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Le rôle, les défis et l'avenir du nouveau président du Conseil Européen Donald Tusk


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Le rôle, les défis et l'avenir du nouveau président du Conseil Européen Donald Tusk

Donald Tusk est le nouveau président du Conseil européen : quels sont les pouvoirs réels de cet ancien premier ministre polonais ? Est-ce que ce sont les principaux chefs d‘État qui décident encore ? On le connaît très critique envers la Russie. Mais la politique russe de Federica Mogherini, la nouvelle chef de la politique étrangère de l’U.E., est plus douce. Est-il là pour équilibrer les choses ? Qui va l’emporter ?
En tant que premier président du Conseil européen venant de l’est, va t’il favoriser les intérêts de sa région d’origine ? Peut-il gérer les conséquences du changement climatique sans endommager les économies de l’Europe de l’est, très dépendantes du charbon ?

Discussion entre Chris Burns, d’Euronews, et Richard Corbett, ancien bras-droit du Président sortant du conseil européen Herman van Rompuy, et membre du Parlement européen ddans le Groupe de l’Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates, Danuta Hübner, membre polonais du parlement, ancien commissaire européen, et membre du Parti populaire européen de centre-droit, et l’analyste des politiques, Paul Ivan, du Centre de politique européenne.

CHRIS BURNS
Une Question pour vous tous, mais on commence avec Richard. Quel est le pouvoir réel du président ? Donald Tusk peut-il imposer sa personnalité et sa volonté au conseil européen ?

RICHARD CORBETT

Il n’a pas le pouvoir individuel pour prendre, seul, des décisions. Mais il dirige un groupe très puissant, avec les plus grandes figures politiques de chaque état membre, et les présidents des commissions. Donc il peut les amadouer pour qu’ils parviennent à un accord. Le défi est de mettre d’accord, autour d’une table, 28 états membres.

CHRIS BURNS

Danuta vous connaissez bien Donald Tusk, le pensez-vous capable de réussir cela ?

DANUTA HUBNER

Je pense que l’essentiel n’est pas seulement la coordination et la recherche de compromis. Dans son nouveau rôle il est parfait. Il l’a déjà prouvé en Pologne.
Je pense que cela dépend aussi de la personnalité de chacun. M. van Rompuy a déjà laissé un héritage, donc je pense que M. Tusk pourra s’appuyer sur ce qu’il a laissé. J’espère qu’il comprendra également l’importance de travailler avec le Parlement européen. Et je pense que sa personnalité est exactement ce qu’il faut ici, pour cette institution:

CHRIS BURNS

Mais Paul, n’est-il pas simplement un portier ? N’est-il pas là uniquement pour qu‘à la fin de la journée, ce soit en réalité les chefs d’Etat des plus grandes capitales, qui continuent de prendre les décisions importantes ?

PAUL IVAN

Eh bien, certes les chefs d’Etat, en particulier les plus grands Etats membres, conserveront la même puissance dont ils disposent actuellement. Mais je dirais que le rôle de M. Tusk sera d‘établir l’ordre du jour, il aura un rôle de médiation, en essayant d’asseoir à la même table 28 chefs d’Etat et de gouvernements.

CHRIS BURNS

Parlons d’une question délicate : le changement climatique. M. Tusk vient d’une région qui dépend du charbon, bien plus que d’autres. Pensez-vous qu’il peut convaincre le Conseil de faciliter l‘économie de sa région pour sauver des emplois ?

RICHARD CORBETT

Son travail de président du conseil est d’obtenir un consensus, il n’est pas là pour défendre les intérêts de son pays. Il y a un Premier ministre polonais autour de la table pour cela. Donc, son rôle c’est surtout de mettre tout le monde d’accord, il faut convaincre , amadouer, construire des compromis, mettre un texte sur la table, l’ajuster pour ensuite obtenir un bon accord.

CHRIS BURNS

Actuellement, nous sommes au milieu de discussions pour arriver l’an prochain à Paris à un accord sur le changement climatique. Danuta, pensez-vous qu’il y aura un changement sur la politique de l’Union Européenne, étant donné que Donald Tusk vient d’un pays dépendant du charbon?

DANUTA HUBNER

Je pense que nous avons déjà adapté et ajusté notre attitude à l‘égard du changement climatique, ainsi que les actions qui sont nécessaires. Nous comprenons les différentes situations dans les États membres. L’approche de l’Union européenne envers le changement climatique est d’une grande flexibilité.
Donc je pense que nous allons continuer cette approche, et nous espérons qu’elle sera comprise et respectée par les autres partenaires dans le monde.

CHRIS BURNS

Allons-nous assister à une compétition entre M. Tusk et Federica Mogherini, la nouvelle chef de la politique étrangère européenne ? Nous voyons bien que le rôle du président du conseil est de rechercher des consensus. Mais il doit aussi représenter la politique étrangère et la politique de sécurité, sans marcher sur les plates-bandes de la chef de la politique étrangère. M. Tusk étant considéré comme plus dur sur la Russie que Mme. Mogherini, qui va l’emporter ? Richard ?

RICHARD CORBETT

Eh bien, les positions politiques dans ces deux domaines doivent être accordées par les états membres. Donc il ne devrait pas y avoir de grandes différences entre ce qui sort de la réunion des ministres des affaires étrangères, et ce qui sort de la réunion des premiers ministres. Sur l’entente et la relation entre les deux, c’est comme la relation entre un Premier ministre d’un coté, et son ministre des Affaires étangères de l’autre côté.

CHRIS BURNS

Pensez-vous que M. Tusk va essayer d’imposer une ligne plus dure envers la Russie?

DANUTA HUBNER

Nous devons tous regarder en avant. Mme Mogherini devra préparer une stratégie, à long terme, pour passer de la confrontation à la coopération, peut-être pas un partenariat, mais une coopération. Je pense que l’expérience de M. Tusk sera extrêmement utile, parce qu’il comprend la nécessité de trouver un mode de coopération avec la Russie, même si maintenant nous devons rester ferme en continuant bien sûr notre politique de sanctions.

CHRIS BURNS

D’autre part M. Tusk pourrait être comme un pont vers la Russie, comme Nixon l’a été avec la Chine ?”

PAUL IVAN

En 2008 / 2009 il a essayé d’améliorer les relations entre la Pologne et la Russie.
Il a fait quelques pas dans ce sens : mais apparemment, il y a des limites à une telle politique.”

CHRIS BURNS

Une question sur la structure du conseil. Beaucoup d’Européens, beaucoup de gens se demandent pourquoi nous avons autant de présidents ? Nous avons un conseil avec une présidence tournante. Devrions-nous éliminer ce système, maintenant que nous avons un président du Conseil ?

RICHARD CORBETT

Nous avons pléthore de présidents. Chaque institution a son propre président.
Je pourrais aller plus loin. Si, comme cela fonctionne en Angleterre, nous avions un président du parlement, un gouverneur de la banque centrale, un président du Conseil européen, et un président des commissions les gens comprendraient un peu plus leurs rôles. Mais au lieu de cela, on appelle tout le monde président, et plus personne ne comprend rien.

CHRIS BURNS

Devrions-on nous nous débarasser de la présidence tournante?”

DANUTA HUBNER

Non, je pense que c’est très important, que les gens, les citoyens des Etats membres, voient leur Premier ministre, leurs ministres, aller à Bruxelles.
Il faut qu’ils se sentent responsables de l’Union européenne. La présidence tournante nous donne une grande responsabilité. C’est quand nous nous connectons avec nos peuples, quand les gens sentent qu’ils font partie de l’Europe, qui est aujourd’hui dirigée par leurs gouvernements, donc je pense qu’il est très important que nous nous en tenions à cela.

CHRIS BURNS

Paul, est-ce que l’on n’a pas trop de chevauchement, trop de chefs ?

PAUL IVAN

Eh bien en fait, je dirais que le système n’est pas très clair pour les citoyens ordinaires. En même temps la présidence tournante est un moyen de rapprocher l’Union vers ses Etats membres. L’Union gagne beaucoup de visibilité dans les six mois d’une présidence tournante. Je pense que c’est quelque chose qui doit être maintenu.

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