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Attentats en France : entre répression et prévention, où placer le curseur ?

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Attentats en France : entre répression et prévention, où placer le curseur ?

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Le 11 janvier a été une journée historique. Partout dans les rues de France, la foule a clamé son attachement aux principes démocratiques. Mais l’Hexagone meurtri, après ces moments de partage et de communion sans précédent, était également en attente de réponses : Et maintenant, que faut-il faire ? Comment lutter contre le terrorisme et la propagation des thèses djihadistes ? La réponse sécuritaire s’est rapidement imposée, aussi bien à la gauche qu’à la droite de l’échiquier politique, certains se prononçant pour la mise en place d’un « arsenal » digne du Patriot Act américain.

Manuel Valls, le 13 janvier lors d’une séance exceptionnelle de l’Assemblée nationale, où tous les députés ont respecté une minute de silence solennelle à la mémoire des victimes tombées sous les balles des barbares, a détaillé les mesures que son gouvernement compte mettre en place dans les jours et les semaines qui viennent :

  • Mise en place d’un fichier des personnes condamnées pour terrorisme ou pour appartenance à des groupes de combat
  • Des quartiers spécifiques d’ici à fin 2015 pour les djihadistes en prison
  • Renforcer les services de renseignement intérieur et la juridiction antiterroriste
  • Mise en vigueur du transfert de données des passagers européens d’ici septembre 2015
  • Définir rapidement des pistes concernant le contrôle d’Internet, sous la supervision du ministre de l’Intérieur
  • Prendre de nouvelles mesures contre le trafic d’armes

L’hémicycle a unanimement adhéré à ce programme, en témoigne la poignante Marseillaise entonnée par tous les élus, une première depuis l’armistice de 1918. En ces temps d’unité nationale, la France va donc s’engager dans une lutte de tous les jours pour ne pas revivre des journées comme les 7,8 et 9 janvier derniers.

La prévention est-elle négligée ?

Face à la délinquance, la répression, aussi nécessaire qu’elle soit, ne doit pas être la seule solution. La prévention ne doit pas être oubliée. Spécialement dans le système éducatif. Tous les jours, les enseignants sont la voix de la République. Mais, même si la part de l’éducation dans le budget français est conséquente – et en augmentation ces dernières années – des disfonctionnements persistent, voire s’accentuent. Ainsi, de peur des réactions des élèves lors de la minute de silence observée partout dans le pays jeudi dernier, des professeurs ont préféré éviter ce moment de recueillement dans leurs classes. Des dizaines de cas de débordements ont également été reportés dans certains établissements, où des propos et des comportements choquants ont été relevés. Il n’y a pas lieu de stigmatiser les établissements où ceux-ci se sont produits, particulièrement dans les quartiers sensibles et les banlieues. Dans ces écoles, ces collèges, ces lycées, des enseignants passionnés s’investissent quotidiennement dans leur travail. Il semble juste primordial de leurs donner plus de moyens.

Un des maux du système éducatif français est incarné par le terme de « décrocheur », définissant les élèves quittant les bancs de l’école sans le moindre diplôme, ou avec un diplôme ne permettant pas de bien s’intégrer dans la société. Selon des données fournies par le ministère de l’Education nationale, les décrocheurs sont estimés à 140 000 jeunes (élèves entre 16 et 25 ans) en moyenne chaque année. Le risque de chômage est deux fois plus important pour cette population que pour les jeunes ayant obtenu le baccalauréat, ou un diplôme équivalent. Les garçons sont plus touchés par le phénomène, représentant 57,4% de l’ensemble. Les décrocheurs se caractérisent également par leur origine sociale :

  • Les enfants d’ouvriers sont bien plus représentés
  • Il y a plus d’enfants issus de familles nombreuses
  • 60 % des décrocheurs vivent dans des familles moins aisées financièrement
  • Les décrocheurs sont issus de familles moins diplômées
  • Les ambitions scolaires des familles sont moins importantes
  • Les parcours de vie sont plus difficiles

Une étude de 2013 de l’Institut français de la statistique montre qu’environ 200 000 jeunes sur les 800 000 inscrits en 1995 en classe de 6e (le premier échelon des collèges français où les élèves sont âgés en théorie de 12 à 13 ans), ont décroché de l’enseignement supérieur. Parmi ceux-ci, huit sur dix n’ont obtenu aucun diplôme du secondaire.

A 12 ans, déjà des signes de décrochage scolaire

Le niveau scolaire de chaque élève est évalué à l’entrée en 6e. Pour 1995, l’étude fournit les chiffres suivants :

A l’aune de ces données, il apparaît donc que, déjà, des élèves portent en eux les raisons de leurs décrochages futurs. Le gouvernement français, l’Education nationale et les enseignants ont bien sûr conscience de ce problème. De nombreux programmes existent déjà pour lutter contre le décrochage scolaire. Peut-être faut-il augmenter les budgets, développer les expérimentations. Le décrochage conduit à l’exclusion, à la mise au ban de la société, et à la radicalisation comme pour les frères Kouachi et pour Amedy Coulibaly.

Le décrochage, une problématique européenne

En Europe, la France n’est, par rapport à cette question, pas isolée, comme l’illustre le graphique ci-dessous. Investir dans la jeunesse, c’est assurer l’avenir de nos sociétés, où le vivre ensemble doit reprendre une place centrale. Et tout faire pour ne plus laisser quiconque sur le bord de la route.