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La jeunesse syrienne : une 'génération perdue' ?


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La jeunesse syrienne : une 'génération perdue' ?

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Quatre ans après le début du conflit en Syrie, des millions d’enfants ne vont plus à l‘école. Ne risquent-ils pas de devenir une ‘génération perdue’ ? Le point dans ce nouveau numéro de Learning World

En mars dernier, le conflit syrien est entré dans sa cinquième année. Selon l’UNICEF, environ 2,6 millions d’enfants sont aujourd’hui déscolarisés. Une crise qui submerge les pays d’accueil où vivent des millions de déplacés. Plusieurs projets tentent de faire la différence. Voici comment.

Syrie : faire cohabiter les différentes communautés

En Syrie, 1 école sur 5 est endommagée, détruite ou bien utilisée à d’autres fins. Dans la ville de Qamishli, quelques établissements résistent et tentent d’offrir des passerelles entre les différentes communautés.

Partons à la rencontre des enfants de Qamishli. Située dans le Nord-Est de la Syrie, la ville est relativement épargnée par le conflit. Cela dit, les coupures d‘électricité sont fréquentes et l’embargo international complique leur quotidien. Malgré tout, plusieurs d’entre eux vivent dans des logements en dur et ont repris le chemin de l‘école. La plupart de ces enfants sont Kurdes, mais la ville abrite également des réfugiés arabes, assyriens et arméniens.

Dès leur plus jeune âge, tous ont appris à vivre ensemble. La diversité ethnique a d’ailleurs toujours caractérisé cette région de Syrie, la guerre n’a fait que la renforcer. Pour assurer une coexistence, la plus harmonieuse possible, la promotion du multilinguisme s’est donc rapidement imposée pour Celan Osman, une enseignante de maternelle :

“Quand nous avons ouvert l‘école, il y a 2 mois, c‘était difficile de faire cohabiter les enfants kurdes et arabes. On a donc décidé de les mettre tous dans la même classe pour qu’ils apprennent à communiquer entre eux. Pour ce faire, les élèves kurdes ont commencé à étudier l’arabe et les élèves arabes, le kurde. Et cela leur a fait beaucoup de bien.”

Autre problématique : l’argent. Munteha Helee, une mère de famille originaire d’Alep qui vit à Qamishli depuis 3 ans, a beau enchaîné les petits boulots, ses revenus ne lui permettent pas d’envoyer ses enfants dans une école privée.

Le réseau éducatif ouvert par la Fondation internationale des Femmes libres du Rojava est donc une aubaine pour elle : les frais de scolarité n’y sont que de 4 euros environ par mois.

La Fondation internationale des Femmes libres du Rojava – littéralement du “Kurdistan de l’Ouest”, du nom de ce territoire “auto-administré” dans le Nord de la Syrie – propose également un soutien psychologique.

Objectif : désamorcer toutes les formes de violence qui tendent à s’inviter à l‘école et dans les foyers en temps de guerre.

Liban : la communauté internationale doit tendre la main aux pays d’accueil

À l’heure actuelle, le Liban accueille plus d’un million de réfugiés syriens enregistrés, dont la moitié sont mineurs. Et l’afflux continu de déplacés met les infrastructures du pays à rude épreuve que ce soit dans le secteur de la santé, de l‘énergie, de l’eau ou de l‘éducation. 100 mille environ de ces enfants vont encore à l‘école. Mais, quel avenir peuvent-ils envisager ?

Chaque jour, c’est le même rituel pour ces jeunes réfugiés syriens : ils essayent de gagner un peu d’argent en travaillant dans les champs afin d’aider leur famille à payer leur nourriture et leur tente installée dans un campement de la Bekaa à l’Est de Beyrouth, la capitale libanaise.

Une précarité que dénonce Salam Abdulmunem de l’UNICEF :

“Nous craignons que ces enfants ne soient exploités sur le marché du travail. Nous nous inquiétons aussi de leur développement, ils sont si jeunes. Le fait de grandir sans être scolarisés augmente leur insatisfaction. Ils sont piégés sans aucune perspective d’avenir. C’est la porte ouverte à toutes sortes d’exploitation, ils risquent aussi d‘être recrutés par les groupes présents actuellement dans la région.”

Notre équipe s’est ensuite rendue dans le campement informel de Zahlé où vivent des déplacés syriens. C’est là qu’habite Mohammed, 12 ans. Pour arrondir les fins de mois de sa famille, il donne un coup de main à son père après l‘école :

“J’ai 9 frères et soeurs. Avec papa et maman, on est 12 en tout. Mon père et moi, on doit travailler dur pour arriver à boucler les fins de mois. Entre le loyer et l’eau, on paie environ 115 euros par mois.”

Au Liban, près de 300 mille jeunes syriens sont déscolarisés. Grâce à l’UNICEF et à des ONG telles que BEYOND, la plupart d’entre eux ont maintenant accès à des programmes d‘éducation informelle.

Pour répondre aux besoins particuliers de ces enfants – qui pour beaucoup ne sont jamais allés à l‘école et vivent dans un grand dénuement – les enseignants ont adapté le programme officiel libanais. Des cours sur la santé et l’hygiène ont notamment été introduits, ainsi que des cours d’anglais.

Le problème : leur formation n’est sanctionnée par aucun examen reconnu par les autorités. ‘Alors, à quoi bon ?’, se demande Jamal :

“Nous voulons de diplômes reconnus officiellement. Comme ça, si on rentre en Syrie, on pourra passer dans la classe supérieure et on ne sera pas obligé de redoubler.”

Mais, scolariser ces jeunes syriens dans le système éducatif classique libanais libanais a un coût. L’UNICEF a lancé un appel aux dons. Le Fonds des Nations unies pour l’Enfance a besoin de 140 millions d’euros pour mener son projet à bien et compte aussi sur des moyens matériels et humains supplémentaires.

Depuis le début du conflit en Syrie, quatre millions de personnes ont déjà fui ce pays, sans parler des déplacés internes. Pour les principaux pays d’accueil – dont le Liban – la pression est énorme. Tous appellent la communauté internationale à se mobiliser pour éviter que la jeunesse syrienne ne devienne une autre “génération perdue”.

Qamishli, Syria

Posted by Learning World on Friday, 26 June 2015

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