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Drame des migrants : l'UE face à une crise humanitaire sans précédent

Ce nouveau naufrage en Méditerranée est le plus grave depuis celui d’octobre 2013, qui avait poussé l’Italie à agir et à mettre en place l’opération

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Drame des migrants : l'UE face à une crise humanitaire sans précédent

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Ce nouveau naufrage en Méditerranée est le plus grave depuis celui d’octobre 2013, qui avait poussé l’Italie à agir et à mettre en place l’opération Mare Nostrum, arrêtée un an plus tard, faute de moyens.

Ce 3 octobre 2013, une embarcation transportant 500 clandestins fait naufrage près de Lampedusa. 366 d’entre eux périront, dont de nombreuses femmes et beaucoup d’enfants

Chaque année apporte son lot de drames, de plus en plus fréquents. 2014 sera une année noire. Le Haut commissariat aux Réfugiés déclare alors la Méditerranée “la route la plus mortelle du monde”. En septembre, 200 migrants coulent à l’est de la Libye. 36 seulement seront secourus.

Mais 2015 est en passe de battre des records si rien n’est fait. Février, puis avril voient les drames s’enchaîner. Toujours le même scénario. Des centaines de personnes prennent place à bord de bateaux pneumatiques, trop petits, trop fragiles, en mauvais état. Tôt ou tard, l’engin chavire.

On voit bien l‘évolution de la situation en quelques années sur ce graphique. La guerre en Syrie et en Lybie a précipité des centaines de désespérés sur ces embarcations de fortune. 2014 a vu 3 500 personnes mourir en mer. 500 morts sont déjà comptabilisés depuis le début de l’année.

L’opération européenne Triton qui a pris le relais du dispositif italien Mare nostrum en novembre dernier a fait tragiquement la preuve de ses dysfonctionnements. D’un budget limité, strictement consacré à la surveillance des frontières, ses faibles moyens n’ont cessé d‘être critiqués par les organisations humanitaires.

Pendant ce temps, les structures d’accueil de l‘île de Lampedusa explosent. Le centre est surpeuplé, plus d’un millier de migrants y seraient actuellement, pour quelque 380 places. 10 500 clandestins sont arrivés en Italie les deux premières semaines d’avril.

Euronews:
Nous reçevons à présent Madame Aspasia Papadopoulou du Conseil européen pour les réfugiés et les exilés. Près d’un an et demi après la tragédie de Lampedusa, il semble que rien n’a changé. L’Union européenne ne parvient toujours pas à maîtriser la situation en Méditerranée. Pourquoi? Qu’est ce qui bloque?

Aspasia Papadopoulou:
“L’Union européenne n’a pas attaqué le problème sérieusement. On a l’impression que les pays européens se fichent de sauver des vies dans la Méditerranée. Ce n’est qu‘à partir du moment où ces morts atterrissent à leurs frontières qu’ils s’en inquiètent. Tout ce qui a été fait depuis Lampedusa, c’est renforcer la surveillance et le contrôle des frontières. Rien n’a été fait pour ouvrir la voie à une immigration légale. Les personnes qui émigrent, ce sont des Syriens, des Erythréens, des gens qui fuient pour survivre. Ils fuient les conflits, la dictature et ils le feront à n’importe quel prix. Si on ne s’attaque qu’aux passeurs et aux traffiquants, on ne combat que les symptômes. Pour mettre les passeurs hors d‘état de nuire, il faut ouvrir la porte à l’immigration légale.”

Euronews:
La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a demandé de partager ce fardeau et cette responsabilité. Est-ce que ça implique de renégocier le Règlement Dublin II? Car aujourd’hui, par exemple, l’Italie n’a pas le droit d’envoyer des demandeurs d’asile vers les autres Etats membres.

Aspasia Papadopoulou:
“Ce règlement est en vigueur depuis plusieurs années, il a été révisé mais il engendre toujours de nombreux problèmes. La situation des pays qui sont en périphérie de l’Union prouve que ce système ne fonctionne pas. Les règles actuelles placent les migrants dans des situations de vulnérabilité et elles imposent un fadreau injuste aux pays situés en périphérie. Il faut créer un nouveau système qui permette de répartir équitablement cette responsabilité et qui tienne compte des choix et des liens familiaux des réfugiés. Donc il ne s’agit pas simplement de distribuer des quotas d’immigrés, il faut se demander où cette personne a de la famille et où elle peut espérer un futur viable.”

Euronews:
Selon vous, quelle stratégie d’urgence devrait adopter l’Union européenne? Parce que si on en croit les organisations internationales, le problème ne va faire que s’amplifier dans les prochains mois.

Aspasia Papadopoulou:
“Je crois que la tragédie de ce week-end va se répéter de plus en plus. Le beau temps est de retour, l’air se réchauffe et d’ici à l‘été, on va assister à des situations de plus en plus dramatiques. Il devient très urgent de créer un mécanisme de recherche et secours. A vrai dire, ce n’est pas si compliqué, il faut juste de la volonté politique. Avec les ressources des Etats membres et le soutien de l’agence Frontex, on peut y arriver très rapidement, on peut mettre en place une opération en Méditerranée pour aider les migrants qui arrivent. Par ailleurs, des mesures existent déjà comme la politique de réinstallation ou les visas humanitaires. On pourrait utiliser ces instruments pour permettre aux plus vulnérables de venir légalement sans payer des passeurs. Aujourd’hui, une famille syrienne à Beyrouth ou une famille érythréenne à Tunis a très peu de chances d‘émigrer légalement. Alors on devrait au moins utiliser les outils qui sont déjà en place.”