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Turquie : vers un changement de régime politique ?

Pas de neutralité dans la campagne pour les législatives en Turquie. Bien que la loi l’interdise, le président Erdogan est partout pour marteler le

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Turquie : vers un changement de régime politique ?

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Pas de neutralité dans la campagne pour les législatives en Turquie. Bien que la loi l’interdise, le président Erdogan est partout pour marteler le même message : la mise en place d’un système présidentiel.

Il faut dire que le scrutin du 7 juin est crucial pour son avenir.
En effet, si son parti l’AKP obtient plus de 55 % des votes ou les deux tiers des 550 sièges du Parlement, Recep Tayyip Erdogan pourra voter la réforme destinée à renforcer les pouvoirs du chef de l‘État. S’il n’en obtient que les trois cinquièmes, il pourra la soumettre à référendum. Sinon, son ambition s‘écroulera.

L’opposition a tenté par tous les moyens de faire taire la “propagande” présidentielle. En vain. Elle n’a qu’un objectif : l’empêcher d’obtenir la majorité absolue.

Bora Bayraktar, notre correspondant en Turquie a rencontré Haluk Alkan, professeur en sciences politiques à l’Université d’Istanbul. Il revient sur le système politique en Turquie.

Bora Bayraktar, euronews

“Un des points les plus discutés des législatives du 7 juin concerne le passage à un système présidentiel. Le président et le Premier ministre affirment que c’est une nécessité. Quelle est votre opinion ? Pourquoi une telle demande ?

*Dr. Haluk Alkan, Université d’Istanbul

Tout d’abord, il faut dire que c’est systémique. Nous avons un problème de système politique depuis la Constitution de 1961.

En fait, la discussion ne porte pas sur le passage d’un système parlementaire à un système présidentiel. Ce n’est pas comme si nous avions un système parlementaire installé et que nous voulions le transformer en système présidentiel en raison du souhait de quelques personnes. C’est faux. Notre système parlementaire n’a jamais été institutionnalisé. Il faut le souligner.

La Constitution de 1982 donne au président des pouvoirs extraordinaires qui n’existent pas normalement dans les systèmes parlementaires.

La présidence a été conçue comme une figure de l‘État qui contrôle les organismes de tutelle sans aucune forme de contrôle de la part de la population et qui intervient quand elle le souhaite dans le gouvernement. Cela va à l’encontre de la nature même des systèmes parlementaires.

euronews

L’autre débat concerne la possibilité que le système turc devienne autoritaire et altère l‘équilibre entre les pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif. Etes-vous d’accord avec cela ? Existe-t-il un tel risque ?

Dr. Haluk Alkan

Je pense que c’est une erreur de dire que la population turque se retrouverait avec un régime autoritaire avec cette réforme.

Pour autant, avec des gouvernements qui durent, il existe un risque de monopoliser les institutions, que ce soient les systèmes présidentiels, parlementaires ou semi-parlementaires.

Si vous êtes dans un gouvernement depuis 20 ans et que vous avez le contrôle du Parlement, il est possible de changer les lois, de contrôler le pouvoir judiciaire et tout le reste. C’est le problème de tous les systèmes. C’est le modèle de la démocratie représentative. C’est un problème de démocratie et non pas de système présidentiel
ou parlementaire.

Le soutien à long terme d’une personne à une certaine idée politique peut déterminer ce scénario. Mais la dynamique démocratique est en mesure de rétablir le statu quo.