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Jyrki Katainen : "les réformes doivent s'ancrer au plus profond de la société, cela prend toujours du temps"

Le vice-président de la Commission européenne, Jyrki Katainen, fait le point sur la situation économique actuelle de l'Union, et évoque la Grèce et le nouveau plan d'investissement.

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Jyrki Katainen : "les réformes doivent s'ancrer au plus profond de la société, cela prend toujours du temps"

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La Grèce continue de faire les gros titres quand on parle de l‘économie européennea Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Il s’agit de retrouver la croissance et de créer des emplois.

Point of view

Si vous regardez la politique monétaire et si vous ajoutez un euro bon marché et des prix pétroliers bons marchés, tout cela crée un stimulus énorme pour la zone économique européenne.

Donc pour évoquer tout ce qui a trait à l‘économie, j’ai rencontré le vice-président de la Commission européenne, en charge de la croissance, de l’emploi, de la compétitivité et de l’investissement, Jyrki Katainen.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
A quel point les politiques européennes sont-elles flexibles? Dans le cas de la Grèce notamment ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
Il n’y a que quelques pays qui peuvent se permettre de stimuler leur économie. Mais la meilleure relance, et ce que tous les États membres peuvent faire actuellement, c’est d’entreprendre des réformes… des réformes innovantes pour permettre au pays d‘être plus flexible… quand on parle de marché du travail ou quand on parle de l’environnement entrepreunarial. Donc flexibilité et relance signifient qu’ils doivent être prêts à réformer nos sociétés… et beaucoup de gouvernements l’ont entrepris.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Diriez-vous que ce n’est pas le cas de la Grèce ? Ou bien diriez vous que peut-être l’Europe est trop lente à réagir, et que les réunions de l’eurogroupe, les réunions de la troïka ne mènent nulle part.

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
La Grèce a réalisé beaucoup de bonnes choses. Si vous regardez l’excédent primaire, c’est l’un des plus importants d’Europe. Et puis la croissance économique est très forte. Mais là, après les élections, les fondamentaux économiques n’ont pas changé, et l’Eurogroupe a fait un premier pas, et il va continuer d’essayer de trouver une solution qui soit acceptable pour les 19 Etats membres (de l’Eurogroupe). Donc il faut savoir accepter le fait, que la situation économique de la Grèce n’a pas changé, même si le gouvernement a changé.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Ne pensez-vous pas qu’on tire trop sur la corde avec la Grèce ? Ne va-t-on pas se retrouver dans la situation où on prend trop son temps et les objectifs deviennent hors de portée ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
En matière de prise de décision européenne, nous allons toujours très vite. Il y a quelques mois, nous avons dit que nous allions mettre en place un nouveau triangle d’investissement, avec le fond de solidarité, l’approfondissement du marché unique et des projets transparents, et on continue. Dès le printemps, plusieurs pièces du puzzle seront en place. Mais quand on regarde les réformes nationales, cela prend toujours du temps, parce que les réformes doivent s’ancrer au plus profond de la société, ce n’est pas facile politiquement, et donc cela prend toujours du temps.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Selon votre point de vue, quel est le bon compromis pour la Grèce, celui qui tiendra la route avec les autres pays qui regardent Syriza et qui s’inquiètent de leur propre situation politique ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
La Grèce a reçu l’aide des contribuables des autres pays. Et il est clair qu’Athènes doit poursuivre les réformes favorables à la croissance. Aujourd’hui, il est bien trop tôt pour dire quel sera le résultat final. Mais la Commission est déterminée à aider la Grèce. Nous devons nous assurer que les gens vont pouvoir continuer d’acheter leurs médicaments et recevoir un traitement médical si besoin. Donc nous sommes du côté du peuple grec, et il y a 19 États, membres de l’eurozone, 19 électorats, 19 gouvernements et parlements qui doivent accepter de contribuer à ce programme et bien sûr, le plus important est que le gouvernement grec ait la volonté de coopérer.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Si le plan d’investissement est basé sur des titres obligataires de croissance, pourquoi la Grèce ne peut pas dans le même temps émettre de telles obligations ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
Les autorités grecques doivent s’assurer que la confiance au pays continue d’augmenter. Cela signifie qu’ils doivent montrer le courage de faire des réformes pour la croissance. Et ils doivent s’occuper de leur politique fiscale, parce que sinon, personne n’investira en Grèce surtout si l’incertitude augmente comme elle l’a fait ces dernières semaines.
Mais par exemple, un nouveau fonds pourrait financer des projets, des projets du secteur privé en Grèce. De plus, le fonds a été monté de manière à laisser plus de place au risque. Mais l’environnement et la confiance ambiante doivent être à un bon niveau, sinon personne ne voudra investir en Grèce.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Le plan d’investissement est d’actualité depuis un moment, quels retours avez-vous eu des milieux d’investissement, est-il réaliste ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
Eh bien les retours sont très encourageants. Tout d’abord, on peut mettre le plan en place rapidement, tout devrait être en place d’ici la fin juin, et nous pouvons commencer à augmenter les prêts aux PME en amont. Nous ne connaissons pas encore les projets pour le moment… et cela dépend du secteur privé parce que le nouveau fond ne financera que des investissements privés et des partenariats publics-privés. Il y a aussi eu des questions… comme pourquoi utilisons-nous un tel montant pour déclencher un effet de levier, mais la question se base sur l’historique des prêts de la Banque européenne d’investissement. En fait 15 comme multiplicateur, c’est un peu en dessous des effets de levier ordinaires de la BEI. Donc personne ne peut mettre une date, mais néanmoins, c’est la meilleure information que l’on ait pour le moment. Évidemment, nous sommes intéressés par des ressources extérieures à l’Europe, et une fois que tout sera prêt, je serai plus qu’heureux de me rendre aux quatre coins du monde.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Pensez-vous que le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE, vous facilite la tâche pour vendre ce plan d’investissement ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
Cela a été très utile et a stabilisé la situation. Si vous regardez la politique monétaire et si vous ajoutez un euro bon marché et des prix pétroliers bons marchés, tout cela crée un stimulus énorme pour la zone économique européenne.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Voici ma dernière question monsieur Katainen : qu’est-ce qui vous empêche de dormir ? La déflation, la Grèce, le manque de croissance, le plan d’investissement ?

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission européenne :
Disons le plan d’investissement, parce que c’est si difficile à mettre sur pied. La spirale déflationniste ne m’inquiète pas pour le moment. Je travaille très dur sur le plan d’investissement, parce qu’il peut faire la différence. Si vous regardez la politique monétaire et si vous ajoutez un euro bon marché et des prix pétroliers bons marchés, tout cela crée un stimulus énorme pour la zone économique européenne.

Maithreyi Seetharaman, euronews :
Merci beaucoup Jyrki Katainen.