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Espagne : Les "Indignés" à la porte de Madrid et Barcelone


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Espagne : Les "Indignés" à la porte de Madrid et Barcelone

Rendue célèbre par sa lutte contre les expulsions de familles frappées par la crise, Ada Colau est en passe de devenir la première maire “indignée” d’Espagne après être arrivée en tête ce dimanche aux élections municipales à Barcelone.

A 41 ans, la jeune femme menait aux municipales la liste “Barcelone en commun”, une alliance de plusieurs partis de gauche intégrant notamment la jeune formation antilibérale Podemos, portée par le souffle du mouvement des “Indignés” né en 2011.

Pour celle qui hésitait encore à l’automne 2014 à se lancer dans l’arène politique et dont les détracteurs ont dénoncé l’inexpérience et la radicalité, c’est l’espoir et le désir de changement qui l’ont emporté sur la campagne de la peur et la résignation :

“Il est clair selon moi que nous achevons un cycle, des décennies de politique bipartisane prévisible, avec de grands partis dominant la scène politique, et des citoyens votant tous les quatre ans, mais ayant le sentiment de ne rien pouvoir décider”.

Sans passé politique ni militance dans aucun parti, Ada Colau veut en finir avec les “privilèges”: elle a déja prévenu qu’elle abaissera son salaire jusqu‘à 2.200 euros par mois, contre 143.000 euros par an pour le maire actuel.

“A partir d’aujourd’hui, nous devons changer la façon de faire la politique, à commencer par une transparence maximale, que le peuple sache tout, absolument tout : ce qui se passe dans les Administrations, ce qui a été détourné, tous les postes de hauts fonctionnaires contrôlés pour les partis politiques. II faut remettre tout en ordre”.

Démocratie plus propre et citoyenne, c’est ce qu’elle a promis pendant la campagne, mais au pouvoir, ses premières mesures devraient aller aux victimes de la crise : bloquer les expulsions, convertir les appartements vides en logements sociaux, lancer un revenu minimum de 600 euros pour les familles au bord de la misère…

Pour l’heure, l‘égérie des “Indignés” doit faire face à la réalité des tractations.
De nombreuses municipalités et régions d’Espagne ont maintenant de nouveaux visages, de nouveaux venus en politique. Passées les élections, est venu le temps des négociations et des accords de gouvernance.

Pour nous aider à déchiffrer les résultats de ces élections locales et régionales en Espagne, nous avons rencontré le professeur de Sciences Politiques de l’Université Autonome de Madrid, Fernando Vallespín. Il retient deux évidences.

“La première: c’est la perte assez spectaculaire de pouvoir politique de la part du parti au gouvernement, le Parti Populaire, et deuxièmement, c’est la valeur symbolique du succès dans des villes comme Madrid et Barcelone de ces plate-formes citoyennes qui ont concurrencé les grands partis, et qui, dans le cas de Madrid, presque, mais dans le cas de Barcelone, sont devenues la première option des électeurs”.

Deux femmes, l’une activiste du terrain, l’autre, ancienne magistrate prestigieuse, ont conduit des listes sans étiquette partisane à la position de gouverner les mairies de Barcelone et de Madrid. Qu’ont-elles en commun?

“Tant Ada Colau, qui est un symbole des mouvements anti-système aux moments les plus durs de la crise, que Manuela Carmena, sont des femmes qui ont la capacité de fédérer autour d’elles des gens n’ayant pas forcément voté pour la même option politique dans le passé, mais qui représentent cette nouvelle sensibilité que nous observons tous en Espagne depuis la crise économique.”

L‘énorme assise territoriale dont bénéficiait le Parti populaire depuis les élections de 2011 a été balayée. Ni l’implication de Mariano Rajoy dans la campagne, ni la reprise économique ne l’ont empêché. Quelles conséquences pour le chef du gouvernement?

“Ou bien Mariano Rajoy modifie radicalement son discours et surtout, opère un changement significatif des membres de son gouvernement, ou cela sera très difficile pour lui à l’approche des élections générales. Je pense que sa façon de faire de la politique a été dénoncée tout particulièrement dans des endroits comme Madrid et Valencia, qui sont les deux grands échecs du Parti Populaire dans ces élections, mais aussi des endroits où la corruption a été le plus évidente”.

Les résultats confirment l‘érosion des deux grands partis, PP et PSOE, qui à eux seuls cumulaient dans le passé 70% des voix. Ils ont cédé de la place à de nouveaux venus. Quel est le nouveau rapport de forces?

“Je pense que les résultats ont clarifié le paysage politique espagnol, au moins en ce qui concerne le pouvoir relatif détenu par les deux grands partis, qui tourne autour de 50%, et leur relation avec les nouveaux partis, en terme d’impact de voix. Il y a eu une mobilisation à gauche, mais à mon avis, elle ne s’est pas traduite en gains de voix comme prévu, pour des partis comme Podemos ou Ciudadanos. La révolution dans ces résultats, c’est qu’avant, ces partis n‘étaient pas dans les institutions, et que maintenant ils vont y être. Mais comparé aux prévisions des sondages, elle a été discrète. “

Quelles perspectives enfin, alors qu’aucune majorité absolue n’est apparue dans les régions et grandes villes espagnoles?

“Les citoyens espagnols sont face à une certaine contradiction, ils vont regarder à la loupe comment vont agir les nouveaux partis au moment des tractations, mais en même temps, les citoyens sont pour une gouvernance et ils veulent que les partis passent des accords. Et les partis ne savent pas comment agir. Il y a une certaine instabilité politique, sans doute, et c’est logique, mais on y verra plus clair après les élections générales de novembre, très surement.”

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