais tout ton possible pour oublier ces jours funestes. Donne-moi au vent pour qu’il m’emporte.

Le monde ne nous a pas aimés. Il n’a pas voulu de mon destin. Et maintenant, je me rends et j’attends la mort à bras ouvert. Parce que devant le jugement de Dieu, j’accuserai les inspecteurs, j’accuserai l’interrogateur Shamlou, j’accuserai le juge, et les juges de la cour suprême du pays qui m’ont battue quand j‘étais éveillée et n’ont pas arrêté de me harceler. Devant le tribunal du Créateur, j’accuserai le Dr Farvandi, j’accuserai Qassem Shabani et tous ceux qui par ignorance ou par leurs mensonges m’ont fait du tort et ont piétiné mes droits et n’ont pas tenu compte du fait que la réalité est parfois différente de ce qu’elle paraît être.

Chère Sholeh au coeur tendre, dans l’autre monde c’est toi et moi qui serons les accusatrices et les autres qui seront les accusés. Nous verrons ce que Dieu veut. J’aimerais t’embrasser jusqu‘à ma mort. Je t’aime.

Reyhaneh, 1er avril 2014 “

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