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Autisme : "Il y a longtemps eu une sous-estimation du problème"


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Autisme : "Il y a longtemps eu une sous-estimation du problème"

Comme dans beaucoup de lieux dans le monde, la ville de Lyon s’est mobilisée à l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme le 2 avril 2015.

En plein centre-ville, le palais des vingt-quatre colonnes qui abrite la cour d’appel de Lyon s’est paré de bleu pour relayer la campagne « Light it up blue » instaurée par les Nations Unies. Elle consiste à éclairer en bleu les monuments et lieux emblématiques du monde entier.


Des sites célèbres comme l’opéra de Sydney, les chutes du Niagara, la tour Eiffel, l’Empire State Building ou encore la Tour du Caire ont été ainsi illuminés en bleu.


La France, selon certains experts, a accumulé 50 années de retard dans la prise en charge des personnes atteintes d’autisme. Alors, parents et professionnels, s’ils apprécient cette mobilisation, espèrent surtout des mesures concrètes et rapides pour faire face à ces lacunes.

Notre journaliste Isabelle Kumar est allée à la rencontre de Thérèse Rabatel, adjointe au maire de Lyon déléguée des personnes en situation de handicap, pour un tour d’horizon de la situation en France et un zoom sur Lyon.

Isabelle Kumar:

- Qu’est-ce l’autisme pour vous?

Thérèse Rabatel:

- Je considère que c’est un handicap en plus, on dit souvent qu’il y a les personnes en fauteuil roulant, les personnes aveugles, les personnes sourdes. Je pense qu’ on peut mettre l’autisme à part, c’est une autre forme de handicap avec les troubles du comportement. Je pense qu’il faut une attention particulière sur ce handicap qui a longtemps manqué en France.”

Isabelle Kumar:

- Une récente étude montre que seule une famille sur deux est satisfaite de la prise en charge dont bénéficient les enfants et adultes autistes. Est-ce le cas pour Lyon?

Thérèse Rabatel:

- Le problème est national. Il y a eu longtemps une sous-estimation du problème, une méconnaissance de ce handicap. Donc c’est vrai qu’on assure pas assez sur l’autisme. Il faut faire des efforts mais en même temps ce qu’il faut savoir, c’est que d’autres pays et en particulier la Belgique, assurent sur l’autisme mais moins sur d’autres sujets. En fait, il n’y a aucun pays parmi les grand pays développés qui assurent sur tous les handicaps. Donc une fois c’est d’un côté, d’autres fois de l’autre, mais il faut faire des efforts en France, c’est sûr.

Isabelle Kumar:

- On entend régulièrement que 80% des enfants touchés par l’autisme sont exclus des milieux scolaires – que pouvez-vous faire pour faciliter cela?

Thérèse Rabatel:

- Je peux en discuter avec le ministère de l’Education nationale. Il faut savoir que l’école a fait énormément de progrès sur l’intégration des enfants, mais il faut que la formation suive. Il faut qu’il y ait une formation des enseignants, mais ça, c’est l’Education nationale, ce n’est pas moi. Il faut qu’il y ait un encadrement avec des auxiliaires de vie scolaire. Nous, à l’école, nous sommes concernés par le périscolaire, il faut qu’on accueille les enfants dans le cadre des nouveaux rythmes scolaires, y compris des enfants autistes. Aujourd’hui c’est l’accessibilité universelle, l’inclusion dans toute la société.

Isabelle Kumar:

- Là justement, il semble que ce soit très problématique aussi.

Thérèse Rabatel:

- On est en train de le faire. Les nouveaux rythmes scolaires n’ont commencé que depuis le mois de septembre. On est obligé de recruter 1600 personnes sur la ville de Lyon. Tout cela est en train de se développer, de monter en puissance. Cette affaire des rythmes scolaires, c’est quelque chose d’énorme qui est tombé sur les villes. Nous à Lyon on fait tout ce qu’on peut, on soutient les associations, on va mettre en bleu, on met a disposition les salons, ce sont nos compétences. Après, c’est la MDPH (Maisons Départementales des Personnes Handicapées) et il y a l’Etat, l’Education nationale, etc.

Isabelle Kumar:

- Oui, et les parents ont l’impression d’être des balles de ping pong : ils sont renvoyés de tous les côtés lorsqu’ils essaient de prendre en main la situation de leur enfant

Thérèse Rabatel:

- C’est une situation douloureuse d’expliquer sans arrêt les difficultés auxquelles on est confrontées. On espère faire dans les années à venir un guichet unique, pour que les parents et personnes handicapées puissent aller à un seul endroit pour expliquer leur histoire et pouvoir ensuite ne pas être traités, comme vous le dites, comme des balles de ping pong. C’est en cours, ça prendra 2 à 3 ans, c’est un début.

Isabelle Kumar:

- Plus globalement, combien de temps pensez-vous nécessaire à la France pour qu’elle rattrape son retard sur l’autisme?

Thérèse Rabatel:

- J’espère que dans les 10 années qui viennent, on aura vraiment franchi une étape, il y aura quelque chose qui sera fait de très fort pour l’autisme, pas simplement à l’école mais tout au long de la vie et en particulier sur le vieillissement des personnes autistes.

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