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Grèce : les enjeux qui attendent le nouveau gouvernement


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Grèce : les enjeux qui attendent le nouveau gouvernement

C’est un gouvernement inexpérimenté qui va devoir faire face aux énormes défis de la Grèce. Et c’est aussi le premier gouvernement de la zone euro à vouloir revenir sur les plans d’austérité définis par ses partenaires européens et renégocier sa dette.

Giannis Dragasakis, le nouveau vice-Premier ministre, est l’un des deux seuls membres du cabinet à avoir déjà participé à un gouvernement, comme vice-ministre des Finances en 1989. Il sera chargé de superviser les négociations avec la «troïka» sur la dette du pays et le plan d’aide.

Mais c’est l’universitaire Yanis Varoufakis, au poste sensible des Finances, qui sera en première ligne pour aller négocier avec les créanciers internationaux d’Athènes. A 53 ans, cet ancien conseiller de l’ex-Premier ministre socialiste George Papandréou qui se présente comme un “économiste par accident”, est la voix de l’anti-austérité et il se dit prêt au bras de fer avec l’Europe.

Par ailleurs, la nomination de Panayotis Nicoloudis au tout nouveau ministère de la Transparence donne un signal clair que le gouvernement entend lutter contre la corruption et l‘évasion fiscale, considérées comme des obstacles majeurs à la reprise économique. Panayotis Nicoloudis sera chargé de la coordination de différentes agences anti-corruption .

La priorité numéro un de Yanis Varoufakis, ce sera “de faire face à la crise humanitaire” que connait le pays, alors que le chômage record et un système de protection sociale exsangue ont plongé des dizaines de milliers de personnes dans la pauvreté. Selon un rapport de l’UNICEF sur la pauvreté dans les pays en développement, la Grèce a connu, avec l’Islande, la plus forte augmentation d’enfants frappés de pauvreté depuis 2008.

L’Allemagne, soutenue par d’autres gouvernements d’Europe du Nord, est contre toute annulation, même partielle de la dette grecque, et prône le respect des engagements pris. Convaincre Bruxelles et tout particulièrement Berlin, de renégocier les termes du plan de sauvetage et le poids de la dette, qui s‘élève à plus de 175 % du PIB, sera le plus grand défi de tous.

Entretien avec Mathieu Plane, économiste à l’OFCE

euronews:
Nous sommes avec Mathieu Plane, économiste à l’OFCE, conseiller économique d’Arnaud Montebourg, ancien ministre français. Monsieur Plane, vous êtes connu pour vos attaques contre l’austérité budgétaire, laquelle a toujours été présentée par le nouveau premier ministre grec, alexis Tsipras comme le pire ennemi du pays. L’austérité n’a jamais marché ni dans le cas de la Grèce, ni en Espagne, ni en France? Pourquoi le FMI et la Troïka persistent-ils à l’appliquer en Grèce?

Mathieu Plane:
En fonction de la situation économique, l’impact de l’austérité peut être différent.
Les traités budgétaires européens, de par leur nature, imposent une politique d’austérité, et on voit que plus les pays se sont retrouvés face à une difficulté importante, plus on leur a demandé de réduire rapidement ces déficits et ces dettes, et c’est là le pêché de cette politique, c’est qu’on voit que ça a été contre-productif pour un certain nombre de pays. Certes, il faut réduire les déficits et les dettes, mais on a exigé de ces pays de les réduire trop rapidement et du coup, bien sûr, cette politique là a complètement brisé la croissance de ces pays, on a eu une réduction forte de l’activité qui a du coup conduit plutôt à une hausse de l’endettement et des déficits. Une des erreurs de la Commission européenne, il me semble, c’est d’avoir sous-estimé l’impact de l’austérité sur la croissance et ce qui est très intéressant, c’est que le FMI qui soutenait plutôt cette politique au départ, a fait son mea culpa en disant qu’il s‘était trompé, le FMI s‘était trompé sur l’analyse de l’austérité, et que finalement, les conséquences de l’austérité étaient bien plus élevées que ce qui avait été anticipé.

euronews:
L’austérité est-elle la seule solution face à la dégradation des finances publiques? quelles autres alternatives on aurait pu proposer à la Grèce pour la sortir de la crise?

Mathieu Plane:
Alors qu’est ce qu’on entend par l’austérité? On voit que l’austérité grecque a été extrêmement forte et douloureuse, rappellons que l’activité a chuté de 25 , de 25 points de PIB, c’est comme l‘équivalent de la dépression qu’on a connue dans les années 30, et qui s’appliquerait à la Grèce avec un taux de chômage supérieur ou proche de 30 et supérieur à 50% chez les jeunes. Le problème aujourd’hui, ce n’est pas finalement l’austérité c’est l’intensité de l’austérité, c’est à dire qu’on pourrait avoir des politiques qui exigent effectivement une réduction des déficits mais qui soient soutenables et surtout qui soient aussi accompagnées d’autres types de politiques et notamment d’une politique monétaire beaucoup plus souple, comme ce qu’ont pu faire les Etats Unis. Le problème de l’Europe, c’est qu’on a exigé à la fois une politique budgétaire extrêmement dure, et une politique monétaire qui était aussi moins souple que les autres pays, et en plus avec un euro fort, donc on voit qu’on n’avait durant la crise qu’on a vécu, aucun levier sur la croissance.

euronews:
Les alternatives à l’austérité signifieraient que les pays du coeur de l’Europe et notamment le moteur franco-allemand financent la relance dans les autres pays. Mais cela suppose un degré d’intégration européenne qui n’existe pas. N’est-ce pas?

Mathieu Plane:
Oui, vous avez raison, c’est à dire qu’on est face à cette difficulté: aujourd’hui, les transferts entre pays restent très faibles, donc il n’y a pas de solidarité, effectivement,en Europe. Est-ce qu’on peut vivre avec une seule monnaie si on n’a pas une intégration budgétaire plus forte? Si on ne mutualise pas les dettes ? C’est la vraie question. Mais ça demande pour un certain nombre de pays une perte de souveraineté. Ca demande aussi des transferts importants des pays notamment centraux, du coeur de l’Europe vers les pays périphériques. Donc, ça veut dire des transferts de richesse, et donc ça, il faut aussi que les électeurs l’acceptent. Et donc très clairement, finalement, on n’a pas tellement d’options possibles: soit on va vers une plus grande intégration européenne et fiscale, c’est à dire on peut imaginer même un impôt européen qui finance un budget européen et des transferts, soit malheureusement, si on a un vrai problème de coordination comme on l’observe aujourd’hui, on n’est pas à l’abri effectivement encore d’un risque de sortie de la Grèce de la zone euro, et même encore d’un éclatement de la zone euro. Oui, on a besoin finalement de plus d’Europe.

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