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L'Allemagne supporte toujours les conséquences économiques de la chute du mur

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L'Allemagne supporte toujours les conséquences économiques de la chute du mur

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Il y a 25 ans, la chute du Mur de Berlin a bouleversé l’Allemagne et le monde entier. Sur le moment, probablement personne n’aurait pensé qu’un quart de siècle plus tard, l’Allemagne aurait encore à affronter les conséquences de cet évènement.
On estime à 2.000 milliards d’euros jusqu‘à présent le montant des dépenses de l’Etat fédéral allemand pour l’unification. Pourtant, l’est de l’Allemagne ne soutient toujours pas la comparaison avec l’ouest.

Après avoir été séparées depuis 1949, date de la déclaration de souveraineté de la RDA, les deux Allemagne vont être à nouveau réunies en 1990.
La pauvreté est beaucoup plus présente dans les länder qui formaient la RDA.
Les régions les plus pauvres se trouvent en majorité à al frontière avec la Pologne.

Le taux de chômage est à 9,1% dans l’est de l’Allemagne comparé aux 5,8% de l’ouest du pays.
Quand le salaire brut moyen est de 2317 euros à l’est, il dépasse les 3.000 euros à l’ouest.

Quand en juillet 1990, le chancelier Helmut Kohl promettait que l’ancienne RDA se transformerait en un immense paysage fleuri, il n’imaginait pas quelle charge le pays allait devoir supporter.

Duplex Karl Brenke : German institute for Economic Research of Berlin.

Sigrid Ulrich, Euronews
“Il y a 25 ans le mur de Berlin tombait. En termes d’activité économique, de productivité, de revenu, de richesse de chômage et de pauvreté, l’Allemagne est toujours clairement divisée entre l’est et l’ouest.
Karl Brenke, bonjour, vous êtes économiste à l’institut allemand de recherche économique de Berlin : nous n’avons toujours pas vu les “paysages fleuris” dont parlait Helmut Kohl. Mais y a-t-il au moins “quelque chose sur la route vers l’intégration, qui rassemble tout le monde” comme l’exprimait Willy Brandt ?

Karl Brenke : German Institute for Economic Research
Oui je pense. Les attentes de 1989, alimentées par la classe politique, particulièrement par le chancelier Helmut Kohl, étaient trop élevées. Mais quelque chose de grand a été fait durant ces 25 ans. Les nouveaux Länders sont maintenant pourvus d’une infrastructure très moderne. Nous constatons une réindustriallisation certaine et la performance économique de l’industrie de l’est de l’Allemagne – mesurée par habitant – est au niveau moyen de l’Union européenne.
Mais nous avons en fait un certain nombre de problèmes.
L’est doit rattraper son retard de productivité, de salaires, de revenus, en terme d’emplois. Donc je le dirai de la manière suivante : la période de transformation est accomplie. Maintenant nous constatons un nombre de problèmes régionaux clairement visibles.
Mais ces problèmes régionaux existent partout en Europe.

Euronews:

“Vous avez dit que sur les deux prochaines décades il n’y aura probablement pas beaucoup de changement concernant le rapprochement des niveaux de vie. Mais à cette date, les deux parties du pays seront réunies aussi longtemps qu’elles auront été séparées.

K. Brenke
A peu près les 3/4 du processus d’ajustement sont réalisés. Ce qui vient maintenant est un petit peu plus difficile. Il y aura des régions à l’est qui se développeront relativement bien. Je pense aux traditionnels centres industriels, les régions à haute densité de population. Et nous avons des régions dans les nouveaux Länder oú c’est dur. Je veux parler des régions frontalières avec la Pologne, avec la République tchèque, qui sont essentiellement des régions agricoles. Mais ces régions étaient déjà en difficulté avant que l’Allemagne de l’est existe. Même avant le règne du Kaiser à la fin du XIXème siècle.

Je pense qu’on va constater des différences à l’intérieur de l’est de l’Allemagne comme on a aussi des différences en Allemagne de l’ouest oú on a une division nord-sud assez prononcée par exemple.

Euronews:

Quel rôle a joué la monnaie ? Pour beaucoup d’allemands de l’est, le Deutsche Mark avait une valeur symbolique magique. Et la plupart des experts au sein de la Bundesbank ont trouvé que l’Union monétaire est arrivée trop tôt.

K. Brenke
Oui, économiquement parlant, l’Union monétaire en 1990 a été une erreur fatale, un désastre. Elle a mis une énorme pression sur le secteur industriel. On a vu la production industrielle s‘écrouler de moitié en quelques semaines. Et cette chute aurait été beaucoup plus importante si les hommes politiques n’avaient pas mis en place des mesures de soutien. Mais politiquement, l’union monétaire, on ne pouvait pas l‘éviter. Sans l’Union monétaire, les gens se seraient enfuis. L‘économie est-allemande aurait été saignée à blanc.

Euronews:
“Il y avait des slogans du genre : “si le Deutsche Mark ne vient pas à nous nous irons à lui “, si je me rappelle bien…..

K. Brenke
Oui c’est exactement ça. La population en Allemagne de l’est comptait sur l’Union monétaire. Mais d’un autre côté, économiquement ça n‘était pas tenable. L’Union monétaire a tout simplement escamoté le bouclier de la monnaie du jour au lendemain et contrairement à des pays qui ont vécu une période de transition comme la Pologne et la République tchèque, on s’est aperçu tout à coup que les marchandises étaient devenues invendables sur les marchés internationaux.
Qu’est-ce qui arriverait par exemple à une Golf Volkswagen qui coûte aujourd’hui 20.000 euros si cette même voiture devait être vendue 80.000 euros. Vous ne pourriez plus trouver de clients. C’est exactement ce qui s’est passé pour l’industrie est-allemande.