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Avant les élections de novembre en Turquie, interview de Kemal Kılıçdaroğlu, chef du Parti républicain du peuple


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Avant les élections de novembre en Turquie, interview de Kemal Kılıçdaroğlu, chef du Parti républicain du peuple

Le compte à rebours est lancé en Turquie pour des élections anticipées. Depuis le dernier scrutin du 7 juin, toutes les négociations entre les dirigeants politiques ont échouées. Maintenant tout le monde attend de voir si la Turquie va se réveiller au matin du 2 novembre, avec le même parti au pouvoir, ou avec une nouvelle coalition.

Les élections législatives turques de novembre 2015 font suite à l’incapacité du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, mais mis en minorité au Parlement en juin 2015, de constituer un gouvernement. Entre les deux élections, plusieurs régions de Turquie ont basculé dans l’insurrection suite à la reprise du conflit kurde. Les députés siègeront dans ce qui sera la 26e législature à la Grande Assemblée nationale de Turquie. Les 550 sièges sont répartis au scrutin proportionnel de liste dans chacune des 85 circonscriptions correspondant aux 81 provinces, pour les listes qui atteignent le seuil national de 10%.

L’un des acteurs les plus importants de cette élection, le chef du principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple, Kemal Kılıçdaroğlu, est avec nous. Bienvenue sur euronews.

Nezahat Sevim (Euronews):
Si le Parti républicain du peuple (CHP) arrive au pouvoir aux prochaines élections, comment avancerait le processus de négociation d’adhésion de la Turquie dans l’Union Européenne ?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Il progressera rapidement. Mais nous n’attendrons pas l’Union Européenne pour ouvrir un nouveau chapitre. Quels que soient les critères des pays membres sur ​​la démocratie, le droit, l‘égalité des sexes, l’indépendance de la justice, nous allons les appliquer. Nous n’allons pas attendre pour les concrétiser. Nous allons surprendre l’Union européenne qui verra que même sans l’ouverture d’un nouveau chapitre, la Turquie peut effectuer tous ces changements.

Nezahat Sevim (Euronews):
Le 7 Juin, les élections en Turquie n’ont pas permis la formation d’un nouveau gouvernement, malgré des pourparlers entre dirigeants, alors que votre parti est arrivé deuxième du scrutin. Quelle était la raison de tout cela?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Celui qui a saboté les élections, d’une certaine façon, c’est celui qui vit dans le palais, M. Erdoğan. En ce qui concerne la constitution, il devait être impartial, ce qu’il a négligé. Il était présent lors de la campagne. Et il a demandé publiquement à voter pour le parti dont il est leader. Il ne voulait pas d’une coalition, il était vraiment inquiet à ce sujet. Il a dit que ce serait un suicide si son premier ministre formait une coalition. En fin de compte, un rassemblement n’a pas pu être formé, et maintenant nous nous dirigeons vers une nouvelle élection .

Nezahat Sevim (Euronews):
Certains sondages suggèrent que les résultats des élections ne seront pas très différents des précédentes. Il semble peu probable d’avoir un gouvernement issu d’un seul parti. Cela signifie que nous pourrions assister à de nouvelles négociations pour une coalition. Dans ce cas, que fera votre parti ?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Si nous devenons le premier parti et que nous sommes chargés de former un gouvernement, nous installerons définitivement une coalition. La Turquie ne peut pas attendre un autre scrutin. Les problèmes sont de plus profonds et toujours plus grands. Nous sommes déjà en contact avec tous les partis politiques au sein du parlement . Nous sommes le seul parti qui soit en contact avec tout le monde. Nous sommes en contact avec le MHP, le HDP et l’AKP aussi. Il y a deux pôles opposés dans notre parlement, le HDP et le MHP. Tous les deux étaient d’accord pour faire parti d’une coalition.

Nezahat Sevim (Euronews):
Depuis près de deux ans et demi il y avait un cessez-le-feu, le PKK l’a annoncé, mais depuis les élections le terrorisme a frappé à nouveau en Turquie. Il y a aussi un processus de paix en cours à propos de la question kurde, maintenant à l’arrêt. Si vous arrivez au pouvoir, que pouvez-vous promettre pour résoudre ce problème ?

Kemal Kılıçdaroğlu:
La raison pour laquelle ce problème ne pouvait être résolu jusqu‘à présent est que les politiciens n’ont pas fait leur devoir. Ils ont toujours vu cette question comme un problème de sécurité et ils ont envoyé des forces de sécurité et l’armée. Mais la solution passe par le parlement. Il devrait y avoir une commission de réconciliation au sein du parlement, un consensus doit être trouvé. Si nous pouvons mener à bien cette réconciliation, nous pouvons résoudre le problème. Si un parti peut résoudre ce problème, c’est bien le CHP. Il n’y en a aucun autre pour résoudre ce problème.

Nezahat Sevim (Euronews):
Mais en tant que parti de gauche, le CHP ne peut pas obtenir tous les votes qu’il faudrait, notamment des régions orientales, où vit une bonne partie de la population kurde. Que fait le CHP pour cela? Quel est le plan pour gagner le coeur des électeurs kurdes?

Kemal Kılıçdaroğlu :
Il y a eu une polarisation pendant des années, à travers une séparation ethnique. Par conséquent, les kurdes votent pour le HDP, qu’ils appellent «notre parti». Lors d’une de nos campagnes, nous leur avons dit : “regardez, le CHP a tout fait pour résoudre ce problème et a présenté une feuille de route . Pourquoi vous ne votez pas pour nous ?” Ils ont répondu : “Parce que nous avons notre propre parti , nous allons voter pour lui.” Nous avons dit :” mais c’est nous qui avons trouvé une solution.” Ils ont dit “vous êtes un parti social-démocrate. Vous avez besoin de faire cela.” Nous nous rendons bien compte de cette séparation. La Turquie se retrouvera bien plus forte, quand ce problème sera résolu .

Nezahat Sevim (Euronews):
A propos de trouver une solution pour la Syrie, les dirigeants du monde entier ont des désaccords entre les solutions avec ou sans Bachar al- Assad. Quelle est votre position ? Si le CHP arrive au pouvoir, que sera la politique étrangère de la Turquie sur cette question?

Kemal Kılıçdaroğlu:
La Turquie ne devrait pas soutenir un seul côté en Syrie. Au contraire , la Turquie devrait être un acteur important pour résoudre le conflit. S’il y a des violations des droits de l’homme dans un pays, nous ferons tout pour l’empêcher. Mais est-il juste de soutenir pleinement un côté, et d’ignorer totalement l’autre côté ? Avec ou sans Assad, c’est sans importance pour nous, la paix doit revenir en Syrie. L’Etat Islamique doit définitivement se taire. Nous ne pouvons pas accepter que l’Etat Islamique s‘établisse à nos frontières.

Nezahat Sevim (Euronews):
À votre avis, faut-il rester sur un niveau politique avec des pourparlers, ou souhaitez-vous donner votre accord pour une opération militaire ?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Si nécessaire, des opérations militaires doivent être sur la table. Nous avons déjà transmis nos suggestions au parlement à ce sujet. Nous avons dit que nous serions pour un projet de loi militaire contre l’Etat Islamique.

Nezahat Sevim (Euronews):
Parlons des réfugiés. Il y a une position adoptée par les pays d’Europe de l’ouest qui dit : “Nous fournissons le financement, et les pays de la région prennent soin des réfugiés.” Avec près de 2 millions de réfugiés en Turquie, quelle est votre opinion ?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Sur ce sujet, je pense que l’ouest ne doit pas agir avec naiveté. Je dis cela en toute sincérité. Plus de deux millions de réfugiés sont venus en Turquie, et nous n’avons reçu que des applaudissements. L’Occident a compris l’importance de la tâche que la Turquie a entreprise, quand les réfugiés ont commencé à aller vers l’Ouest. Et ils disent que les réfugiés ne devraient pas arriver en Europe. Ils ont dit “nous vous donnons l’argent, ils restent en Turquie”. Nous ne l’acceptons pas. Qu’est-ce qu’il faut faire ? Terminer rapidement le conflit syrien, réparer les villes détruites, et laisser les Syriens retourner dans leur pays.

Nezahat Sevim (Euronews):
Parlons brièvement de votre projet électoral. Vous parlez de changements constitutionnels, en relevant le seuil des 10 % aux élections. Quels sont vos projets à propos de cela?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Nous considérons le coup d’Etat du 12 septembre comme une régression démocratique dans notre histoire. Il y a eu une répression militaire et une loi pour l’accompagner. Cette loi est toujours en vigueur jusqu‘à présent. Nous voulons changer cette loi issue du coup d’Etat. La constitution, la loi électorale et les règlements internes du parlement doivent être changés. En ce moment, il y a une grande pression sur les médias en Turquie . Au lieu de changer la loi du coup d’Etat du 12 septembre, cette loi est renforcée. On le voit clairement avec ​​la presse.

Nezahat Sevim (Euronews):
Vous êtes à Lyon pour achever votre voyage en Europe. Quelle est la promesse du CHP pour les électeurs turcs en particulier à Lyon, et en général dans toute l’Europe ?

Kemal Kılıçdaroğlu:
Nous leur disons de voter pour le CHP, s’ils veulent la démocratie, la liberté, la justice, la liberté de la presse, l’indépendance judiciaire et l‘équilibre pour leur pays, comme en France.

Nezahat Sevim (Euronews):
Merci à vous.

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