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Les chasseurs de comètes : l'aventure de Philae

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Les chasseurs de comètes : l'aventure de Philae

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L’atterrisseur Philae est peut-être en mode de veille prolongée sur la surface de la comète Tchouri, mais il est encore très vivant dans les cœurs des chasseurs de comète, l‘équipe qui a fait de la mission Rosetta la mission spatiale la plus célèbre depuis les atterrissages lunaires. Dans cette édition spéciale d’Euronews Space, nous avons un épisode prolongé de notre série Chasseurs de Comètes, filmé pendant et après le débarquement à la base de l’ESA à Darmstadt et à la salle de contrôle du DLR à Cologne.

Notre histoire commence le jour J pour Rosetta, le mercredi 12 Novembre 2014. Nous avons rencontré le responsable scientifique du projet Rosetta Matt Taylor, et nous lui avons demandé comment il se sentait : «J‘étais détendu hier, et maintenant le stress et l’excitation sont là.”

Paolo Ferri, directeur de la mission Rosetta à l’ESA, se dit plus inquiet, après la panne du système qui devait faire descendre Philae.
“ Ma nuit n’a pas été aussi agréable que ce que j’espérais. Les activités de préparation ont pris beaucoup de temps, nous avons dû refaire des choses », dit-il à Euronews.

Mais les bonnes nouvelles se sont accumulées ensuite. Rosetta a confirmé la séparation de Philae, et a reçu le signal très important de l’atterrisseur. Sept heures plus tard, la salle de contrôle a explosé de joie et de félicitations.

Dans une salle de presse bondée, Matt exclame:
«Nous avons atterri sur une comète!”

Le lendemain, alors que les équipes de télévision repartaient, dans la salle de contrôle de l’ESA, les scientifiques essayaient de retrouver Philae sur la comète : il a rebondi deux fois avant d’atterrir dans une crevasse sombre. Mais il envoie des données scientifiques, et c’est ce qui compte.

«On a atterri sur une comète!”, Sourit Armelle Hubault, ingénieur des opérations Rosetta de l’ESA

Andrea Accomazzo, directeur de vol, décrit son émotion lors de la confirmation de l’atterrissage: «Au cours des principales phases, quand le lander s’est détaché et qu’il descendait, bien sûr l’excitation était à son comble. Mais ce n‘était rien comparé à l’instant de l’atterrissage. J’ai commencé à pleurer, je pense que toute la tension de plusieurs mois et d’années de travail est sorti en une seule fois. C’est un énorme succès” dit-il.

Armelle explique ce qui est arrivé dans la salle de contrôle. “Hier, il y avait trois moments vraiment intenses. Il y avait la séparation en elle-même, qui était déjà un moment critique, car nous ne pouvions pas savoir à l’avance si cela allait marcher. Puis il y a eu l’acquisition du signal de Philae, et enfin le moment de l’atterrissage, qui a été un moment très intense. A ce moment, nous ne savions pas si l’atterrisseur survivrait à l’atterrissage, et il l’a fait. Nous avons des données, de la science, c’est extraordinaire ».

Pendant ce temps à l’Agence spatiale allemande de Cologne les scientifiques de Philae sont tout sourire. Leur bébé est sur une comète vieille de 4 milliards d’années.

Mario Salatti, sous-directeur du programme Philae semble très ému, comme il le dit sur Euronews: “. L’atterrisseur est comme un enfant qui salue sa mère, je suis grand, je vais sur mon propre chemin. c’est incroyable. “

Au milieu de l’excitation, il y a aussi l’urgence. Car l’autonomie de la batterie est courte et ils doivent travailler rapidement avant que Philae ne s’endorme.

Koen Geurts, directeur technique chez DLR explique la situation: «Nous avons une communication entre Philae et Rosetta à chaque rotation de la comète, nous avons donc environ 12 heures entre chaque communication.”

Philae a envoyé de magnifiques photos qui pourraient changer notre compréhension des comètes.

C’est important parce que les scientifiques croient que les comètes ont peut-être apporté de l’eau et les éléments constitutifs de la vie sur notre planète.

Holger Sierks, chercheur de l’Institut Max Planck pour la recherche sur le système solaire, souligne que “c’est un pas de géant pour comprendre nos origines. Donc, il y a beaucoup à apprendre. Nous voulons en savoir plus sur la résistance du matériau, sur la constitution d’une comète, comprendre comment elle s’est formée, il y a si longtemps, aux premiers jours de notre système solaire,” dit-il.

Les informations recueillies par Rosetta et Philae sont traitées et analysées : les scientifiques espèrent maintenant une révolution des connaissances.

«La science n’est pas instantanée, vous devez vous assurer que votre point décimal est au bon endroit, par exemple. Bientôt, nous devrions obtenir une partie des résultats à partir de nos premières observations sur la comète », explique Matt Taylor.

Alors qu’est-ce qui va se passer? Andrea Accomazzo, directeur de vol, donne le point de vue de la salle de contrôle. “La comète se rapproche du Soleil, et nous savons parfaitement qu’elle va s’activer de plus en plus, et à un certain stade nous ne serons plus en mesure de rester en orbite correctement. Nous ne pouvons pas savoir quand ce sera, Janvier, Février, Mars ou l’année prochaine, nous ne savons pas encore “.

Rosetta va continuer à scruter la comète jusqu’en 2016, mais le sort de Philae est incertain. Il peut être en hibernation maintenant, mais avec un peu d‘énergie solaire, il pourrait se réveiller.

Mario Salatti, est optimiste: «Philae est posé sur la comète, il y restera, et bien sûr la comète se rapproche du Soleil. Nous pourrions recharger la batterie secondaire et commencer d’autres opérations ».

Les chasseurs de comète sont à bord d’un voyage incroyable, et ils emportent le monde avec eux.

Leur comète est dure, glaciale, et étrange; leur histoire est chaleureuse, humaine, et inspirante.

Matt Taylor résume ses sentiments, et les nôtres, sur ce vaisseau spatial remarquable: “Rosetta a quelque chose de spécial. Je ne peux pas vraiment décrire pourquoi, je travaille là-dessus, je vis ma mission, un peu trop du point de vue de ma famille.Il y a quelque chose de particulier à propos de la comète, à propos de ce paysage étrange qui va évoluer dans le temps, et le fait que nous sommes si loin, à plus de 500 millions de kilomètres. Ce sentiment qu’il y a un objet fabriqué par l’homme sur ce paysage étranger, cela stimule votre esprit.”