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Réfugiés : la mort du petit Aylan va-t-elle faire bouger les consciences ?


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Réfugiés : la mort du petit Aylan va-t-elle faire bouger les consciences ?

Près de 365.000 migrants ont traversé depuis le début de l’année la Méditerranée. Parmi eux énormément de Syriens, dont le nombre de réfugiés, après quatre ans de guerre, a dépassé la barre des quatre millions. La Turquie, le Liban et la Jordanie supportent aujourd’hui l’essentiel du fardeau.

L’Europe, qui fait face à une multiplication des demandes d’asile, reste divisée sur l’accueil des réfugiés, certains pays refusant de participer à l’effort de solidarité.

Face à l’accélération de la crise, la Commission européenne a demandé aux 28 États membres de répartir en urgence 120.000 réfugiés supplémentaires au sein de l’Union. Londres s’est déjà dit prêt à accuellir des milliers de Syriens supplémentaires.

L’onde de choc, suscitée par l’image du petit garçon retrouvé mort noyé sur une plage en Turquie, semble faire bouger les consciences…

Interview de Metin Çorabatır,président du Centre de recherche sur l’asile et les migrations (IGAM)

Alors que les dirigeants européens peinent à s’entendre sur l’accueil des réfugiés, des enfants s‘échouent sur les rives. Pour discuter de l’une des plus grandes crises humanitaires depuis la Seconde Guerre mondiale, nous retrouvons Metin Çorabatır, il est président du Centre de recherche sur l’asile et les migrations (IGAM), basé à Ankara.

Gizem Adal, euronews : La photo du petit Syrien, Aylan Kurdi, retrouvé mort noyé sur la plage turque de Bodrum, a suscité l‘émotion et l’indignation du monde entier. Après cela, pensez-vous que les autorités vont prendre des mesures concrètes ?

Metin Çorabatır : Je l’espère. Nous espérons que cette souffrance ne va pas rester seulement dans nos cœurs, mais que les dirigeants vont pouvoir trouver une solution durable. Ils doivent commencer à chercher une solution sérieuse, en ce qui concerne les droits de l’Homme, les droits des réfugiés, et ils doivent se concentrer d’abord sur la coopération internationale.

Gizem Adal, euronews : Pendant de longues années, vous avez été le porte-parole du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. En tant qu’expert sur la question, que doivent faire l’Europe et le reste du monde ? Quelle est la solution convenable ?

Metin Çorabatır : Aujourd’hui, le fardeau est sur les épaules des pays voisins de la Syrie comme la Turquie, le Liban et la Jordanie. La Turquie accueille deux des quatre millions de réfugiés syriens. Cela crée des tensions économiques et sociales. C’est un fardeau très lourd, et chaque pays, y compris le plus grand et le plus riche, ne peut pas gérer cette situation. Jetons un oeil aux pays européens : le Royaume-Uni par exemple a accepté 216 demandes d’asile de la part de Syriens. Cependant, les chiffres peuvent induire en erreur. Selon un rapport des Nations Unies, l’Union européenne
a reçu, en 2014, 890.000 demandes d’asile. C’est le second chiffre le plus important depuis 1990. Dans les pays voisins, c’est la Turquie qui porte en particulier le plus lourd fardeau. Ceci doit être pris en considération alors que les Européens sont à la recherche de solutions. Afin de se débarrasser des désaccords, ils doivent d’abord parler le même langage et chercher des solutions communes autour d’une table.

Gizem Adal, euronews : Compte tenu du nombre de réfugiés, qui augmente considérablement, et l’opinion publique en Europe qui est influencée énormément par cette tragédie, pensez-vous que les autorités européennes vont enfin agir pour trouver une solution durable afin d’arrêter la guerre en Syrie ?

Metin Çorabatır : Le Conseil de sécurité des Nations Unies qui a été créé dans le but de maintenir la paix dans ce genre de situations n’a pris aucune mesure. Il a montré qu’il est complètement inutile, comme il l’a été aussi dans d’autres crises. C’est l’aspect politique qui est le plus important, c’est cela qui a provoqué la crise migratoire. Malheureusement jusqu‘à aujourd’hui au Conseil de Sécurité, l’Occident, la Russie, la Chine n’ont pas pu trouver une solution ou qu’ils ne voulaient pas trouver une solution. Au moins après la mort tragique de ce petit garçon, les dirigeants doivent prendre des mesures sérieuses, ils ne devraient pas verser des larmes devant les caméras. Ces mesures sérieuses doivent se concentrer sur les préoccupations humanitaires, les droits de l’Homme, le respect du droit des réfugiés et des solutions permanentes doivent être trouvées.

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