DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

"L'Iran est victime d'un terrorisme médiatique et politique"


interview

"L'Iran est victime d'un terrorisme médiatique et politique"

La situation en matière de droits de l’Homme en Iran est une nouvelle fois passée au crible. Dans un récent rapport, les Nations Unies ont fermement condamné les atteintes aux libertés civiles dans le pays.
À Genève, euronews a recueilli la réponse du secrétaire du Haut Conseil iranien pour les droits de l’Homme à ces critiques.

James Franey, euronews :
“On parle beaucoup de la situation des droits de l’Homme en Iran : on entend des allégations de torture, de répression des opposants politiques. Il y a beaucoup d’allégations sérieuses, pas seulement de la part des Nations Unies, mais aussi d’organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch. Comment réagissez-vous à tout ça ?”

Mohammad Javad Larijani, secrétaire du Haut Conseil iranien pour les droits de l’Homme :
“Je pense qu‘à l’heure actuelle, l’Iran est la victime d’un nouveau type de terrorisme : j’appelle cela, le terrorisme médiatique et politique.
Au Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, quand vous regardez le nombre de pays qui ont parlé de l’Iran, ils sont plus d’une centaine à avoir donné leur point de vue.
Environ cinquante – les États-Unis et les Européens en majorité – ont critiqué l’Iran. Les autres qui sont plus de soixante-dix ont exprimé de la sympathie vis-à-vis de l’Iran.
Pour nous, le monde, ce ne sont pas les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. On se place à l‘échelle de la planète.
Ces gens font beaucoup d’histoires et ils sont les porte-drapeaux des droits de l’Homme. Or la situation des droits de l’Homme aux États-Unis est mauvaise.”

James Franey :
“Cette idée que certains feraient preuve de parti pris à l‘égard de l’Iran semble fausse : parce que ces mêmes organisations – Amnesty International, Human Rights Watch – ont beaucoup critiqué la situation des droits de l’Homme aux États-Unis, notamment concernant Guantanamo. Il n’y a pas vraiment de parti pris, non ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Quand on voit les gouvernements qui nous mettent en cause, il est assez évident qu’on a affaire à des critiques construites politiquement, manipulées politiquement. Puis il y a ce que disent les ONG comme on les appelle. Il faut noter un deuxième aspect dans les critiques qui nous sont faites : on ne prend pas en considération nos différences. Depuis 35 ans, nous bâtissons un régime politique et civil qui repose sur la logique de l’Islam, qui est démocratique, mais qui n’est pas libéral d’un point de vue moral et qui n’est pas laïc.”

James Franey :
“Vous êtes le pays qui affiche le taux d’exécution par habitant le plus élevé au monde. En tant que secrétaire du Haut Conseil iranien pour les droits de l’Homme, en êtes-vous fier ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Absolument pas. On ne s’en satisfait vraiment pas et ça nous inquiète. On est en train de faire évoluer les législations qui ont abouti à cette situation.
Comme vous le savez – et on m’en a informé plusieurs fois -, près de 80 % de ces exécutions résultent de délits liés aux drogues. Je crois que si nous changeons la législation sur les stupéfiants, il y aura moins d’exécutions pour ce type d’infractions. C’est une première étape pragmatique en vue de réduire le nombre total d’exécutions.”

James Franey :
“J’aimerais passer à des cas concrets. Le reporter du Washington Post Jason Rezaian est détenu depuis plus de 100 jours. Qu’a-t-il fait de mal ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Je ne suis pas en position de juger. Je peux simplement vous dire que des responsables de la sécurité ont engagé des poursuites contre lui pour son implication dans des activités qui vont au-delà du journalisme et qui portent atteinte à la sécurité de l‘État.”

James Franey :
“Le dernier article qu’il a écrit avant d‘être mis en prison parlait de l’intérêt des Iraniens pour le baseball. Est-ce une menace pour la sécurité nationale ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Non, effectivement, ce n’est pas un motif de poursuite.”

James Franey :
“Votre frère est à la tête du système judiciaire. Il a le pouvoir de recommander qu’une personne soit graciée par le Guide suprême.
D’après vous, quelles sont les chances pour ce journaliste d‘être libéré dans les prochains jours ?”

Mohammad Javad Larijani :
“D’abord, il y a la procédure judiciaire. Ensuite, le tribunal décidera peut-être de le gracier lui-même en levant les charges qui pèsent contre lui et tout sera fini. Dans le cas contraire, il sera incriminé et après, il pourra y avoir une demande de grâce. Donc on doit respecter l’ensemble des procédures. On ne peut pas procéder directement.”

James Franey :
“Et vous pensez que cela peut prendre une semaine ou deux ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Je dirais moins d’un mois.”

James Franey :
“Je voudrais aussi évoquer le cas de Ghoncheh Ghavami : cette étudiante irano-britannique a participé à un rassemblement de femmes qui voulaient assister à un match de volley. Elle est aujourd’hui en détention depuis plus de 125 jours. Elle n’a pas pu rencontrer son avocat avant sa première confrontation avec un juge. Que s’est-il passé ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Le problème n’est pas de vouloir assister à un match : le problème, c’est qu’elle a enfreint les règles en suscitant de l’agitation et de la violence aux alentours. Dans les lieux où se déroulent les matchs, le climat est très instable. Vous avez ça dans les pays occidentaux : dans ces endroits, un acte isolé peut être à l’origine d’un déchaînement de violence.”

James Franey :
“N’est-ce pas un signe de faiblesse que la République islamique d’Iran ait peur d’une étudiante en droit âgée de 25 ans ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Pas du tout. Pourquoi parlez-vous de faiblesse ? Nous faisons preuve d’une grande force dans la manière dont nous appliquons notre mode de vie et nos législations. Si une personne fait quelque chose de mal dans le métro de Londres, la police la placera en détention. Ce n’est pas une faiblesse qui nous ferait dire que le gouvernement britannique a peur : c’est la manière dont les lois s’appliquent partout dans le monde.”

James Franey :
“Il y a de nombreuses irrégularités dans la procédure qui la concerne. Ses proches se disent bouleversés. Seriez-vous d’accord pour les rencontrer ?”

Mohammad Javad Larijani :
“La porte de mon bureau est toujours ouverte quand il s’agit de rencontrer la famille d’un accusé ou la famille d’une victime. Ma porte est assurément ouverte.
Selon moi, il n’y a pas d’irrégularités dans cette procédure. Ses proches peuvent venir nous rencontrer et nous leur donnerons des explications approfondies. Leurs avocats peuvent aussi venir nous voir, nous leur expliquerons les choses. Si on découvre qu’il y a une irrégularité, on se penchera immédiatement sur le dossier, on suivra la manière dont il est géré et on tirera les choses au clair.”

James Franey :
“Donc est-ce que vous allez enquêter sur cette affaire ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Si on découvre qu’il y a une irrégularité, il est clair qu’on le fera.”

James Franey :
“Impossible pour moi de ne pas vous interroger sur les négociations en cours avec le groupe 5 + 1 sur le nucléaire. Bien sûr, il dépendra de la bonne volonté de toutes les parties qu’un accord soit signé ou non ce mois-ci. Selon vous, quelles sont les probabilités pour qu’un accord soit conclu ?”

Mohammad Javad Larijani :
“Je suis optimiste parce que je sais que la communauté internationale est en train d’arriver à la conclusion que l’Iran devrait être considéré comme l’un des pays les plus performants en matière de technologie nucléaire. Et l’Iran honore ses engagements. Si ces deux points sont reconnus à un certain degré, je pense que nous arriverons à un accord qui sera proportionné à ce degré de reconnaissance.”

James Franey :
“Des responsables politiques aux États-Unis et en Israël – certains clairement de droite – pensent que vous voulez vous doter de la bombe atomique.”

Mohammad Javad Larijani :
“Je pense que ces politiciens de droite aux États-Unis devraient consulter un psychiatre. Il y a quelque chose qui ne va pas dans leur état mental. Le monde n’est pas en train d‘évoluer comme ils le souhaitent.
Il est certain que nous représentons un pays fort à l‘échelle de la planète et ils ne peuvent nous changer comme ils le voudraient.
Il est temps pour ces pays qui prétendent diriger le monde, d’adopter des idées réellement valables pour affirmer leur leadership. Ce genre de soupçons et de préjugés du côté des extrêmes, ce n’est pas ce qui les rend capables de diriger le monde.”

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

Prochain article

interview

Juan Manuel Santos, président colombien : « La paix bénéficiera au monde entier »