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Risque d'embrasement à Jérusalem


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Risque d'embrasement à Jérusalem

Cérémonie oeucuménique à Jérusalem, ce mercredi, devant la synagogue visée par deux Palestiniens armés de pistolets et de couteaux.

Au lendemain de cette attaque, où quatre Juifs ont trouvé la mort, des responsables religieux chrétiens, juifs et musulmans, ont lancé ensemble un appel à la tolérance.

“Nous comme venu ici pour exprimer notre opposition à cet acte criminel, cette attaque contre un lieu saint, la maison de Dieu et contre des fidèles désarmés” a ainsi expliqué l’Imam de la mosquée Al-Jazzar de Saint-Jean d’Acre Sheikh Samir Assi.

Signe de la tension, les autorités israéliennes ont repris, dès l’aube, la politique controversée de destruction des maisons d’auteurs d’attentats.

Les services de sécurité ont ainsi fait sauter la maison du Palestinien qui avait tué un bébé de 3 mois et une touriste équatorienne de 22 ans en fonçant avec sa voiture sur un arrêt de bus.

Les autorités israéliennes ont par ailleurs approuvé la construction de 78 nouveaux logements à Jérusalem Est alors que le Premier ministre promet de réagir “d’une main de fer” au terrorisme.

“Des travailleurs palestiniens viennent travailler en Israël” explique Benyamin Netanyahou, “légalement ou non, et certains en profitent pour faire passer des terroristes du Hamas, des terroristes qui, malheureusement, sont soutenus par l’Autorité palestinienne, par le Président palestinien. Nous allons tout faire pour nous protéger de ce danger”.

Entretien avec Vincent Lemire, historien spécialiste de Jérusalem, chercheur au CNRS et directeur du projet “Open Jérusalem”. Vincent Lemire est l’auteur de “La soif de Jérusalem : Essai d’hydrohistoire (1840-1948)” et “Jérusalem 1900 : la ville sainte à l‘âge des possibles”.

Raphaële Tavernier, euronews :
Vincent Lemire, vous êtes à Jérusalem, quelle est l’atmosphère dans la ville Sainte aujourd’hui ?

Vincent Lemire :
“Dans la journée, la situation a l’air assez normal, mais le soir les rues sont complètement vides. La nuit, les gens hésitent à sortir et à rentrer chez eux tard le soir. Et puis il y a surtout plusieurs Jérusalem. Jérusalem-Ouest et Est et les différents quartiers de Jérusalem-Est sont pratiquement tous les soirs le théâtre d’affrontements parfois très violents. Donc il est difficile de dire si l’atmosphère est calme ou pas. C’est vraiment très variable d’une heure à l’autre et d’un quartier à l’autre”.

euronews:
Cela risque-t-il d’aller crescendo ?

Vincent Lemire :
“On voit affectivement apparaître des modes opératoires nouveaux qui sont incontrôlables pour les services de sécurité. Des attaques au couteau et ça donne l’image effectivement d’un soulèvement beaucoup plus spontané, beaucoup moins organisé, beaucoup moins structuré mais d’une certain manière beaucoup plus inquiétant pour les services de sécurité israéliens”.

euronews:
“La poursuite de la colonisation par Israël à Jérusalem-Est est-elle selon vous le seul facteur expliquant cette montée en puissance des tensions et de la violence ?

Vincent Lemire :
“La poursuite et l’accélération de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem est le facteur structurant, déterminant de longue durée, mais ceci dit, je ne crois pas que ce soit cela qui explique l’explosion des violences actuelles. Il y a un facteur déclencheur de court terme depuis quelques mois. Clairement, ce sont les visites répétées des extrémistes juifs religieux sur l’Esplanade des Mosquées, avec des provocations tout à fait volontaires de la part de ces extrémistes juifs religieux. Et puis surtout des relais politiques nouveaux au sein même du parti gouvernemental, le Likoud, le député Moshe Feglin qui mène ces actions sur l’Esplanade des Mosquées et puis au sein même du gouvernement avec Naftali Bennett qui soutient ces actions.

euronews:
“La Suède a reconnu l’Etat palestinien fin octobre, les députés espagnols ont appelé à aller dans le même sens, comme l’ont aussi fait symboliquement les députés Britanniques. Comment cela est-il vécu par Israël ?

Vincent Lemire :
“Il y a un discours officiel et il y a un ressenti plus intime. Le discours officiel dit : “cela n’a aucune incidence, aucune importance, c’est symbolique”. Et quand on creuse un peu plus on se rend compte qu’il y a un ressenti intime très différent. Tous les Israéliens savent que l‘État d’Israël est né d’un vote de l’Assemblée générale des Nations unies en novembre 1947 et donc tous les Israéliens savent que la nouvelle stratégie de Mahmoud Abbas et de la direction palestinienne de chercher cette reconnaissance internationale n’est absolument pas seulement d’ordre symbolique, mais aura des implications politiques en terme de relations internationales, des implications extrêmement fortes à moyen terme et à long terme”.

euronews :
Vous dîtes dans votre livre “Jérusalem 1900”, “(…) fut un temps pas si lointain, Jérusalem était un modèle de cohabitation entre les communautés”. Ce temps est-il révolu ?

Vincent Lemire :
“Oui clairement ce temps est révolu dans le moment dans lequel on est, mais ça ne veut pas dire que ce temps ne reviendra pas. Depuis l‘époque biblique, Jérusalem a toujours été une espèce de joyau sur une couronne impériale et en fait, ce contexte impérial, supranational, permettait une certaine citadinité et un certain vivre ensemble. À partir de la Première Guerre mondiale, Jérusalem bascule dans un contexte totalement nouveau. Jérusalem devient le point focal de l’affrontement de deux projets nationaux concurrents. Le projet sioniste d’un côté, puis israélien, et le projet arabe de l’autre. Et donc ce contexte-là, ces deux citoyennetés concurrentes et qui s’affrontent, empêche une citadinité, empêche les citadins de Jérusalem de vivre ensemble de façon calme et harmonieuse”.

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