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Grèce-Russie : un rapprochement prudent


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Grèce-Russie : un rapprochement prudent

Ce mercredi, Bruxelles avait les yeux rivés sur la Russie où le Premier ministre grec rencontrait le président Poutine. La Grèce espère tirer les bénéfices d’un renforcement de ses relations avec la Russie, mais les partenaires européens s’inquiètent des conséquences.

En avançant d’un moins son voyage en Russie, Alexis Tsipras avait alimenté bien des spéculations. La Grèce allait-elle se tourner vers Moscou pour obtenir l’argent que les Européens lui refusent sans de profondes réformes en contrepartie ?
A l’issue de leur entretien, le président russe a en tout cas démenti toute demande d’aide de la part de la Grèce. La Russie participera peut-être aux privatisations dans le pays et investira dans des projets d’infrastructures, mais rien de bien concret pour l’heure. Elle invite également Athènes à devenir l’un des points d’entrée en Europe de son nouveau projet de gazoduc.

De son côté, Alexis Tsipras a défendu dans un tweet le droit de son pays à mener comme il l’entend sa politique étrangère, en ligne avec son rôle en tant que pays européen, méditerranéen et balkanique.


Il a aussi de nouveau critiqué les sanctions européennes à l’encontre de la Russie.

Quant à l’embargo russe sur les produits frais européens, il vaut toujours pour la Grèce bien que cela ait durement touché son agriculture. Environ 40% des exportations grecques vers la Russie étaient des exportations de fruits et légumes jusqu‘à la mise en place de l’embargo l‘été dernier.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette visite qui se poursuivra jeudi, nous avons interviewé le politologue Konstantinos Filis.

euronews : “ Nous retrouvons à Athènes le professeur de relations internationales Konstantinos Filis. M. Filis, qu’espère la Grèce avec cette visite ? “

Konstantinos Filis : “ Les Européens demandent à la Grèce de limiter ses relations avec la Russie alors qu’eux-mêmes – notamment les grands pays européens – maintiennent des relations avec Moscou en s’attachant à leurs intérêts nationaux. D’un autre côté, la Grèce ne devrait en aucun cas lier le renforcement de ses liens avec la Russie aux négociations en cours avec ses créanciers pour deux raisons : tout d’abord, parce que cela enverrait un mauvais signal aux partenaires européens qui verraient cela comme une approche opportuniste, le message étant : si vous ne répondez pas à nos demandes, nous irons voir ailleurs. Deuxièmement, la Russie ne peut pas être considérée comme une alternative pour la Grèce, mais seulement comme un choix complémentaire. “

euronews : “ Martin Schulz a demandé au gouvernement grec de ne pas compromettre la position unitaire de l’Union européenne sur les sanctions contre la Russie. Mais dans une déclaration à l’agence de presse russe, Alexis Tsipras a fortement critiqué ces sanctions. N’est-ce pas dangereux ? “

Konstantinos Filis : “ Je pense qu’Athènes ne prendra pas ses distances avec la position commune de l’Union européenne si cela la conduit à l’isolement. Elle tentera de former un bloc au sein de l’Union européenne regroupant les pays qui partagent la même vision et ont des priorités similaires comme l’Italie, l’Autriche, la Slovaquie, Chypre et la Hongrie, même si la Hongrie a un leadership très particulier et que la Grèce devrait prendre garde à ne pas y être associée. L’idée est de montrer que la Russie peut être très utile et que c’est sur cette base que nous devons trouver une position unitaire européenne. “

euronews : “ Le ministre grec des Affaires étrangères s’est joint à la Hongrie pour soutenir le projet de gazoduc Turkish stream. Faut-il en conclure que certains Etats membres se démarquent au moment même où l’Union européenne tente de mettre sur pied une union de l‘énergie, précisément pour être moins dépendante du gaz russe ? “

Konstantinos Filis : “ En ce qui concerne la participation de la Grèce à Turkish stream, des conditions très spécifiques, qui sont essentielles pour la concrétisation du projet, doivent être remplies. Tout d’abord, les pays qui ont été pénalisés par l’abandon de South stream comme l’Autriche et l’Italie, devront eux aussi être impliqués dans le projet de gazoduc reliant la Russie et la Turquie par la mer noire, pour ensuite rejoindre l’Europe. La deuxième condition, c’est de trouver des compagnies qui acheminent le gaz étant donné que la Russie peut acheminer le gaz vers la frontière gréco-turque mais pas au-delà car cela aurait des implications contraires aux règles européennes. Enfin, il faut s’assurer qu’il y ait une position commune européenne ou du moins un accord de Bruxelles pour soutenir le projet, car sans un soutien de Bruxelles, le projet pourrait bien être enterré, comme cela s’est passé avec South stream. “

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