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La chute du rouble hypothèque le tourisme en Finlande

Où sont passés les touristes russes qui venaient habituellement en masse en Finlande ? La réponse dans cette édition de Reporter. Ces derniers temps

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La chute du rouble hypothèque le tourisme en Finlande

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Où sont passés les touristes russes qui venaient habituellement en masse en Finlande ?

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Où sont passés les touristes russes qui venaient habituellement en masse en Finlande ?

La réponse dans cette édition de Reporter.

Ces derniers temps, les clients se font de plus en plus rares en Finlande. Petrica en sait quelque chose. Après plusieurs heures d’attente, un groupe de touristes russes réserve enfin une excursion en traîneau.

Bienvenue à Lappeenranta dans le Sud-Est du pays, tout près de la frontière avec la Russie.

En temps normal, des milliers de touristes russes passent quotidiennement la frontière. Avec la chute du cours du rouble, les safaris des neiges et autres sorties au grand air ne font plus vraiment recette. Et les chiffres sont éloquents : entre décembre 2013 et décembre 2014, Petrica estime avoir perdu 50 % de sa clientèle russe.

Originaire de Roumanie, il vit en Finlande depuis de nombreuses années. L‘été, il travaille comme maçon et l’hiver, il devient dresseur de rennes.

Petrica Costea, dresseur de rennes, Wild Tours & Safaris, Finlande :

“On prend les rennes très jeunes et on commence à les dresser, à leur apprendre à ne pas avoir peur. C’est un processus assez long.”

Timo Irtamo, responsable marketing, Wild Tours & Safaris, Finlande :

“Il y a un an à peine, il y avait toujours une longue file d’attente pour les promenades avec les rennes. Et aujourd’hui, vous voyez, il y a très peu de monde.”

Par moins 20 °C, quoi de mieux, en attendant de partir en ballade, qu’un bon feu de cheminée et quelques spécialités locales.

À la fin de la Guerre froide, toute la région de Lappeenranta a décidé d’investir dans le tourisme.

Objectif : attirer la classe moyenne de la ville russe de Saint-Pétersbourg située à juste 200 km de là.

Nikolai, touriste originaire de Saint-Pétersbourg :
“Nous continuerons à partir en vacances indépendamment des événements politiques ou économiques. On arrivera toujours à trouver de l’argent pour cela et puis la situation n’est peut-être pas aussi désespérée qu’il y paraît.”

Varvara, fille de Nikolai :
“Je me plais beaucoup ici. On s’amuse et c’est très beau. Je vais faire une promenade en traîneau avec des rennes et après j’espère que je pourrai faire de la luge.”

Alexei, touriste originaire de Saint-Pétersbourg :
“Bien sûr, il y a moins de touristes maintenant. La situation politique en Russie fait que la classe moyenne n’a pratiquement plus la possibilité de voyager en Europe. Les politiques russes ont érigé une sorte de ‘barrière économique’ devant nous.”

Partons à présent pour Vaalimaa, le poste-frontière avec la Russie le plus fréquenté de la région.

Mais où sont donc passés les ressortissants Russes ? Pas de files d’attente, pas de touristes, pas de clients dans les magasins … Que se passe-t-il au juste ?

Tatiana, habitante de Saint-Pétersbourg :
“Avant, on venait ici pour acheter de la nourriture, du poisson, de thé ou encore du chocolat ou du café. Mais maintenant, pour nous, c’est deux fois plus cher. C’est pour ça qu’il y a de moins en moins de monde.”

Anatoli, habitant de Saint-Pétersbourg :
“La crise est due au contexte international difficile. Les sanctions imposées des deux côtés ralentissent les échanges. Et puis, avec la chute du rouble, tout est devenu très cher.”

Andrei, habitant de Vyborg :
“En Russie, nous sommes payés en rouble, mais ici, il faut payer en euro. Du coup, peu de gens peuventt encore se le permettre.”

Nikolai, habitant de Saint-Pétersbourg :
“Cette crise va encore durer deux ans.”

Ekaterina, habitante de Saint-Pétersbourg : “Personnellement, j’aimerais que la crise finisse avant. J’aime voyager. C’est important pour moi. En tout cas, j’espère que cette crise n’affectera pas les relations humaines entre les Russes, les Finlandais, les Français et les autres personnes autour.”

En 2014, 3 millions de personnes ont franchi le poste-frontière de Vaalimaa. À la fin des travaux d’extension du site, ce chiffre pourrait passer à 7 millions par an.

Un projet démesuré ? Trop cher pour le contribuable européen ? Pas du tout, répond Timo Mäkelä, le responsable-adjoint du poste-frontière de Vaalimaa :

“Au poste de Vaalimaa, nous avons connu des situations similaires par le passé, par exemple en 1999 et en 2010. Mais une fois passée la crise, les gens se remettent toujours à voyager.”

Retour à Lappeenranta.

Depuis une dizaine d’années, toute la ville vit, pour ainsi dire, à l’heure russe. Enseignes en cyrillique et shopping détaxé : tout est bon pour séduire une clientèle très convoitée. Le point avec Olga, une commerçante de Lappeenranta née à Moscou :

“Il y a encore 2 ans, la situation était très stable et les affaires marchaient très bien. Nous avions beaucoup de clients russes. Mais avec la dégradation de l‘économie, la situation en Ukraine et les taux de change. les clients russes ne viennent plus ou presque plus.”

La fin de l‘âge d’or aurait-elle sonné ?

Sari Mustapää, responsable du centre commercial Galleria :

“Certaines boutiques ont fermé. Avant la crise du rouble, les Russes représentaient 50 à 60 % de notre clientèle. Aujourd’hui, c’est à peine 20 %.”

Des centres commerciaux continuent pourtant à sortir de terre comme celui-ci dont les travaux – estimés à 100 millions d’euros – ont débuté avant la chute du rouble.

Alors, faut-il faire machine arrière ?

En 2013, les touristes russes avaient dépensé 300 millions d’euros à Lappeenranta. Une année record.
Aujourd’hui, la ville affiche un taux de chômage de 14 % – soit 2 points de plus qu’avant la crise de la devise russe.

Mais, pas de quoi démoraliser Kimmo Jarva, le très dynamique maire de Lappeenranta :

“D’ici à 2025, le nombre de visiteurs russes et le chiffre d’affaires généré par leurs dépenses à Lappeenranta va quadrupler. Il y a un potentiel énorme avec la Russie.”

Les commerçants, eux, ont plutôt l’impression d’aller droit dans le mur.

Martti Tepponen, commerçant :

“Nous avons perdu près de 50 % de notre clientèle. En 2015, notre chiffre d’affaires sera moitié moins élevé que d’habitude et encore, il faudra s’estimer heureux. Ça pourrait être encore pire. “

La Finlande partage 1.300 km de frontière avec la Russie et une histoire commune émaillée notamment de conflits territoriaux, comme celui relatif au canal de Saimaa réglé du temps de la Guerre froide.

Ce canal relie les voies navigables finlandaises à la ville, aujourd’hui russe, de Vyborg et à la mer Baltique. D’où son intérêt stratégique d’un côté comme de l’autre de la frontière.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a annexé une partie du Sud-Est de la Finlande obligeant la population locale à partir. C’est ce qui est arrivé à Pekka Perasto et Pekka Tihveräinen. Tous deux habitaient la ville, alors finlandaise, de Vyborg.

Un déracinement impossible à oublier.

Pekka Perasto, ex-habitant de Vyborg :
“Les routes étaient noires de monde. Tous les habitants de Vyborg quittaient la ville que ce soit à pied, à vélo ou à cheval. Tous les moyens de locomotion étaient bons.”

Pekka Tihveräinen, ex-habitant de Vyborg :
“J’ai emporté cette gamelle avec moi le jour de l‘évacuation. Je l’utilisais pour prendre mes repas. Elle est toute noircie parce que je la faisais chauffer sur un feu de camp.”

Pekka Perasto, ex-habitant de Vyborg :
“Pour moi, la Finlande doit absolument devenir membre de l’OTAN. C’est important pour la sécurité du pays. Si la Russie essayait de nous jouer le même tour qu‘à l‘époque, la Finlande serait alors mieux protégée avec l’OTAN. “

Pour autant, les Finlandais ne sont encore qu’une minorité à vouloir, comme Pekka Perasto, que leur pays adhère à l’OTAN.

Peut-être que le contexte international tendu et les élections législatives prévues au printemps, relanceront le débat.

Interview Bonus : Teija Tiilikainen, directrice de l’Institut finlandais pour les Affaires internationales

euronews a rencontré Teija Tiilikainen à Helsinki. Elle nous a notamment confié que l’adhésion de la Finlande à l’OTAN serait bénéfique pour le pays. Ensemble, nous avons également abordé la question des relations économiques et politiques entre la Russie et la Finlande.

Pour visionner l’intégralité de cette interview réalisée en langue anglaise, cliquez sur ce lien

Teija Tiilikainen: Finland would benefit from NATO membership