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Le pari risqué d'Alexis Tsipras face aux frondeurs et aux indécis


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Le pari risqué d'Alexis Tsipras face aux frondeurs et aux indécis

Alexis Tsipras a pris un pari risqué. Convoquer des élections anticipées dont l’issue s’annonce bien incertaine pour le Premier ministre grec.

Alexis Tsipras. Premier ministre grec :
“Vous, avec votre vote, vous jugerez si l’accord que nous avons négocié dispose des bonnes conditions pour surmonter l’impasse et peut contribuer au redémarrage de l‘économie, et si cet accord nous permet de mettre fin au mémorandum et aux mesures d’austérité cruelles.”

En finir avec l’austérité, c‘était précisément l’argument électoral qui avait permis à SYRIZA de remporter les précédentes élections 7 mois plus tôt et de donner à mandat à son leader qui forme un gouvernement de coalition.

Alexis Tsipras. dirigeant de SYRIZA (janvier 2015) :
“Le verdict énoncé par le peuple grec met fin, sans l’ombre d’un doute, au cercle vicieux de l’austérité dans notre pays”.

Mais la réalité s’avère têtue. Après de nombreux aller-retours à Bruxelles sans parvenir à un accord avec les créanciers du pays, le 29 juin, alors qu’i ne peut rembourser une échéance du FMI, le gouvernement se voit dans l’obligation de fermer les banques pour enrayer la fuite des capitaux qui s’accélère parallèlement à l’incertitude sur l’avenir de la Grèce dans la zone euro.

Quelques jours plus tard, les Grecs refusent par referendum le programme de l’eurogroupe du 25 juin qui prévoyaient de nouvelles mesures d’austérité.

Le lendemain, Yanis Varoufakis, ministre grec de finances et bête noire de l’eurogroupe, marque son désaccord avec Tsipras en démissionnant. Est-ce le signe d’un changement de cap ?

D’une certaine manière. Le 13 juillet Athènes et l’eurogroupe scellent un accord qui permet à la Grèce de rester dans l’euro grâce à un troisième plan de sauvetage de 86 milliards d’euros… Mais c’est une nouvelle fois au prix d‘énormes sacrifices.

En août, l’accord passe au Parlement, mais révèle une profonde division au sein de SYRIZA : 43 de ses deputés s’abstiennent ou votent contre.

Vingt cinq deputés décident de suivre l’ancien ministre de l’Energie Panagiotis Lafazanis qui forme un nouveau parti, Unité Populaire, qui devient la troisième force à la Vouli.

Privé de facto de sa majorité parlementaire, le Premier ministre n’a plus trop le choix. Pour rester au pouvoir, il va devoir de nouveau passer par les urnes.

Parmi les réformes prévues, les plus dures –qui passent par de nouvelles augmentations des impôts et des baisses des retraites– doivent être implémentées en octobre. Difficile dans ces cas-là d’obtenir la confiance des Grecs.

—— l’analyse de notre correspondant à Athènes——

Nous rejoignons notre correspondant à Athènes, Stamatis Giannisis.
Stamatis, quels sont les dernières informations relatives à la campagne électorale en Grèce ? Que révèlent les derniers chiffres ?

Stamatis Giannisis, euronews Athènes :
Avec une vingtaine de sondages nationaux, ces deux dernières semaines, l’ensemble des partis ont désormais une idée plutôt claire du pourcentage de votes qu’ils devraient obtenir dimanche, et c’est pour cette raison qu’ils ont tous redoublé d’efforts pour essayer d’attirer à eux ceux que l’on appelle les indécis, car ce sont eux qui devraient définir l’issue finale de ces élections. Quoiqu’il en soit, la vaste majorité des sondages montrent que les deux principaux concurrents, SYRIZA et Nouvelle démocratie, sont au coude-à-coude, avec moins de 1 % de différence.
Ce qui pousse les analystes politiques à être très prudents quant à l’issue finale, parce qu’ils manquent de certitudes, par exemple quant à savoir si le vote des indécis va être réparti de manière égale entre les grands et les petits partis, ou si le gros de ces votes va se reporter sur l’un des deux plus grand parti voire permettre à l’un ou à l’autre d’obtenir la majorité absolue au final.

Eleni Rizopoulou, euronews :
Quel est l‘état d’esprit en Grèce. Comment est-ce que les électeurs voient ces élections générales et le fait qu’ils doivent encore une fois se rendre aux urnes ?

Stamatis Giannisis, euronews Athènes :
Dimanche, ce sera la troisième fois en neuf mois que les Grecs se rendront aux urnes. La première fois, c‘était en janvier pour des élections anticipées puisque le Parlement s’est montré incapable d‘élire un président de la République. Puis en juillet, le gouvernement d’Alexis Tsipras a convoqué un référendum, demandant aux Grecs d’approuver ou de rejeter la proposition de sauvetage des créanciers du pays.
Ce dimanche, il s’agit une nouvelle fois de législatives anticipées pour que le prochain gouvernement, peut-être une coalition, puisse mettre en œuvre l’accord du Plan de sauvetage que monsieur Tsipras a décroché avant de démissionner.
On peut bien sûr comprendre que les électeurs grecs soient fatigués. Ils ne rechignent pas à aller voter, mais ils ne sont pas aussi enthousiastes qu’en janvier ou pour le référendum de juillet, parce qu’ils estiment que quel que soit le vainqueur, il va malheureusement devoir mettre en place de nouvelles mesures d’austérité et faire passer des réformes qui vont rendre la vie quotidienne encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà.

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