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Bijan Namdar-Zanganeh : "Si une sanction doit être levée en Iran, c'est celle du pétrole."

Avec l'augmentation de la production de pétrole des pays non-membres de l'Opep, le cartel peut-il perdre le contrôle du marché mondial ?Quels sont les effets des sanctions internationales sur l'in

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Bijan Namdar-Zanganeh : "Si une sanction doit être levée en Iran, c'est celle du pétrole."

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Les cours du pétrole n’ont jamais été aussi bas en cinq ans, réaction à la décision de l’Opep de maintenir sa production actuelle. A la manoeuvre: l’Arabie Saoudite qui entend conserver sa position dominante sur le marché. Cette décision affecte les économies de pays tels que l’Iran déjà très affaibli par les sanctions internationales. Entretien avec le ministre iranien du pétrole Bijan Namdar-Zanganeh.

Reihaneh Mazaheri, euronews

L’Opep a tenu sa plus importante réunion en six ans.
Malgré les efforts de l’Iran, vous n’avez pas obtenu les résultats escomptés.
Pourquoi les principaux producteurs de pétrole du cartel dont l’Arabie Saoudite ne se sont pas alignés sur la position iranienne ?

Bijan Namdar-Zanganeh, ministre iranien du pétrole

Nous avons bien sûr préconisé une réduction de la production. Nous n’avons pas avancé de chiffres car ils sont déterminés par les analyses et les évaluations du marché. Après consultations, il s’est avéré que nous avions besoin d’un peu de temps pour voir quelle quantité de ce pétrole cher pouvait être éliminé du cercle de production.

Pour arriver à une décision définitive, nous avons besoin de plus d’informations sur la réaction du marché aux nouveaux prix, et comme vous le savez toutes les décisions de l’OPEP doivent reposer sur un consensus.

Reihaneh Mazaheri, euronews

Vous parlez de consensus. Mais comme lors des dernières réunions de l’OPEP, l’Arabie saoudite a encore obtenu ce qu’elle voulait. Le pays produit un tiers du pétrole de l’OPE, peut-on dire alors que Ryad a toujours le dernier mot dans l’organisation ?

Bijan Namdar-Zanganeh

En apparence, l’OPEP est comme une coopérative où chaque partie, indépendamment du capital qu’elle détient, possède une voix.
Mais la réalité c’est que le niveau de production, la capacité de production et le pouvoir de produire des quantités supplémentaires, jouent un rôle déterminant sur le marché et donc nous devons en tirer des leçons.

Permettez-moi de dire quelque chose de plus général. L’OPEP est une organisation de coopération entre concurrents. C’est la seule organisation dans laquelle les pays du tiers monde sont réunis depuis 50 ans et où ils ont pu voir leurs intérêts à long terme et coopérer pour leurs intérêts communs malgré leurs désaccords internes. Ce serait bénéfique s’ils pouvaient continuer cette coopération, sinon, il ne restera plus rien de l’OPEP.

Chaque pays membre du cartel a ses propres intérêts nationaux. L’Arabie saoudite est l’un des principaux producteurs et exportateurs de pétrole. Le pays exporte neuf millions de barils de pétrole et de sous-produits chaque jour.
Il sait que si le prix chute à 30 dollars (le baril), il perdra environ 110 milliards de dollars chaque année. Derrière cette décision de l’Opep, il doit y avoir des intérêts importants en termes de sécurité nationale pour que de telles pertes en valent le coup.

euronews

Quels sont ces intérêts pour l’Arabie Saoudite ?

Bijan Namdar-Zanganeh

Je ne peux pas le dire en tant que ministre du pétrole, mais les politiciens ont
produit de nombreuses analyses à ce sujet. Je ne sais pas combien d’entre elles sont justes ou fausses. Cependant, il y a de nombreuses analyses sur le marché et dans les médias qui suivent les discussions politiques.

euronews

Dans quelle mesure la petite part de l’Iran dans le panier du pétrole de l’OPEP a conduit à son manque d’influence dans le processus de prise de décision de l’organisation ?

Bijan Namdar-Zanganeh

Il y a quelques années, cela aurait été positif. Bien sûr, le poids de chaque pays de l’OPEP est déterminé par son niveau de production et sa capacité à produire des quantités supplémentaires.

euronews

En ce qui concerne le désaccord au sein de l’Opep et en prenant en compte les changements actuels sur le marché du pétrole, peut-on prévoir qu’un jour l’OPEP perdra son contrôle sur les marchés mondiaux du pétrole ?

Bijan Namdar-Zanganeh

L’une des préoccupations importantes et historiques de l’OPEP c’est son poids sur le marché. Au cours des dernières années, la part de marché de l’OPEP a diminué de façon constante. Si cela continue, et dépasse certaine limite, l’impact de l’OPEP serait négligeable.

euronews

En marge de la récente réunion de l’OPEP, vous aviez également eu des entretiens avec les patrons des compagnies pétrolières comme Total et BP. Ces sociétés ont joué un rôle dans l’industrie pétrolière de l’Iran dans le passé. Mais aujourd’hui, à cause des sanctions, ils ne le font pas.
De quoi a -t-il été question dans ces réunions ? Etes-vous en train de chercher des moyens d’ouvrir la porte à des investisseurs étrangers, même si les sanctions continuent ?

Bijan Namdar-Zanganeh

Nous voulons que ces compagnies pétrolières internationales participent à notre industrie pétrolière dès maintenant. Ce n’est pas seulement pour l’investissement et l’argent. Nous avons plus besoin de technologie et de gestion de qualité que d’argent afin de développer le pétrole iranien, le gaz et de l’industrie pétrochimique.

euronews

Monsieur le ministre, vous parlez avec beaucoup d’optimisme de la levée des sanctions. Mais, dans le scénario le plus positif, même si certaines des sanctions étaient levées, vous savez que cela prendra un certain temps et que ça n’arrivera peut-être même pas d’ici la fin du mandat du président Rohani.

Bijan Namdar-Zanganeh

Je ne suis pas aussi pessimiste que vous.

euronews

Mais à en juger par ce que nous avons vu au cours des négociations sur le nucléaire, on peut dire qu’ il y a toujours eu des obstacles pour parvenir à un accord.

Bijan Namdar-Zanganeh

Bien sûr, de notre point de vue, la sanction la plus importante est celle du pétrole, c’est-à-dire que si une sanction doit être levée, ça doit être celle-ci. Et si elle ne l’est pas, cela voudrait dire qu’aucune sanction ne sera levée.

euronews

Quels sont les coûts pour l’Iran d’esquiver ces sanctions ?

Bijan Namdar-Zanganeh

C’est cher mais nous annoncerons le montant plus tard. Cela coûte cher mais pas autant que certaines personnes peuvent le penser.

euronews

Ma dernière question porte sur le champ de gaz que vous partagez avec le Qatar. Vous aviez dit que dans les trois prochaines années, l’Iran produirait à part égale avec le Qatar. Jusqu‘à présent, combien l’Iran a -t-elle perdu ?

Bijan Namdar-Zanganeh

Nous allons rattraper le Qatar en termes de quantité et nous pouvons même aller au-delà. Nous avons besoin d’un débit constant de gaz. Le Qatar a produit une quantité supplémentaire que nous pourrions être en mesure de compenser avec le temps.

Il est également possible que cela n’arrive pas. Mais ce qui est important c’est de corriger le présent et de rattraper le terrain perdu. Si ce n’est pas possible, alors il nous faudra arrêter de regarder en arrière et arrêter de nous plaindre.