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USA : la mort en direct de deux journalistes relance pour la nième fois le débat sur les armes à feu


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USA : la mort en direct de deux journalistes relance pour la nième fois le débat sur les armes à feu

Ils effectuaient un reportage tout ce qu’il y a de plus tranquille sur le tourisme pour une chaîne de télévision locale américaine, WDBJ7… Les journalistes Alison Parker (24 ans) et Adam Ward (27 ans) ont été froidement abattus mercredi 26 août à Moneta (Virginie), alors qu’ils réalisaient un direct. Le tireur s’est suicidé après avoir été pris en chasse par la police. Avant cela, il avait, via ses comptes Twitter et Facebook, mis en ligne deux vidéos de l’attaque, manifestement filmées par son téléphone.

On y voit l’homme, placé derrière le caméraman, brandir un pistolet et viser la jeune femme, alors qu’elle interviewe la directrice de la chambre régionale de commerce, Vicki Gardner. Sur les images, diffusées donc en direct à la télévision, on entend plusieurs coups de feu, la caméra tombe au sol et filme les jambes de l’agresseur, qui tire hors-champ sur la journaliste, dont on n’entend que les cris. Blessée, la personne interviewée se trouve dans un état stable, après avoir été opérée.

Dans un fax de vingt-trois pages signé Bryce Williams envoyé, deux heures après la fusillade, à la chaîne de télévision nationale ABC, le tireur écrit avoir commis ces meurtres en réaction à la tuerie de Charleston (Caroline du Sud). Dans la nuit du 17 au 18 juin 2015, un homme, Dylann Roof, extrémiste partisan de la “suprématie blanche”, avait fait feu dans une église épiscopale méthodiste fréquentée par la communauté noire de la ville, faisant neuf morts.
“Ce qui m’a fait craquer, c’est la tuerie dans l’église”, justifie-il dans ce document présenté comme une “lettre de suicide pour sa famille et ses amis”. Il explique avoir acheté son arme deux jours après ce drame. Il décrit son acte comme un début de “guerre entre les races”, en réponse aux propos de Dylann Roof.

Bryce Williams, de son vrai nom Vester Lee Flanigan, 41 ans, avait travaillé pendant un an sous ce pseudonyme pour WDBJ. Il assure avoir souffert de “discrimination raciale, de harcèlement sexuel et de bizutage au travail” en raison de sa couleur noire et de son homosexualité. Il y accuse en particulier l’une des victimes, la journaliste Alison Parker, de “propos racistes”. Son employeur, le président de la chaîne de télévision locale, Jeffrey Marks, a précisé l’avoir licencié en 2013 après des incidents à répétition, en raison de ses accès de colère. “C’était quelqu’un de malheureux et un collègue difficile”, a-t-il déclaré.

Le président américain Barack Obama a lancé un appel au Congrès pour un durcissement de la loi sur le contrôle des armes, un sujet récurrent après chaque fait divers de cette nature. Il a souligné que le nombre de morts dans des affaires de ce type est largement supérieur à celui des victimes du terrorisme aux Etats-Unis… “Je m’attaquerai au problème”, a promis l’ex-secrétaire d’Etat et candidate à la primaire démocrate, Hillary Clinton. Tout en reconnaissant qu’il s’agit là d’une “question très politique et difficile en Amérique”. Illustration, le gouverneur démocrate de Virginie, Terry McAuliffe, a lui aussi déploré l’abondance d’armes
à feu dans le pays… alors que son Etat est l’un des plus laxistes en matière de contrôle.

Selon le lobby anti-armes, 89 personnes sont tuées chaque jour et 40% des armes à feu sont vendues sans une vérification des antécédents de l’acheteur. C’est pourtant une obligation légale… pour les ventes d’armes neuves, mais pas celles d’occasion. Il est toutefois plus qu’improbable que le Congrès, à majorité républicaine et sous influence forte du lobby des armes (National Rifle Association), légifère en la matière. Particulièrement à un peu plus d’un an de la prochaine élection présidentielle.

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