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La Isla mínima, le thriller de l'été

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La Isla mínima, le thriller de l'été

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Vous imaginiez ou connaissiez l’Andalousie comme une région sèche, où les gens longent les murs de villages plombés par le soleil, se calfeutrent dans des maisons blanches en attendant les heures fraîches de la nuit ?
Si c’est le cas, la vision de La Isla Mínima balaiera à jamais vos idées préconçues. Car c’est une Andalousie humide, pluvieuse, grise, poisseuse et marécageuse que vous allez découvrir dans ce thriller implacable, incontestablement LE film immanquable de cet été.

Andalousie, l’envers du décor

La Isla Mínima était précédé d’une glorieuse réputation avant de sortir en France, fort d’avoir été récompensé par dix « Goyas », l’équivalent de nos Césars, et d’un succès public considérable en Espagne. Et il n’a pas déçu nos attentes. Dès le générique, le réalisateur andalou Alberto Rodriguez nous plonge dans le delta du Guadalqivir, un fleuve qui passe à Séville avant de finir en Delta, côté Atlantique, à quelques encablures de l’Afrique et du Détroit de Gibraltar. Vue du ciel, à la verticale, les méandres du fleuve strient les terres sablonneuses, formant un labyrinthe humide étonnement graphique. Une terra incognita s’ouvre au spectateur…

Deux flics, pas amis amis

La Isla mínima est un thriller qui met en scène deux flics que tout oppose dans l’Espagne post-franquiste de la fin des années 70. Ils sont envoyés dans cette Andalousie visqueuse pour résoudre le double meurtre de deux sœurs adolescentes, torturées et mutilées. Le plus jeune des flics est un idéaliste, intègre, alors que son aîné a travaillé longtemps pour la police secrète de Franco, exécuteur des basses œuvres du régime. Au fil de l’enquête, le passé de ce dernier va ressurgir mais les certitudes du premier vont petit à petit s’effriter…

Un film qui échappe au genre

La réussite du film tient au brouillage des genres. Alberto Rodriguez réussit à faire croiser la petite et la grande histoire, l’intime et le social, le suspense et l’introspection. En arrière-plan de l’enquête suinte le climat de l’époque : l’Espagne se réveille groguie de plusieurs décennies de fascisme, la pauvreté d’un peuple laissé à l’abandon, l’accaparation des terres par une minorité de possédants. Sans oublier une jeunesse qui n’a qu’une envie, s’émanciper du carcan familial et religieux, attirée par le miroir aux alouettes de la consommation et du tourisme…

L’ambiguïté règne en maître tout au long de l’intrigue, loin du manichéisme chacun des personnages révèle une facette inattendue de sa personnalité. L’interprétation sans faille des deux flics ajoute à l’excellence de la photographie et de la mise en scène, qui n’est pas sans rappeler le David Fincher de Seven. Le mystère rode de la première à la dernière image, des forces souterraines parcourent le film sans qu’elles ne voient forcément le jour, et tout ne sera pas résolu au final car chacun repartira avec une part d’irrésolu.

Si vous avez envie de vous donner quelques sueurs froides en cet été caniculaire, La Isla Mínima comblera largement vos désirs…