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Détruire les bateaux des passeurs condamnerait les migrants à l'enfer libyen, selon Amnesty International

“Les conditions épouvantables infligées aux migrants, alliées à l’anarchie croissante et aux conflits armés qui déchirent le pays, montrent à quel

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Détruire les bateaux des passeurs condamnerait les migrants à l'enfer libyen, selon Amnesty International

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“Les conditions épouvantables infligées aux migrants, alliées à l’anarchie croissante et aux conflits armés qui déchirent le pays, montrent à quel point il est dangereux de vivre en Libye aujourd’hui.” Tel est le constat sans concession de Philip Luther, le directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

Dans son rapport intitulé “La Libye est pleine de cruauté – Histoires d’enlèvements, de violence et d’abus sexuels sur des migrants et des réfugiés” publié ce lundi, l’organisation dénonce la détresse et le calvaire de ces hommes, de ces femmes et de ces enfants “piégés” en Libye et dont la seule planche de salut est de tenter de rejoindre l’Europe par tous les moyens.

L’Europe : un espace de liberté plus ou moins fantasmé qui n’hésite pas à prendre des allures de forteresse pour décourager les candidats à la traversée de la Méditerranée.

L’Europe qui pourrait potentiellement aussi faire plus de mal que de bien en décidant de confisquer et de détruire les bateaux des trafiquants avant qu’ils ne prennent la mer, met en garde Amnesty International.

“Mener des actions contre les passeurs, sans offrir d’itinéraire sûr de remplacement aux migrants et réfugiés qui veulent désespérément fuir le conflit en Libye ne résoudra pas le problème”, estime Philip Luther.

Depuis des années, la Libye est un pays de transit et de destination pour les réfugiés et les migrants fuyant la pauvreté, les conflits et les persécutions en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, rappelle le rapport. Beaucoup viennent en Libye dans l’espoir d’atteindre l’Europe. Mais le chaos ambiant et la menace que représentent les groupes armés ont fait exploser les risques, poussant même des communautés de migrants installés et travaillant en Libye depuis des années à fuir vers l’Europe par la mer. Les atteintes aux droits humains commises dans les centres de détention pour migrants, où des milliers de migrants et de réfugiés, dont des mineurs, sont détenus pour une durée indéterminée dans des conditions déplorables, expliquent également pourquoi ils sont si nombreux à tenter de partir.

Quelle est la situation actuelle pour les migrants et les réfugiés en Libye?

Enlèvements, vols et violences sexuelles

Les réfugiés et les migrants subissent des violences à toutes les étapes des itinéraires sur lesquels les conduisent les passeurs, menant d’Afrique de l’Ouest et de l’Est jusqu’aux côtes libyennes.

Ceux qui sont originaires d’Afrique subsaharienne, notamment les mineurs non accompagnés, sont enlevés contre rançon. Au cours de leur captivité, ils sont torturés pour les obliger, eux et leurs familles, à payer la rançon.

Des migrants et réfugiés interrogés par Amnesty International ont déclaré que les passeurs les considéraient “comme des esclaves” et les traitaient “comme des animaux”.

L’un d’entre eux a raconté qu’ils étaient gardés dans une pièce surpeuplée et sale, sans toilette, sans couvertures ni matelas, et nourris uniquement de morceaux de pain sec :

“En fait, ils gèrent un business. Ils vous retiennent, pour que vous leur versiez de l’argent… Si vous ne répondez pas à leurs questions, ils vous frappent…”

Les femmes, particulièrement si elles font le voyage seules ou sans hommes, sont exposées au risque de subir des viols et des violences sexuelles, aux mains des passeurs et des bandes criminelles. Les femmes kidnappées, si elles ne peuvent pas payer la rançon, sont parfois contraintes d’avoir des rapports sexuels en échange de leur libération ou de la possibilité de poursuivre leur périple.

“Je sais que le passeur s’est servi de trois femmes érythréennes. Il les a violées et elles pleuraient. C’est arrivé au moins deux fois”, a raconté un témoin à Amnesty International.

Une autre femme originaire du Nigeria a raconté qu’elle avait été violée par les membres d’une bande armée, dès son arrivée à Sabha :

“Ils nous ont emmenés quelque part en dehors de la ville, dans le désert, ils ont attaché les mains et les pieds de mon époux à un poteau, et m’ont tous violée sous ses yeux. Ils étaient 11 hommes au total”, a-t-elle raconté.

Exactions commises par les passeurs avant le départ des bateaux

Certains migrants et réfugiés ont raconté avoir subi des mauvais traitements aux mains des passeurs durant la période, pouvant aller jusqu‘à trois mois, pendant laquelle ils étaient retenus dans des maisons en cours de construction, en attendant qu’un nombre suffisant de passagers soit réuni. Les passeurs gardaient la nourriture et l’eau, les frappaient à coups de bâtons ou leur volaient leurs biens.

D’autres réfugiés syriens ont déclaré qu’ils avaient été transportés dans des camions réfrigérés très mal aérés :

“Deux enfants ont commencé à étouffer et ont cessé de respirer. Leurs parents leur ont donné des gifles sur le visage, pour les réveiller. Nous donnions des coups sur les parois pour avertir le chauffeur, mais il ne s’est pas arrêté”, ont-ils raconté.

Violations commises dans les centres de détention pour migrants

Les migrants et les réfugiés en Libye sont détenus pour une durée indéterminée dans les centres de détention pour migrants, dans des conditions épouvantables, où ils sont régulièrement victimes de torture et de mauvais traitements. La plupart sont détenus pour entrée illégale sur le territoire et autres infractions similaires. Ceux qui sont capturés sur des bateaux interceptés par les garde-côtes libyens alors qu’ils tentent la traversée vers l’Europe sont également placés dans ces centres.

Les femmes qui y sont détenues ont dénoncé des actes de harcèlement sexuel et des violences sexuelles.

L’une d’entre elles a raconté à Amnesty International que des employés de l’un de ces centres d’immigration avaient battu à mort une femme enceinte.

“Ils nous frappaient à l’aide de tuyaux derrière les cuisses. Ils frappaient même les femmes enceintes. La nuit, ils venaient dans nos chambres et essayaient de coucher avec nous. Certaines femmes ont été violées. L’une d’elles est tombée enceinte… C’est pour ces raisons que j’ai décidé de partir en Europe. J’ai trop souffert en prison”, a déclaré l’une de ces femmes.

Persécutions religieuses

En Libye, les migrants et les réfugiés chrétiens sont particulièrement exposés aux violences des groupes armés qui cherchent à imposer leur propre interprétation de la loi islamique. Venus du Nigeria, d‘Érythrée, d‘Éthiopie ou d‘Égypte, ils sont enlevés, torturés, voire tués en raison de leur religion. Récemment, au moins 49 chrétiens, Égyptiens et Éthiopiens pour la plupart, ont été décapités et abattus lors de trois massacres revendiqués par État islamique.

Charles, un Nigérian de 30 ans, a raconté à Amnesty International qu’il avait décidé de rejoindre l’Europe par la mer le mois dernier, après avoir été enlevé et agressé plusieurs fois par des membres d’une bande criminelle, dans la ville côtière de Zuwara. Il s’y était rendu pour échapper aux bombardements et aux combats à Tripoli :

“Ils venaient nous voler notre argent, et nous fouettaient. Je ne peux pas porter plainte auprès de la police en expliquant que je suis chrétien, parce qu’ils ne nous aiment pas… En octobre 2014, quatre hommes m’ont kidnappé, parce qu’ils ont vu que je portais une Bible”, a-t-il expliqué.