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Le Burundi au bord du gouffre


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Le Burundi au bord du gouffre

Le président Pierre Nkurunziza vient de prêter serment pour un troisième mandat à la tête du Burundi, lors d’une cérémonie annoncée à la dernière minute, malgré l’appel à la démission que lui a adressé un groupe d’opposition. La Coalition Nationale pour le Respect des Accords de Paix d’Arusha et la Réconciliation a publié un communiqué mardi appelant le président à démissionner avant le 26 août, affirmant qu’il devait reconnaître sa responsabilité personnelle dans l’escalade de la violence.

(SOURCE: https://bujanews.wordpress.com/2015/08/18/cnared-declaration-sur-lescalade-de-la-violence-au-burundi/)

Cette déclaration est symptomatique d’une montée des tensions dans le pays : l’opposition, la société civile, l’Eglise catholique et une faction du parti de Nkurunziza estimant que son troisième mandat viole la constitution et les accords de paix d’Arusha, qui ont mis fin à la guerre civile en 2005.

Les principales stations de radio indépendantes ont été fermées depuis le début des manifestations en avril. Depuis, une centaine de personnes sont mortes dans des violences liées aux manifestations. Une tentative de coup d’Etat militaire a été matée en mai. Deux personnalités très en vue ont été assassinées, une autre a échappé de peu à la mort. La population fuit par milliers vers les pays voisins. Des milices loyales au parti au pouvoir pratiquent de plus en plus l’intimidation. Les militants de l’opposition sont emprisonnés sans procès. La journée à Bujumbura, il règne un calme précaire, mais des tirs fusent pendant la nuit.

Certains observateurs estiment que le pays est au bord du chaos, alors que d’autres affirment qu’il est encore temps d’enrayer la spirale de la violence.

Chronologie

26 avril Le parti au pouvoir désigne Nkurunziza candidat à l‘élection présidentielle prévue fin juin

1er mai Une attaque à la grenade tue trois personnes à Bujumbura. Les organisations de défense des droits de l’Homme dénoncent des violences et des arrestations pendant les manifestations contre un troisième mandat de Nkurunziza

*13 mai* Pendant que Nkurunziza est en Tanzanie pour un sommet extraordinaire sur la crise dans son pays, Godefroid Niyombare annonce à la radio la “destitution” du président

*15 mai* Le coup d’Etat échoue : le général Niyombare accepte de se rendre aux forces gouvernementales

*21 juillet* Tenue des élections malgré le boycott de l’opposition et les critiques internationales. La mission d’observation électorale affirme que le scrutin n’est pas “libre, crédible et inclusif”

*2 Août* Le général Adolphe Nshimirimana, bras droit du président et patron de la sécurité intérieure, est assassiné.

*3 Août* Pierre Claver Mbonimpa, président de l’Association pour la protection des prisonniers et des droits de l’Homme, est blessé par balles lors d’une agression.

*15 Août* Le colonel Jean Bikomagu, chef d‘état-major pendant la guerre civile, est assassiné.

Pour comprendre la situation actuelle, il est important de se pencher sur l‘évolution de la contestation.

Ni libres, ni impartiales

Les troubles ont commencé en réaction à la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat. L’opposition perçoit cette candidature comme une violation des accords d’Arusha qui stipule que le président peut accomplir maximum deux mandats
consécutifs.

“Il est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels.”

http://icoaf.org/docs/Burundi/Accord_Arusha.pdf

La Cour constitutionnelle a défendu l’argument de Nkurunziza selon lequel son premier mandat ne comptait pas, parce qu’il avait été élu par les députés, et non au suffrage universel.

L’opposition estime quant à elle que cette décision de la cour met en péril les accords de paix d’Arusha qui ont mis fin à la guerre civile en 2005. Les manifestations sont rapidement devenues violentes. Les élections ont bien eu lieu, mais l’ONU a estimé que le scrutin n‘était pas “libre, crédible et inclusif”.

Une politique d’intimidation de la population est dénoncée par certains. Human Rights Watch a interrogé de nombreuses personnes victimes d’arrestations arbitraires et de torture. L’organisation a récemment déclaré que le système judiciaire était utilisé comme une arme contre l’opposition. Ils ont appelé les autorités à relâcher les personnes “contre lesquelles il n’existe aucune preuve d’activité criminelle et faire en sorte que le système judiciaire puisse fonctionner de manière indépendante et que les violations des droits humains puissent faire l’objet d’enquêtes sans crainte”.

https://www.hrw.org/fr/news/2015/08/06/burundi-vague-darrestations-arbitraires-et-de-torture

Alors que les tensions montent dans le pays, des milliers de personnes ont traversé la frontière pour fuir dans les pays voisins.

Thierry Vircoulon, directeur du projet Afrique Centrale de Human Rights Watch a déclaré à euronews qu’il règne “un climat de peur et de défiance depuis que les gens ont commencé à fuir en mars. Il y a maintenant environ 200 000 réfugiés burundais. Cela en dit long”

Arrêter la spirale de violence avant qu’elle ne devienne incontrôlable

Au lendemain de l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, bras droit du président Nkurunziza, c’est le défenseur des droits de l’Homme Pierre Claver Mbonimpa, opposé au chef d’Etat, qui a survécu à une tentative d’assassinat. L’ONU a réagi à ces violences : “Cet incident, qui survient seulement un jour après l’assassinat du général Adolphe Nshimirimana, s’inscrit dans un cycle de violence politique au Burundi qu’il faut arrêter avant qu’il n‘échappe à tout contrôle”

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=35289#.VdWGUKCQPtI

Les attaques contre les opposants et journalistes ainsi que les assassinats se multiplient. Le 15 août, c’est le colonel Jean Bikomagu, ancien chef d‘état-major pendant la guerre civile, qui a été assassiné dans la capitale.

Pour Stephanie Schwartz de l’université de Columbia, “le grand risque est que ce type d’assassinats déclenche une répression gouvernementale contre les civils ou une intensification de l’activité des rebelles. Pour l’instant, cela ne s’est pas produit, mais la possibilité est bien réelle”. Sur l‘émergence d’une rébellion dans le contexte actuel au Burundi, lire l’ interview du politologue Gérard Birantamije par nos confrères de Jeune Afrique

Eviter le pire

La guerre n’est pas inévitable. Le désastre peut être évité au Burundi, de plusieurs façons. Mettre fin à l’interdiction d‘émettre pour les radios privées est déjà une piste. Beaucoup de Burundais s’informent par la radio.

“Les rumeurs se propagent vite au Burundi, et c’est un véritable danger pour la stabilité”, affirme Stephanie Schwartz. “J’ai reçu des appels ou des messages du Burundi après que des violences aient été reportées, et avant que l’on ait la confirmation de ce qui s‘était passé, ils disaient des choses comme ‘ça y est, la rébellion est arrivée’. Et ensuite, il s’est avéré que ce n‘était pas vrai. La perception des évènements est cruciale en ces périodes d’instabilité, ce qui signifie qu’un journalisme radio de qualité est essentiel pour essayer d’empêcher une nouvelle escalade”

La Communauté d’Afrique de l’Est devrait aussi encourager le dialogue entre l’opposition et le gouvernement. Cependant
, il peut être délicat pour la CAE de condamner le troisième mandat de Nkurunziza, car beaucoup de ses membres se trouvent eux-mêmes dans la même situation. Au Rwanda, Paul Kagame brigue aussi un troisième mandat controversé. Et le président ougandais Yoweri Museveni a fait amender la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat en 2006, puis un quatrième en 2011.

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