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Union européenne : David Cameron lance son offensive diplomatique


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Union européenne : David Cameron lance son offensive diplomatique

C’est par la voix de la reine Elisabeth II que David Cameron a officialisé en début de semaine sa stratégie européenne. Dans le programme gouvernemental lu par la souveraine, il a expliqué vouloir renégocier la relation du Royaume-Uni avec l’Union européenne et vouloir réformer le club des 28 dans l’intérêt de tous.

Parmi les revendications de David Cameron, le rapatriement de certains pouvoirs à Londres et le durcissement des conditions d’accès aux aides sociales pour les ressortissants européens installés dans le pays.

Dès lundi, il a rencontré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et a entamé ce jeudi une tournée des capitales. Objectif : rencontrer tous les dirigeants européens avant le sommet de la fin juin. L’Allemande Angela Merkel qui le recevra ce vendredi peut faire pencher la balance. Or si elle le soutient en partie dans son élan réformateur, elle est opposée à toute modification des traités européens qui serait longue et laborieuse.

Le Français François Hollande est sur la même ligne. Oui au maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne mais pas à n’importe quel prix. Or c’est un pari risqué qu’a fait Cameron en promettant aux Britanniques un référendum sur l’Europe.

Quelles sont ses chances de succès et que demande-t-il précisément ?
Nous avons posé la question à Nina Schick du centre de réflexion Open Europe, un think tank très influent.

euronews : “ Le Premier ministre britannique David Cameron a entamé sa tournée en Europe pour essayer d’obtenir des soutiens à sa demande de réforme de l’Union européenne. Qu’attend-il de ces voyages ? “

Nina Schick : “ Je pense qu’il est très important que Cameron prépare le terrain pour les grandes négociations qui vont suivre, a priori au sommet de juin. Au final, ce sont les autres dirigeants européens qui détermineront le succès ou non de cette renégociation. Et bien que des institutions comme la Commission soient impliquées, il doit pouvoir mettre de son côté d’autres dirigeants européens, se faire des alliés qui soient puissants en Europe, comme Angela Merkel par exemple. Donc il s’agit plus ici de donner le ton et de fixer la méthode pour les négociations qui suivront. “

euronews : “ Concrètement, que peut-il obtenir au niveau de l’Union européenne ? “

Nina Schick : “ Du point de vue économique, il s’agit de sceller des accords de libre-échange avec le reste du monde, réduire la bureaucratie, faire en sorte que la réglementation soit meilleure et qu’il y en ait moins. Sur ces points, la Commission a déjà commencé à avancer et d’autres pays européens y sont favorables. Ce sont des choses qui ne nécessitent pas un changement des traités. Du point de vue des changements démocratiques à apporter, il s’agit de s’assurer que les parlements nationaux soient les derniers à arbitrer dans l’Union européenne plutôt que la Commission ou Bruxelles. Et de s’assurer aussi que les pays n’appartenant pas à la zone euro ne soient pas écartés par les pays de la zone euro. Des pays comme le Danemark, la Suède et la Pologne – qui n’adopteront jamais la monnaie unique ou du moins pas dans un avenir proche – doivent disposer de mesures de sauvegarde institutionnelles pour ne pas devenir des membres de seconde zone du club. Je pense que le Royaume-Uni est un partenaire précieux pour l’Union européenne et que les poids lourds européens en sont parfaitement conscients. “

euronews : “ Vous dites que le Royaume-Uni est un partenaire précieux pour l’Union européenne. Pensez-vous que tous les pays soient de cet avis ? “

Nina Schick : “ Je pense que c’est un problème de perception du Royaume-Uni. Si vous regardez les choses en considérant que nous sommes dans une période où la sécurité européenne est menacée – je fais référence à la crise ukrainienne, à ce qui se passe au Proche-Orient, en Afrique du nord – , perdre l’une des principales puissances militaires de l’Union européenne serait certainement dommageable. Et du point de vue économique, le Royaume-Uni est l’un des plus gros contributeurs au budget européen. Si le Royaume-Uni devait quitter l’Union européenne, cela ferait basculer le centre du pouvoir en faveur du bloc méditerranéen, plus protectionniste. Et des pays comme l’Allemagne, qui sont essentiels dans toute négociation européenne, sont très conscient du fait qu’ils ont besoin de la voix libérale du Royaume-Uni pour faire en sorte que l’Union européenne reste globalement compétitive, tournée vers l’extérieur, et qu’elle puisse survivre au 21ème siècle. “

euronews : “ Beaucoup disent que la zone euro aura besoin de davantage d’intégration. Est-ce que ce n’est pas une mission impossible malgré le fait que la France et l’Allemagne soient déterminées à pousser pour plus d’intégration dans la zone euro ? “

Nina Schick : “ Je sais que les gens sont parfois frustrés que des propositions de réformes concrètes n’aient pas encore été mises sur la table, mais dans les prochains mois, ils verront en quoi consistent ces réformes. Et plutôt que de présenter les choses en disant : voilà telle et telle réforme, il doit y inclure une vision plus vaste de l’Union européenne. Ensuite, il s’agira d’incorporer à l’avenir dans les traités ce qui est déjà une réalité politique, à savoir que nous avons déjà une Europe à deux vitesses, nous avons déjà une Europe à géométrie variable. Il faut donc entériner le principe que le marché unique est la base de l’appartenance à l’Union européenne pour que des pays comme le Danemark, la Suède ou le Royaume-Uni qui ne rejoindront pas la zone euro aient les mêmes droits que ceux qui sont dans l’euro. Et évidemment, nous savons que la zone euro a besoin de davantage d’intégration et qu’elle devrait pouvoir progresser dans ce sens. Mais encore une fois, la monnaie commune ne doit pas devenir la base de l’appartenance à l’Union européenne, ce doit être le marché unique. “

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