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Portrait de Günter Grass, l'écrivain de la "mauvaise conscience" allemande

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Portrait de Günter Grass, l'écrivain de la "mauvaise conscience" allemande

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Roulements de tambour pour rendre hommage à Günter Grass. Le prix Nobel de littérature, décédé ce lundi à 87 ans dans une clinique de Lübeck, ville du nord de l’Allemagne où il résidait, était l’un des écrivains allemands du XXe siècle les plus connus dans le monde. Dans son propre pays, il avait souvent créé la polémique, réveillant dès la fin de la Seconde guerre mondiale la mauvaise conscience de la population et des autorités en raison de leur embrigadement ou de leur passivité sous le régime nazi. L’oeuvre qui résume le mieux ce climat, “Le Tambour”, publiée en 1959, a d’ailleurs été son plus grand succès mondial. Elle a été brillamment adaptée au cinéma par Volker Schlöndorff, décrochant la Palme d’Or au festival de Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger à Los Angeles.

Günter Grass, né à Dantzig, qui s’appelle Gdansk dans la Pologne d’aujourd’hui, a lui-même subi l’enrôlement dans la machine de guerre nazie. Dès 11 ans, il est incorporé dans les Jeunesses hitlériennes, puis il intègre une unité SS alors que l’armée allemande commence à connaître la déroute. Ce n’est qu’en 2006, dans son autobiographie intitulée “En épluchant les oignons”, que l‘écrivain avouera sa faute, se justifiant par son appartenance à un milieu modeste obsédé par la lutte contre le communisme. Sa réputation en prendra néanmoins un coup puisque l’auteur du “Tambour” avait passé sa carrière à donner des leçons à toute une génération d’Allemands. Il n’empêche que l’Académie suédoise du Nobel, qui l’a honoré en 1999, a retenu de son oeuvre “une vaste révision de l’Histoire en rappelant ce qui avait été nié et oublié, les victimes, les perdants et les mensonges”.

C’est un “Rabelais de la Baltique”, estime son biographe français, Olivier Mannoni, c’est un “vrai géant, un inspirateur”, commente l‘écrivain britannique Salman Rushdie sur son compte Twitter. Günter Grass est passé par la bohème, par des études d’arts plastiques, des essais dans la sculpture, la peinture, avant de choisir l‘écriture. Paris, comme beaucoup d’artistes, l’a inspiré pour prendre cette voie, il avait posé sa valise dans la capitale française dans les années cinquante. Avec son éternelle grosse moustache et sa pipe, l‘écrivain allemand a peaufiné au cours des années sa langue populaire, tour à tour drôle ou sombre, souvent ironique et toujours impitoyable pour les idéologies de toutes sortes. Après guerre, Günter Grass parlait de son “scepticisme insurmontable”. “Il en est résulté une résistance, écrivait-il, souvent même un goût pour l’attaque envers toute idéologie qui prétend fixer des mesures absolues”.

L‘écrivain Salman Rushdie réagit sur Twitter : “C’est très triste. Joue du tambour pour lui, petit Oskar !”

Politiquement, le prix Nobel de littérature était engagé à gauche. Il fut longtemps un proche du SPD, le Parti social-démocrate, avant de se fâcher fortement avec ses dirigeants en 1993. Il estima alors que leur position était trop conservatrice. Pourtant, en 1998, il renouera avec le parti en se tenant aux côtés du chancelier Gerhard Schröder et de la coalition dite “rouge-verte” en Allemagne, coalition réunissant les sociaux-démocrates et les écologistes. Günter Grass n‘était pas favorable à la réunification de l’Allemagne, et il ne le cacha pas dans son livre “Toute une histoire” publié en 1995. Nouvelle polémique ! Une partie du public et de la presse en fit effectivement toute une histoire…à tel point que le journal Bild écrira : “Grass n’aime pas son pays !”