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Charlie Hebdo : "Chaque bouclage est une torture" pour Luz et il va partir

La vie à Charlie Hebdo, en 35 ans d’existence, n’a jamais été un long fleuve tranquille.

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Charlie Hebdo : "Chaque bouclage est une torture" pour Luz et il va partir

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La vie à Charlie Hebdo, en 35 ans d’existence, a été remplie de parties de rigolade, de coups de gueule, de coups de blues…Mais le coup le plus dur que l’hebdomadaire satirique français ait jamais encaissé est bien sûr l’attentat du 7 janvier dernier dans ses locaux à Paris. Sa rédaction a presque été entièrement décimée à la kalachnikov par les frères Kouachi et ses caricaturistes les plus emblématiques, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, nous ont quittés tous ensemble en quelques instants. Pour les rares survivants, comment se remettre de ce choc violent et comment continuer à travailler, surtout quand il s’agit de faire sourire et rire ses contemporains ?

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Chaque bouclage est une torture parce que les autres ne sont plus là

L’admiration et le profond respect qu’a une majorité de Français pour l‘équipe de Charlie ne suffisent pas. Le dessinateur Luz, qui a signé la première Une d’après la tuerie (voir photo ci-dessous), avoue que c’est trop lourd pour lui. Dans le journal Libération, il annonce qu’il va quitter l’hebdo en septembre prochain. “Si je me barre, c’est que c’est difficile pour moi de travailler sur l’actualité”, explique-t-il, chaque semaine dure dix mois désormais. Cette réflexion sur le départ date d’il y a longtemps”. Luz indique que les rescapés ont repris le travail très vite après l’attentat, qu’il a suivi “par solidarité pour ne laisser tomber personne” mais qu’il avait besoin de plus de temps.

“Chaque bouclage est une torture parce que les autres ne sont plus là, confie le dessinateur. Passer des nuits d’insomnie à convoquer les disparus, à se demander : qu’est-ce que Charb, Cabu, Wolinski, Honoré, Tignous auraient fait ? C’est épuisant !”. Son départ vers d’autres réalisations ne l’empêchera pas, assure Luz, de rester Charlie dans son coeur. Il veut prendre du temps pour lui, ce que tout le monde comprendra…faire des livres et “relire la Bible”, dit-il avec malice, en précisant aussitôt : “Non, je déconne !”.

Trop d'argent d'un coup

Fin mars déjà, un certain malaise s‘était fait sentir à Charlie Hebdo. Luz et quatorze autres membres du journal (sur une vingtaine) avaient co-écrit une tribune intitulée “Pour une refondation de Charlie Hebdo”. Mécontents de l’utilisation des fonds recueillis après l’attentat, ils réclamaient notamment une gouvernance collégiale, que chaque salarié devienne actionnaire par exemple. Il faut dire qu’en un éclair, le titre, qui avait de la peine à garder ses 10 000 abonnés, a en obtenu environ 270 000. Et puis, les dons ont afflué en provenance de 84 pays, jusqu‘à atteindre près de 4,3 millions d’euros.

L’argent est le nerf de la guerre mais, on le sait aussi, il peut facilement envenimer les rapports humains, semer la zizanie dans une famille. Celle de Charlie ne semble pas épargnée, une situation qui est paradoxale puisque pendant les années de galère de l’hebdomadaire (Et Dieu sait qu’elles n’ont pas manqué !), l‘équipe avait au contraire tendance à se ressouder. Les dissensions actuelles sont dues en particulier à l’utilisation de cette manne inespérée. La direction du journal a décidé de reverser l’intégralité des dons aux proches des victimes (Il y en a eu 12 en tout). Cependant, a reconnu Patrick Pelloux, urgentiste et chroniqueur à Charlie Hebdo : “A l’heure actuelle, on ne sait pas trop comment ça va se passer”.

Patrick Pelloux affiche son soutien à Luz dans un tweet :