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Interview de Juan Manuel Santos, président de la Colombie


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Interview de Juan Manuel Santos, président de la Colombie

Les Colombiens font leurs valises pour l’Europe. Lors du sommet à Bruxelles les 10 et 11 juin 2015 entre l’ Union Européenne et la Communauté d‘États latino-américains et caraïbes, le président colombien Juan Manuel Santos a signé un accord qui permettra aux résidents de son pays de visiter l’Europe sans visas. Dans une interview exclusive, le chef de l’Etat nous explique ce que cela signifie, et il fait le point sur les négociations avec les FARC.

Euronews : M. le Président merci d‘être avec nous.
Depuis que vous avez commencé votre tournée européenne , l’un des éléments les plus intéressants a été la signature de l’accord avec l’UE pour éliminer les visas des Colombiens , pour se rendre sur le vieux continent pour de courtes périodes, pour du commerce ou des loisirs. Comment réagissez-vous après cette signature ?

Juan Manuel Santos : Nous disons merci. Qu’est-ce qu’il nous manque encore ? L’accord que nous avons signé doit être traduit dans toutes les langues, et l’Europe doit l’appliquer. C’est une procédure très simple. Chaque citoyen colombien qui veut aller en Europe pourra le faire sans visa. Ils auront le droit de rester 90 jours, une durée que l’on peut renouveler une fois, jusqu‘à un maximum de 180 jours, non consécutifs. Ce n’est pas seulement pour les touristes. Certains professionnels peuvent venir pour effectuer des travaux spécialisés.

Euronews : De votre côté allez-vous avoir un quota de personnes libres de quitter le pays, ou est-ce que ce seront uniquement les détenteurs d’un passeport qui seront autorisés à partir ?

Juan Manuel Santos : Chaque détenteur d’un passeport peut le faire. Bien sûr, les autorités d’immigration seront libres de décider qui peut entrer dans le pays ou non.

Euronews : Monsieur le président, revenons au processus de paix avec les Farc. Il y a quelques mois vous me disiez que vous étiez tout à fait convaincu d’obtenir la paix. Est-on dans un statu quo maintenant?

Juan Manuel Santos : Nous continuons notre travail, avec tous les problèmes liés à un tel processus si compliqué. Il y a quelques jours nous avons décidé de créer une « commission vérité », c’est un point très, très important à l’intérieur de ce que nous appelons la justice transitionnelle. C’est un système juridique spécifique. Les victimes veulent savoir pourquoi certaines atrocités ont été commises . C’est le point le plus important dans tous les processus de paix .

Euronews : Vous avez déclaré que le terrorisme représente une menace environnementale. Pourquoi ?

Juan Manuel Santos : Parlons de la Colombie : les Farc se sont développés, grâce au trafic de drogue. Ce trafic a détruit nos forêts. Une des bases du processus de paix a été discuté avec les Farc : ils doivent cesser toute activité dans le trafic de drogue au lieu de le protéger. Et ils doivent nous aider pour remplacer les cultures illicites par des cultures licites, pour arrêter la destruction des forêts. D’un autre côté, les Farc attaquent les pipelines et nos installations pétrolières. Il y a quelques semaines, par exemple, ils ont arrêté 200 camions transportant du pétrole en Equateur, et ils ont déversé de l’huile sur la route. Cette huile a atteint les rivières et pollué l’environnement . Ce que les Farc sont en train de faire est un écocide .

Euronews : Vous sentez-vous trahi par les dernières attaques des Farc ?

Juan Manuel Santos : Leur façon quotidienne d’attaquer… bien sûr, je ne l’aime pas. Ils m’attaquent personnellement et je ne peux pas justifier, mais cela fait partie du jeu pour réussir. Nous avons l’habitude de dire : « nous devons donner à manger aux corbeaux », pour que le processus se poursuive.

Euronews : Que peut faire la communauté internationale pour mettre la pression sur les Farc ?

Juan Manuel Santos : Exactement cela. Ils peuvent faire pression sur les Farc. Ils doivent leur dire que, si les Farc veulent un peu de légitimité demain, il doivent échanger les balles contre des bulletins de vote, et que pour être respectés, eh bien, ce que nous attendons d’eux est qu’ils doivent cesser leurs activités. Ils doivent accélérer les négociations et ils doivent accepter les accords, à la fois pour le bien de la communauté internationale et pour les Colombiens.

Euronews : Vous avez aussi déclaré « nous essayons de créer un fonds de l’Union Européenne pour l’après-conflit » . Que voulez-vous dire?

Juan Manuel Santos : Ce fonds va être créé , c’est simplement un processus bureaucratique européen. Pour l’instant nous suivons les procédures juridiques pour rendre effectif ce fonds. De nombreux pays n’ont toujours pas précisé combien d’argent ils vont mettre. Pour la Colombie bien sûr le plus possible sera le mieux. Mais nous aurons ce Fonds, j’espère le plus tôt possible. Je crois que ceux qui vont mettre de l’argent dedans décideront. Ils vont peut-être demander des précisions. Ils le feront ici ou en Colombie. Mais ce sera très utile.

Euronews : Monsieur le Président, pouvez-vous nous dire quelque chose sur les termes de l’accord de paix?

Juan Manuel Santos : Nous avons réuni 5 points en un seul ordre du jour. Le premier concerne le développement rural du pays. Le conflit s’est concentré à la campagne, où la pauvreté et les inégalités sont plus fortes.Qu’avons-nous décidé ? Davantage d’investissements, un meilleur accès des paysans à la propriété. Plus d’aide dans des projets de productivité, plus d’investissements dans les biens publics tels que les hôpitaux ou les écoles, les routes. Deuxièmement: la participation politique. C’est un moyen de rendre notre démocratie plus forte. Nous devons donner plus de place aux régions et aux secteurs qui ne sont pas assez représentés au parlement. Nous devons élargir notre démocratie. Troisièmement, les Farc doivent arrêter d’aider le trafic de drogue. Ils devraient cesser de faire des profits sur le trafic de drogue. Ils doivent aider l’Etat à transformer les cultures illicites afin d‘éradiquer le trafic de drogue en provenance de Colombie. Imaginez combien c’est important pour le monde entier. La Colombie est toujours, en dépit de notre succès relatif, le premier producteur de cocaïne au monde. En Europe et dans les villes les plus importantes, partout dans le monde, la consommation diminue. Le processus de paix est très important pour la lutte contre le trafic de drogue. Nous négocions les deux dernier points : les victimes du terrorisme, et le processus DDR, qui signifie le désarmement, la démobilisation, et la réintégration dans la vie civile.

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