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Quatre héros de la Résistance française au Panthéon : "Prenez place, c'est la vôtre !"


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Quatre héros de la Résistance française au Panthéon : "Prenez place, c'est la vôtre !"

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay et Pierre Brossolette reposent désormais au Panthéon, au coeur du Quartier Latin à Paris. Le “Chant des partisans” a accompagné ces grands noms de la Résistance française dans leur nouvelle glorieuse demeure le mercredi 27 mai. “Prenez place, c’est la vôtre !”, a déclaré le président français pour conclure son hommage solennel. Lors d’un long discours, François Hollande a évoqué “quatre histoires qui donnent chair et visage à la République”, rappelant que les hommes et femmes d’exception qui sont entrés au Panthéon “incarnent l’esprit de la Résistance. Face à l’Occupation, à la soumission, ils ont apporté la même réponse : ils ont dit non, tout de suite, fermement, calmement”. Le chef de l’Etat a appelé à “la vigilance face à l’indifférence, face au fanatisme, au racisme, à l’antisémitisme. Indifférence face aux inégalités, aux injustices, aux indécences”.

Y a-t-il si peu de femmes exceptionnelles dans l’Histoire de France pour qu’elles soient seulement quatre au Panthéon, entourées de 71 “Grands hommes” ? Personne dans la République ne comprend vraiment pourquoi, en premier lieu la gent féminine, mais la classe politique la plus vieillissante préfère jouer les idiotes en faisant également mine de s’étonner. Le machisme persistant des différents hommes qui se sont succédé au pouvoir depuis la fin du XVIIIe siècle ne serait-il pas le principal responsable ? Quand on sait en plus que Sophie Berthelot repose dans ce “temple” pour la simple raison qu’elle était l’épouse du chimiste Marcellin Berthelot, il n’y avait jusqu‘à aujourd’hui qu’une seule élue, Marie Curie, à la fois prix Nobel de physique et de chimie. Ses cendres avaient été transférées le 20 avril 1995.

Allez, tout n’est pas perdu puisque deux autres femmes ont rejoint la pionnière, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Et la parité était respectée, elles étaient accompagnées de deux hommes, Jean Zay et Pierre Brossolette; tous quatre ont en commun d’avoir été des résistants de la première heure pendant la Seconde Guerre mondiale. Au cours de leur vie tumultueuse, ils se sont également tous engagés pour faire vivre l’esprit républicain et défendre la dignité humaine, y compris dans les pires circonstances.

De la fraternité du Musée de l’Homme à la sauvagerie de Ravensbrück

Geneviève de Gaulle-Anthonioz, qui n’est autre que la nièce du général de Gaulle, et Germaine Tillion se sont connues dans le réseau de résistance du Musée de l’Homme, l’un des premiers mis en place à Paris, dès le mois de juin 1940. En février 1942, sept membres du groupe, entièrement démantelé par les nazis, seront exécutés au Mont-Valérien, dans le département des Hauts-de-Seine. Germaine Tillion, elle, sera déportée vers le camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne. Geneviève de Gaulle, qui avait réussi à s’échapper, sera finalement dénoncée et arrêtée en juillet 1943, et rejoindra sa camarade en déportation en janvier 1944. Les deux femmes, en s’entraidant constamment, sortiront vivantes de l’enfer. Germaine Tillion va écrire “Ravensbrück”, l’un des premiers grands témoignages sur les camps. Ce n’est que plus de cinquante ans après sa libération que Geneviève de Gaulle trouvera les mots pour écrire “La traversée de la nuit”.

Même si elle a été “écrasée” par la machine concentrationnaire, Germaine Tillion n’a jamais perdu sa rébellion intérieure et sa force de création. Quand elle reprend son travail d’ethnologue, elle dit avoir étudié le système nazi comme “une société de sauvages”, elle a même imaginé sur ce thème une opérette pleine d’humour noir, écrite en 1944, qui sera finalement présentée à Paris en 2007. Pour sa part, Geneviève de Gaulle-Anthonioz se sert de la résistance morale qu’elle s’est forgée en déportation pour aider les Français les plus pauvres. En 1958, elle rencontre le père Joseph Wresinski qui est aumônier dans un bidonville de Noisy-le-Grand, dans la banlieue de Paris, et qui a fondé ce qui deviendra l’organisation ATD Quart-Monde. Pour aider les familles dont s’occupe le prêtre, puis toutes les autres personnes qui vivent dans la misère, elle l‘épaule en présidant ATD Quart-Monde de 1964 à 1998.

Jusqu’au bout, la défense des défavorisés

Nommée en 1988 au Conseil économique et social, la nièce du général de Gaulle se battra avec ténacité pendant dix ans pour élaborer et défendre un projet de loi contre la grande pauvreté; il sera enfin voté par les députés en juillet 1998. Quant à Germaine Tillion, elle deviendra une ethnologue de premier plan, s’intéressant particulièrement à l’Algérie. Elle va dénoncer les travers de la société coloniale française, faire des enquêtes sur la torture pendant la guerre d’Algérie, créer sur place des centres sociaux pour la population rurale déplacée et défendre les femmes du Maghreb.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz est décédée le 14 février 2002. Jusqu‘à la fin, elle est restée comme simple bénévole à ATD Quart-Monde.

Germaine Tillion est morte le 19 avril 2008, elle a tenu le coup jusqu‘à presque 101 ans. A la fin de sa vie, elle déclarait : “Mis à part ma captivité en Allemagne, j’ai été libre tout le temps”.

En haut, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion
En bas, Jean Zay et Pierre Brossolette

Jean Zay, ennemi idéal pour Vichy

Jean Zay représentait tout ce que détestait le régime de Vichy. Juif, franc-maçon, avocat puis député et ministre du Front populaire, il est républicain avant tout. C’est un homme politique brillant et visionnaire, le plus jeune député de France à 27 ans, ministre de Léon Blum à 31 ans. En charge de l’Education, il est l’auteur de nombreuses réformes comme la scolarité obligatoire jusqu‘à 14 ans, les cours d’éducation physique à l’école et l’interdiction de porter des insignes religieux, sujet tellement d’actualité aujourd’hui. Jean Zay est aussi l’initiateur du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), de l’ENA (Ecole nationale d’administration), et, on le sait encore moins, du Festival de cinéma de Cannes.

En septembre 1939, le ministre démissionne de ses fonctions et rejoint l’armée. A la suite de l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, il s’embarque avec une petite trentaine d’autres parlementaires et anciens ministres à bord du navire “Massilia” qui fait cap sur l’Afrique du Nord. Mais dès le mois d’août, Jean Zay est arrêté à Rabat, au Maroc, et renvoyé à la case départ. Après un procès expédié, il est condamné pour “désertion” et emprisonné. Après presque quatre ans passés dans les cachots de Vichy, il est sorti de sa cellule par des Français membres de la Milice et exécuté froidement dans une carrière le 20 juin 1944, dans le département de l’Allier.

Le corps de Jean Zay, balancé dans un gouffre, ne sera identifié que quatre ans après sa mort. Dans sa dernière lettre en prison, il écrivait : “J’ai le coeur et la conscience tranquilles, je n’ai aucune peur”.

Pierre Brossolette, martyr de la Résistance

Pierre Brossolette était l’un des chefs charismatiques de la Résistance. Issu d’une famille socialiste, républicaine, c’est un intellectuel brillant comme Jean Zay. A 19 ans, il est reçu premier au concours de l’Ecole normale supérieure, à 23 ans, il obtient l’agrégation d’histoire après avoir pourtant expliqué au jury que le sujet qu’il doit traiter ne mérite que sept minutes; c’est le temps que durera en effet son exposé, montre en main. Il devient un journaliste de radio et de presse écrite, écrit notamment pour “Le Populaire” et dénonce rapidement les méthodes de Vichy. Il entre naturellement dans la lutte clandestine sous le nom de code de “Brumaire” et rejoint la France libre à Londres. Mais Pierre Brossolette a sa propre vision de la Résistance, il tient parfois tête au général de Gaulle et s’engueule souvent avec Jean Moulin, qu’il retrouve maintenant au Panthéon.

Arrêté en mars 1944, le journaliste et “homme de l’ombre” aura un courage physique exemplaire. Il est torturé au quartier général parisien de la Gestapo deux jours durant, frappé avec toutes sortes d’instruments, la tête régulièrement plongée dans l’eau glacée, mais répétant sans cesse une seule phrase “Je m’appelle Paul Boutet”, c’est sa fausse identité.

Le 22 mars 1944, Pierre Brossolette trouve la force d‘échapper à la surveillance de ses gardiens et se jette par la fenêtre pour continuer de se taire, définitivement. Il confiait souvent : “Si je suis arrêté, je veux, je dois mourir”.

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