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Asie : les Rohingyas abandonnés à leur sort dans un océan d'indifférence


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Asie : les Rohingyas abandonnés à leur sort dans un océan d'indifférence

N’importe quelle tragédie de par le monde fait “vendre” d’habitude, pardonnez ce cynisme ! Les Rohingyas, qui cumulent toutes sortes de misères, n’ont le droit qu‘à peu d’intérêt international pour le moment. L’actualité concernant cette minorité musulmane, paria dans son propre pays d’adoption, la Birmanie, ne manque pas pourtant : ce vendredi, une nouvelle embarcation qui transportait plus de 710 Rohingyas, dont beaucoup de femmes et d’enfants, a fait naufrage près de la côte du nord-ouest de l’Indonésie; sans l’intervention de plusieurs bateaux de pêche de la localité de Langsa, dans la province d’Aceh, la plupart des migrants clandestins seraient morts noyés. Les rescapés ont indiqué à la police indonésienne que la marine malaisienne avait repoussé leur embarcation jusque dans les eaux territoriales indonésiennes.

Les Rohingyas n’arrêtent pas de défier la mort. Un autre bateau à la dérive est déjà signalé près des côtes de Thaïlande. Le calvaire des migrants en mer, souvent sans eau et nourriture pendant des jours, voire des semaines, est loin d‘être terminé car la Thaïlande, qui servait de pays de transit aux clandestins depuis des années, a décidé de durcir fortement sa politique en matière d’immigration. Quant à la Malaisie et l’Indonésie, elles préviennent officiellement qu’elles refouleront désormais tous les navires abordant leur littoral. Les naufragés du jour peuvent remercier doublement les pêcheurs de Langsa qui n’ont pas écouté les consignes officielles.

Une minorité dont personne ne veut

Quel est ce peuple, au début d’un siècle où les réseaux sociaux se vantent de tout dire et de tout savoir dans l’instant, qu’on connaît si peu, dont le sort n’intéresse presque personne alors qu’il est considéré par l’ONU comme l’une des minorités les plus persécutées dans le monde ? Les Rohingyas sont-ils maudits ? Au Bangladesh, dont ils sont originaires, ils vivent dans le dénuement, et sont donc de moins en moins nombreux (environ 300 000). En Birmanie, où ils se sont réfugiés depuis longtemps en grand nombre (environ 1,3 million), ils sont encore considérés comme illégaux, n’ont ainsi pas de liberté de circulation et s’entassent dans des camps. Musulmans, ils sont également méprisés par une partie de la majorité bouddhiste de Birmanie, et sont victimes de violences comme en 2012 (plusieurs centaines de morts, plus d’une centaine de milliers de blessés).​

Même la Malaisie, où la population est majoritairement musulmane et dont l‘économie est plutôt bonne, laisse tomber, ou “couler”, les Rohingyas. Ses autorités ont confirmé qu’elles n’accepteraient plus aucun migrant venu de la mer, sauf “risque imminent de naufrage”. Les dirigeants malaisiens savent-ils que sur une embarcation de fortune pleine à craquer, le risque est TOUT LE TEMPS imminent ? Cercueils flottant, filières clandestines, passeurs sans foi ni loi, moyens de sauvetage limités, cela ne vous rappelle rien ? Le drame des migrants en Asie du Sud-Est est exactement le même qu’en Méditerranée, à la différence près que, contrairement à l’Union européenne, l’Asean, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, n’envisage guère de trouver une solution globale au problème. Redisons-le, actuellement, la vie des Rohingyas ne vaut pas grand chose.

Et la communauté internationale n’a pas de leçons à donner. La Fédération internationale de la Croix-Rouge vient de dénoncer son “indifférence”. Ce n’est pas comme si aucune alerte n’avait été donnée : le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies a clairement signalé qu’entre janvier et mars dernier, plus de 25 000 migrants issus du Bangladesh, en majorité des Rohingyas, ont pris la mer pour tenter d’atteindre la Malaisie ou l’Indonésie (ce nombre a doublé par rapport à la même période en 2014), des ONG estiment que des milliers de personnes seraient à l’heure actuelle en train de dériver en mer au large de la Thaïlande, de la Malaisie ou plus au sud. Les morts se comptent déjà par centaines, et j’ai bien peur que ces quelques lignes ne soient qu’un tout petit message glissé dans une toute petite bouteille lancée dans l’océan d’indifférence…

Heureusement, les caricaturistes sont toujours là ! Un simple dessin peut tout dire…

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