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Comment la Seconde Guerre mondiale a façonné l'esprit de la Pologne d'aujourd'hui


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Comment la Seconde Guerre mondiale a façonné l'esprit de la Pologne d'aujourd'hui

La Seconde guerre mondiale fut un véritable traumatisme pour la Pologne. En 1939, le pays, qui avait recouvert son indépendance au sortir du premier conflit mondial, commençait à peine à reconstruire ses fondations. Les résultats de ce nouvel affrontement international ont repoussé de plusieurs décennies l’acte de naissance d’une Pologne libre et véritablement indépendante.

Massacre de Katyn : la Pologne décapitée

Au printemps 1940, la police politique de l’Union soviétique (NKVD) a assassiné 4 500 officiers polonais. Le massacre a été perpétré dans la forêt de Katyn, un village russe près de Smolensk et de la frontière biélorusse. Les victimes ont été abattues d’une balle dans la nuque et ensevelies dans des fosses communes.

Cet ordre de mort participait de la politique mise en œuvre par Staline contre les élites polonaises considérées comme hostiles à l’idéologie communiste et susceptibles d’organiser la résistance et la lutte contre son agresseur. A cette époque, c’est finalement un total de 22 000 personnes qui sont assassinées, essentiellement des officiers mais aussi des étudiants (officiers de réserve), des médecins, des ingénieurs et des enseignants.

Les premiers charniers de Katyn sont découverts en août 1941 par les troupes allemandes, quelques semaines après l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht. Mais c’est seulement le 13 avril 1943, quand leur situation sur le front oriental empire, que les autorités nazies décident de rendre leur découverte publique. Les Soviétiques nient immédiatement leur responsabilité en accusant les Allemands d’avoir commis ce crime lors de leur avancée en 1941.

Les autorités du Reich mettent alors en place une commission d’enquête internationale dont les conclusions sont unanimes : les assassinats ont eu lieu au printemps 1940, ce qui en fait porter la responsabilité aux Soviétiques. La commission d’enquête de la Croix-Rouge polonaise parvient au même constat, mais elle ne le rend pas publique, pour ne pas donner d’argument à la propagande nazie. Son rapport est transmis au gouvernement britannique qui le classe comme un document « ultra-secret » et ne le divulgue qu’en 1989.

Ces évènements tragiques vécus par la nation polonaise ont disparu des manuels officiels d’histoire durant toute la période de la guerre froide. L’URSS n’a reconnu officiellement sa responsabilité qu’en 1990.

Le massacre de Katyn symbolise les pires crimes commis contre le peuple polonais par les Soviétiques dans le but d’anéantir l’intelligentsia du pays et d’empêcher sa renaissance de manière définitive.


Holocaust : la Pologne, son principal théâtre

La Shoah (extermination par l’Allemagne nazie de 6 millions de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale) constitue l’un des événements les plus marquants de toute l’histoire contemporaine. Son immense impact moral fut universel. Mais pour les Polonais, ce génocide possède une dimension toute particulière.

C’est sur le territoire de l’actuelle Pologne que les nazis ont construit la plupart des camps d’extermination. Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka, Majdanek ou Auschwitz-Birkenau furent les tombeaux de plusieurs millions de juifs, déportés de tous les coins de l’Europe occupée. Le camp d’Auschwitz, dont les vestiges restent en grande partie intactes, est même devenu le symbole de l’ensemble du génocide.

La Pologne de cette époque possédait la plus grande communauté juive mondiale. Son extermination, presque totale puisque seuls 350 000 juifs polonais sur 3 millions ont survécu, a amputé le pays d’une partie intégrante de sa culture.

En dehors de ces faits marquants, la période de la guerre de 1939-1945 continue encore à susciter de nombreuses passions dans le cadre des relations polono-juives.

Ce qui est généralement mis en avant est le manque d’empathie, voir la franche hostilité, d’une grande partie des Polonais pour aider leurs voisins juifs en détresse. Le comportement de ces gens regardant brûler le ghetto de Varsovie en avril 1943, comme on regarderait un spectacle, ou dénonçant les fugitifs fut abject. Le pogrom organisé dans le village de Jedwabne (qui se trouvait sur le territoire occupé par l’URSS) en 1941 le fut tout autant. Toutefois, malgré une occupation allemande incomparablement plus dure qu’en Europe de l’Ouest, il est juste de rappeler que d’autres portèrent assistance aux Juifs en dépit des menaces d’exécution immédiate pesant sur l’ensemble d’une famille dont l’un des membres aurait abrité, nourri ou aidé des juifs. C’est ainsi en Pologne que fut créé, en 1942, le « Conseil d’aide aux Juifs », plus connu sous le nom de Zegota, probablement la plus importante organisation d’aide de toute l’Europe occupée. De son côté, le mouvement de résistance de l’Armée de l’intérieur (AK) n’hésita pas à condamner à mort ceux qui dénonçaient les juifs et le gouvernement polonais en exil à Londres avertit officiellement, dès novembre-décembre 1942, les Alliés anglo-saxons du processus d’extermination de la communauté juive.

70 ans plus tard, la question reste toujours brûlante et objet de polémique. Elle revient périodiquement dans le débat public démontrant chaque jour la nécessité du travail de mémoire.


Insurrection de Varsovie : le dernier act d’une lutte pour l’indépendance

L’insurrection de Varsovie fut le plus grand soulèvement armé contre l’Allemagne nazie en Europe occupée. Son déclenchement le 1er août 1944 est considéré comme la décision la plus tragique de la guerre en Pologne.

Face à l’avancée de l’Armée rouge, qui depuis janvier libérait les territoires polonais, et l’évacuation de l’administration allemande de Varsovie, interprétée comme le signal de la retraite, le général Tadeusz Bor-Komorowski, chef de l’Armée de l’Intérieur (Armia Krajowa) donna l’ordre d’engager l’opération «Tempête». Le but de la résistance polonaise était de pouvoir accueillir les libérateurs soviétiques en position de force dans la capitale et d’y établir un gouvernement indépendant. Elle voulait empêcher ainsi Staline d’imposer une administration procommuniste sous la forme d’un Comité de polonais de libération nationale (PKWN) que le dirigeant soviétique avait déjà mis en place à Lublin en juillet 1943.

Pendant 63 jours, la bataille fit rage avec une sauvagerie sans précédent. L’Armia Krajowa comptait environ 50 000 soldats dont seulement la moitié étaient armés. Mis à part les soldats de l’AK, d’autres se portèrent volontaires, y compris des femmes et des enfants tout juste adolescents.

Alors que la situation des insurgés devenait de plus en plus dramatique, l’Armée rouge restait passive, arrêtée sur la rive droite de la Vistule. Elle bloqua même l’approvisionnement en munitions des unités polonaises de l’Armée populaire (alliée des Soviétiques) pour les empêcher de secourir leurs compatriotes assiégés.

L’insurrection de Varsovie reçut un soutien très limité de la part des Alliés occidentaux. Des parachutages peu nombreux d’armes et d’autres matériels n’eurent que très peu d’impact. Le sentiment d’abandon, voire de trahison, de leur part fut alors énorme.

L’AK fut refoulée avec des pertes effrayantes (18 000 tués) dans une minuscule enclave au centre de la ville. Le nombre de victimes civiles est estimé à 180 000 personnes.

Le 2 octobre, le général Bor-Komorowski signa la capitulation et les survivants furent brutalement évacués pour être envoyés dans les camps de concentration. Hitler ordonna que Varsovie fût « rasée sans laisser de traces ». La ville fut détruite à 85%.

Le véritable vainqueur de l’insurrection fut Staline. Par l’intermédiaire des forces allemandes, il brisa l’AK et réussit à détruire le principal centre de la vie politique et culturelle polonaise en facilitant ainsi la prise de pouvoir par les communistes.

L’insurrection de Varsovie est considérée comme l’un des événements les plus importants de l’histoire moderne de la Pologne. Pour cette raison, elle suscite toujours beaucoup d’émotion et reste constamment l’objet de vifs débats au sein de l’opinion publique polonaise. La controverse la plus vive concerne l’utilité politique et historique de ce geste qui se termina par le sacrifice non seulement de la capitale du pays mais surtout de toute une génération de jeunes Polonais.

Malgré les polémiques, les Varsoviens célèbrent chaque année l’anniversaire de cet événement. Le 1er août, à 17h (symbole de l’heure W, début de l’action militaire), les sirènes retentissent en immobilisant la ville pour une minute de silence.


Téhéran, Yalta, Potsdam : la Pologne abandonnée à la merci du Kremlin

Lors des conférences interalliées qui ont réuni les Trois Grands (J.Staline , W.Churchill, F.D.Roosevelt puis Truman) à Téhéran, Yalta et Potsdam s’est joué le destin de la Pologne après la seconde guerre mondiale. Les deux principales questions concernant ce pays, et notamment ses futures frontières et la nature de son régime politique, y ont fait l’objet de vives tensions.

Profitant de la position de force offerte par la situation militaire et les succès de l’Armée rouge, Staline parvint à obtenir beaucoup de concessions de la part de ses interlocuteurs.

Lors de la première conférence des Trois Grands à Téhéran, en novembre 1943, il fut convenu, qu’après la guerre, l’Europe serait divisée en « zones d’influence » – l’ouest et le sud pour les Anglo-Saxons, l’est pour les Russes. Ceci voulait dire que la Pologne passerait sous l’occupation et le contrôle soviétiques. Churchill et Roosevelt accédèrent également au désir de Staline de voir la frontière polono-soviétique suivre la ligne Curzon (qui correspondait pour l’essentiel à la ligne de démarcation soviéto-nazie de 1939) en dépit de la perte du tiers de la superficie que cela signifiait pour la République polonaise. Ainsi, Lvov et Vilnius, deux des villes phares de la culture et de l’histoire polonaise, passèrent sous la souveraineté de Moscou.

A ce stade, le gouvernement polonais en exil à Londres ne fut même pas informé de ces décisions cruciales. Les principaux intéressés furent donc mis devant le fait accompli.

A Yalta, en février 1945, les Alliés confirmèrent la ligne Curzon et approuvèrent le principe d’une compensation des pertes territoriales de la Pologne à l’est par l’octroi de territoires allemands à l’ouest. A cette occasion, ils exigèrent que les représentants des partis soutenant le gouvernement à Londres se joignent aux membres de l’administration communiste, installée par Staline en juillet 1943, pour former un gouvernement provisoire d’union nationale.

Entre le 17 juillet et le 2 août à Potsdam, c’est une délégation communiste qui représenta la Pologne et non un groupe plus représentatif. Les dirigeants alliés fixèrent alors la frontière occidentale de la Pologne sur l’Oder et la rive ouest de la Neisse et approuvèrent le plan d’expulsion des Allemands y résidant. La modification des frontières polonaises provoqua ainsi le déplacement de plusieurs millions de Polonais et d’Allemands hors de leurs terres d’origine.

Les déclarations des Trois Grands au sujet d’«élections libres et sans entraves» n’ayant pas été suivies, le nouvel ordre établi lors des conférences interalliées mit la Pologne sous la tutelle soviétique en la condamnant à plusieurs décennies de dictature au sein du bloc communiste.

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