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Standard & Poor's enfonce encore un peu plus l'économie de la Russie


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Standard & Poor's enfonce encore un peu plus l'économie de la Russie

Le couperet est tombé lundi soir : tel le thermomètre d’une crise monétaire sans précédent : l’agence de notation américaine Standard & Poor’s a rétrogradé la Russie en catégorie spéculative. L’agence considère désormais la dette russe comme un placement spéculatif, au même titre que celle d’Etats moins puissants comme la Bulgarie ou l’Indonésie.
Cette décision était redoutée après une année d’isolement croissant de la Russie , de chute des cours du pétrole – dont le pays tire sa principale source de revenus – et d’effondrement de sa monnaie le rouble.

La dégradation de l’agence de notation pourrait signifier une accélération des fuites de capitaux de Russie qui ont atteint le record de 151 milliards de dollars en 2014 et donc une aggravation de la crise. La décision de Standard & Poor’s exclut en effet les obligations d’Etat russe, et par ricochet celles de ses grandes entreprises publiques, du portefeuille d’un certaine nombre d’institutions financières.

D’ores et déjà, cette dégradation devrait rendre la reprise économique post-crise plus difficile et plus coûteuse pour la Russie.

DUPLEX:

Natalia Marshalkovitch, Euronews:

Nous sommes avec Alexander Knobel, responsable du département “commerce international” de l’institut Gaïdar de politique économique à Moscou.

Standard & Poor’s a dégradé la note de la dette russe au rang de dette spéculative. C’est la première fois que cela arrive depuis onze ans. Quelle est la signification de cette décision ?

Alexander Knobel, Gaidar Institute of Economy:

“Bien sûr c’est une mauvaise nouvelle pour l‘économie russe. Mais comme les perspectives étaient négatives même avant celà, les investisseurs s’y attendaient. En fait, le marché des capitaux est fermé aux entreprises russes depuis mars-avril 2014.

La dégradation de la note va évidemment changer officiellement le comportement de certains investisseurs, je pense à ceux qui ont construit leur portefeuille d’investissements sur l‘économie russe. Car cette dégradation va faire disparaître les actifs russes de ces portefeuilles.

En ce qui concerne les investissements directs, ça ne fera pas de grosse différence. Ce qui est important pour ce type d’investissement c’est la situation économique générale et celle-ci n’est un secret pour personne.

Le rouble va perdre encore entre 3 et 5%.

Euronews:

Parlons des sanctions…. Elles existent depuis un moment et d’autres sanctions pourraient être encore prises bientôt. Comme la dette de la Russie est désormais en catégorie spéculative : oú donc les entreprises vont-elles aller chercher l’argent pour payer leurs dettes ?

A. Knobel:

Tout dépend de l’entreprise. C’est vrai que les entreprises russes ne peuvent plus emprunter sur les marché internationaux pour refinancer leur dette.

Quelques entreprises privilégiées peuvent obtenir des prêts à des taux abordables dans la monnaie nationale et ensuite les convertir en dollars ou bien elles peuvent garder une part de leurs revenus à l‘étranger pour pouvoir payer leurs dettes.

Euronews:

En théorie, cet abaissement de la note signifie que la Russie se rapproche du défaut de paiement. Nous n’en parlons pas pour l’instant mais est-ce que ça peut devenir une possibilité dans l’avenir ?

Sur le long terme tout est possible. Au moins si les cours du brut restent à leur niveau actuel et s’il n’y a pas de changement réel dans la politique économique et budgétaire.

Dans ce type de situation un risque de défaut paraît réaliste à partir de 2016-2017.

Mais en 2015 je pense qu’il n’y aura pas de risque de défaut.

La dette de l’Etat n’est pas si importante. Alors bien sûr il y a les grosses entreprises qui sont en majorité des compagnies d’Etat dans les secteurs bancaires et énergétiques et qui représentent une charge pour le secteur public.

Mais en prenant de l’argent dans le reste de l‘économie et en raison de la future dévaluation du rouble, il est possible que leurs problèmes de prêts à court terme puissent être règlés.

Euronews:

Vous pensez que la dévaluation de la monnaie peut être un élément clé ?

A. Knobel:

“Oui je parle aussi de la dévaluation. Mais ce qui se passera et quels seront les mécanismes utilisés pour faire face à la crise, ça dépend de deux facteurs qu’on ne peut pas anticiper aujourd’hui : Tout d’abord l‘évolution des cours du pétrole et l‘évolution de la situation en politique étrangère.

Chaque histoire peut être racontée de plusieurs manières differentes : retrouvrez les perspectives des autres journalistes d'euronews dans nos autres équipes linguistiques.

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