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Donald Tusk : un nouveau négociateur à la barre du Conseil

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Donald Tusk : un nouveau négociateur à la barre du Conseil

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Il succède à Herman van Rompuy pour deux ans et demi. Le Polonais Donald Tusk a pris la présidence du Conseil européen. Il est celui qui présidera les sommets et qui devra négocier les compromis à 28. Après trois mois de soutien intensif, c’est dans un anglais pas si laborieux qu’il s’est adressé au personnel.

“ Si vous êtes un peu nerveux à propos de ce remplacement, ce changement de patron, ne vous inquiétez pas. Je suis moi-même un peu nerveux aussi, peut-être plus que vous. Mais ça passera. En fait, c’est un grand honneur pour moi de commencer à travailler ici, et évidemment, un grand défi. “

Ayant passé sept ans à la tête du gouvernement polonais, il connaît bien les dirigeants européens à qui il lui est arrivé de tenir tête pour défendre les intérêts de son pays. Désormais, c’est en rassembleur qu’il devra agir. Et le fait qu’il vienne de l’Etat le plus peuplé à l’Est lui donne une certaine assise. Donald Tusk entend par ailleurs mettre l’accent sur la politique étrangère et sa nomination est de nature à rassurer les pays d’Europe centrale et orientale inquiets de ce qui se passe en Ukraine. IL n’en reste pas moins un pragmatique et saura négocier avec la Russie s’il le faut pour tenter de trouver une issue à la crise ukrainienne.

Pour mieux comprendre ce que l’on attend de Donald Tusk, euronews a interrogé Piotr Maceij Kaczynski, professeur à l’Institut européen d’administration publique.

euronews : “ Le prédécesseur de Donald Tusk, Herman van Rompuy, était surnommé Mr Invisible, en partie à cause de son manque de charisme et aussi pour sa discrétion et sa patience pendant les négociations avec les dirigeants européens en coulisses. Quelles sont les qualités du nouveau président ? “

Piotr Maceij Kaczynski : “ Je pense que Herman van Rompuy est un maître dans l’art du compromis, et c’est précisément pour cette raison que Donald Tusk a été choisi pour lui succéder. En tant que Premier ministre polonais, il a prouvé qu’il était un leader plutôt charismatique, donc nous verrons comment cela se manifestera dans ses nouvelles fonctions. “

euronews : “ Nous savons qu’il ne parle pas français et essaie d’améliorer son anglais qui est laborieux. Dans quelle mesure la connaissance de ces langues est-elle importante pour communiquer avec les dirigeants européens ? “

Piotr Maceij Kaczynski : “ Il y avait un jeu de mot qui circulait il y a quelques mois, disant qu’il allait essayer de polir son anglais, polish his english en englais, avant le 1er décembre. Donc il faudra voir s’il y a réussi. Mais je pense que son anglais est déjà suffisamment bon pour pouvoir négocier ces compromis. “

euronews : “ On sait aussi qu’il parle très bien allemand, ce qui est un bon point, il a d’ailleurs de très bonnes relations avec la chancelière allemande, Angela Merkel, n’est-ce pas ? “

Piotr Maceij Kaczynski : “ Oui, et c’est crucial. C’est la relation centrale. D’ailleurs au niveau des langues il pourrait nous surprendre. Herman van Rompuy jonglait d’une langue à l’autre en conférence de presse passant du néerlandais au français ou à l’anglais, et Donald Tuks fera sans doute de même entre le polonais, l’anglais et l’allemand. “

euronews : “ Passons maintenant aux défis qui l’attendent, à son programme. La réforme de l’Union européenne en fait partie. Elle est réclamée par le Royaume-Uni qui menace de quitter l’Union. Quelle sera sa stratégie pour gérer David Cameron ? “

Piotr Maceij Kaczynski : “ La relation ou le partenariat entre le Premier ministre britannique – David Cameron si c’est encore lui après les prochaines élections – et le président du Conseil européen ainsi que les autres membres du Conseil sera centrale. Pourquoi ? Parce que cela se soldera soit par l’ouverture de la boîte de Pandore et la sortie de l’Union européenne pour le Royaume-Uni soit par une issue plus favorable. “

euronews : “ En matière de politique étrangère, il y a évidemment le défi de la Rusie qui est majeur, avec la crise ukrainienne mais aussi la dépendance énergétique des Européens par rapport au gaz russe. En tant que Polonais, Tusk sera-t-il le faucon qui contrebalance la colombe, comme on a tendance désigner la Haute représentante Federica Mogherini ? “

Piotr Maceij Kaczynski : “ Donald Tusk est celui qui a lancé l’idée d’une union énergétique au printemps dernier. Et cette idée d’une union énergétique et d’une indépendance énergétique des Européens, dans le contexte actuel, pourrait être un sujet majeur, quelque chose que l’on voudra voir se concrétiser. En ce qui concerne la Russie et l’Ukraine, c’est une crise qu’il comprend. Il a une approche différente de la Russie par rapport à d’autres pays européens. Il connaît bien mieux la Russie que d’autres membres du Conseil. Et cela devrait l’amener à insuffler une politique plus réaliste. “