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Immigration : la Pologne divisée par l’arrivée de 2000 réfugiés

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Immigration : la Pologne divisée par l’arrivée de 2000 réfugiés

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Suivant les termes de l’accord conclu récemment à Bruxelles, la Pologne a déclaré d’être prête à accueillir jusqu’en 2017 plus de 2000 réfugiés. Cela représente un peu plus de la moitié du quota que la Commission européenne envisageait de lui imposer pour soulager l’Italie et la Grèce, qui ont vu ces derniers mois débarquer sur leurs côtes des dizaines de milliers de migrants.

Cette décision du gouvernement d’Ewa Kopacz qui, lors du Conseil européen était parmi ceux catégoriquement opposés au principe des quotas, sauve la face de la Pologne largement critiquée pour ses réticences. Dans le même temps, elle met la société polonaise, majoritairement opposée à l’accueil des étrangers, à l’épreuve de la solidarité.

L’organisation le même jour à Varsovie de deux manifestations opposées (pro et anti-immigration) témoigne d’une certaine dichotomie des Polonais dans la perception de la responsabilité de leur pays vis-à-vis du problème de migrants en Europe. Ces mobilisations promettent d’en faire de l’immigration un des principaux thèmes de la campagne législative toute proche.

“Aujourd’hui des immigrants, demain des terroristes”

En effet, ce samedi 25 juillet quelque 300 manifestants de la Jeunesse de la Grande Pologne et d’autres organisations d’extrême droite, rassemblés sur l’une des principales places de la capitale polonaise, ont scandé “non” aux immigrés. On pouvait lire sur leurs banderoles : “Aujourd’hui des immigrants, demain des terroristes”. L’un des arguments des adversaires de l’accueil des réfugiés consiste à les associer à la menace terroriste. D’autre part, l’arrivée des personnes de culture et religion différentes serait, selon ces manifestants, à l’origine d’un conflit civilisationnel. Ils rejettent également toute possibilité d’assimilation prônée et expérimentée dans d’autres Etats membres de l’UE. Ils soupçonnent d’ailleurs ces derniers de vouloir se débarrasser de leur “fardeau” au détriment d’autres pays européens comme la Pologne.

Les autorités qui tentent de rassurer l’opinion publique quant aux efforts faits pour sécuriser l’arrivée des réfugiées et encadrer leur intégration ont du mal à se faire entendre. “La Pologne n’a pas les moyens d’accueillir des immigrés”, clament d’autres slogans. Brandir la menace économique fait aussi partie des armes de l’extrême droite dans sa lutte contre l’immigration, et les militants anti-immigration polonais ne font pas exception à la règle.

“Une dette envers ceux qui nous ont accueillis dans le passé”

Le même jour, près de la gare centrale à Varsovie, une centaine de personnes sont venues accueillir des demandeurs d’asile avec “du pain et du sel”, une ancienne tradition de l’hospitalité polonaise. Les organisateurs font pour la plupart partie des groupes informels en lien avec le milieu des réfugiées. Parmi eux, la fondation « Espace commun » qui lutte contre l’islamophobie. Pour cette organisation, accueillir les réfugiés est une façon de payer la dette des Polonais envers les pays qui les ont accueillis à différentes étapes de l’histoire mouvementée polonaise. D’autres souhaitent simplement s’ériger contre tout discours xénophobe et montrer que celui-ci ne reflète pas l’opinion de toute la société polonaise. Persuadés que l’hostilité envers les réfugiés vient avant tout de l’ignorance, les pro-immigration appellent à toujours plus d’éducation à la différence, comme à la diversité religieuse et culturelle, qui jusque-là manquent dans les programmes de l’enseignement national.

Les autorités polonaises sauront-elles entendre leur appel et insuffler à la société l’esprit de solidarité et d’humanisme ou succomberont-elles aux arguments populistes portés par la peur ? Une chose est sûre : en termes de l’accueil des réfugiés, la Pologne “peut mieux faire”.