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Réussir à l'école : une affaire de cerveau ?


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Réussir à l'école : une affaire de cerveau ?

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Savoir comment notre cerveau fonctionne, est-ce utile pour améliorer les résultats scolaires ? Le débat n’est pas clos. Qu’on y voit un intérêt ou non, les neurosciences fascinent. Voyons de quoi il s’agit, notamment en recueillant le point de vue de spécialistes.

USA : quelle activité cérébrale pour quel apprentissage ?

À New-York, l’Université de Columbia dispose depuis 1887, d’un département dédié aux futurs professeurs, le Teachers College. Son credo ? L’innovation en matière d’enseignement. L’une de ses équipes de recherche se concentre par exemple sur l‘étude des zones cérébrales activées lorsqu’on apprend une langue étrangère.
Le Dr Karen Froud qui dirige le laboratoire neurocognitif du langage en est arrivée à la conclusion que les difficultés des étrangers pour reproduire certains sons n‘étaient pas liées à “un problème de prononciation, mais de perception de ces sons et c’est au niveau du cerveau qu’on peut le voir,” assure la scientifique.
Ces recherches sur les liens entre système nerveux et apprentissage ne sont pas encore en mesure de nous dire comment traiter certains troubles. Mais elles montrent déjà que tout processus d’apprentissage se traduit physiologiquement dans le cerveau et en se familiarisant avec ces recherches, les étudiants du Dr Froud espèrent disposer de nouveaux outils pour leur pratique, qu’ils se destinent à l’accompagnement d’adultes présentant des troubles cognitifs ou à l‘éducation spécialisée pour les enfants.

Pour aller plus loin sur les liens entre neurosciences et éducation :
http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/86-septembre-2013.pdf

Québec : vivre avec des troubles de l’attention

On a tous du mal à rester assis et à se concentrer à certains moments. Mais pour les personnes atteintes de troubles de déficit de l’attention et d’hyperactivité, c’est tout le temps un défi. Un sujet d‘études pour les chercheurs en neurosciences. Au Québec, nous avons rencontré Roseline, 10 ans, et Gabriel, 14 ans, pour qui être en classe tourne parfois au calvaire. Tous deux présentent un trouble neurologique : un déficit de l’attention. “En classe, j’ai tout le temps envie de bouger et de me défouler dehors,” confie l’adolescent. Pour permettre aux enfants d‘étudier dans de bonnes conditions, un traitement médical a été mis en place pour Gabriel, mais aussi une organisation particulière par les parents afin de s’assurer que les devoirs sont bien faits.
Selon les études, entre 3 et 7 % des enfants souffriraient de troubles de déficit de l'attention et hyperactivité ou TDAH dans le monde. Des médicaments existent, mais leur prescription parfois trop systématique suscite la controverse. Benoît Hammarrenger, neuropsychologue, lance une mise en garde : “Le Ritalin et les autres médications sont de bons outils quand on part d’une bonne évaluation,” dit-il avant d’ajouter : “Quand on est certain qu’on a fait un bon diagnostic, qu’on est passé par le bon processus pour le faire et qu’on est sûr qu’on a un TDAH qui est neurologique, le bon outil reste quand même la médication.”
Grâce aux progrès des neurosciences, on voit aussi apparaître d’autres outils comme des jeux éducatifs sur ordinateur qui permettent de stimuler l’attention et de réduire l’impulsivité.
Avec un bon accompagnement, ces enfants peuvent parfaitement devenir des adultes accomplis : leur potentiel intellectuel est similaire à celui de n’importe qui.

En France aussi, on prescrit de plus en plus de ritaline :
http://www.francetvinfo.fr/sante/video-la-ritaline-trop-prescrite-contre-l-hyperactivite-des-enfants_335880.html

Débat d’experts : Dorothy Bishop / Judy Willis

Marier neurosciences et éducation ? La Britannique Dorothy Bishop, professeur en neuropsychologie du développement, juge la démarche trop prématurée : “On apprend beaucoup de choses grâce aux neurosciences, sur les enfants, le cerveau et le développement du cerveau des enfants,” reconnaît-elle avant d’ajouter : “mais je trouve que c’est difficile de voir comment intégrer cela directement dans l’enseignement. (…) On ferait mieux de s’intéresser à la psychologie cognitive qui pourrait faire évoluer les choses par exemple pour l’apprentissage de la lecture,” estime-t-elle, “on sait grâce à la psychologie cognitive et aux études sur le processus de la lecture que même si beaucoup de gens pensent qu’il s’agit d’un processus visuel, il intègre beaucoup l’analyse des sons en matière de langage.”
De son côté, la neurologue américaine Judy Willis pense qu’il est temps de faire se rencontrer les deux spécialités : “Les neurosciences font économiser de l’argent dans l‘éducation,” assure-t-elle, “elles donnent un aperçu instantané de ce qui se passe dans le cerveau, on peut l’utiliser pour tester n’importe quelle théorie, n’importe quelle intervention.”
“C’est uniquement quand les professionnels impliqués communiqueront entre eux que nous aurons les instruments d’analyse les plus performants,” poursuit-elle, “on aura alors tissé des liens durables dans trois directions : la psychologie et neuropsychologie cognitive, les neurosciences et les enseignants.”

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