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Présidentielle américaine : le climat, ligne de partage de la campagne

Alors que la conférence internationale sur le climat à Paris approche à grand pas, l'un des plus grands rendez-vous politiques, la campagne pour les présidentielles américaines de 2016, bat son plein. Mais, et c'est regrettable, les deux événements ne semblent pas vouloir s'influencer.

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Présidentielle américaine : le climat, ligne de partage de la campagne

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Alors que la conférence internationale sur le climat à Paris approche à grand pas, la campagne électorale pour l’élection présidentielle américaine de 2016 bat son plein. Mais, et c’est regrettable, les deux événements ne semblent pas vouloir s’influencer.

Le successeur de Barack Obama, dans sa dernière année à la tête des Etats-Unis, aura pour tâche de poursuivre son travail sur l’environnement. L’urgence climatique n’est pas véritablement palpable dans les meetings de campagne organisés dans les Etats qui voteront les premiers comme l’Iowa, le New Hampshire et la Caroline du Sud. L’environnement ne fait quasiment pas partie des échanges acerbes entre les candidats.

Les républicains contre Hillary Clinton

L’opposition entre Hillary Clinton, candidate favorite des primaires démocrates, et les républicains n’est pas une surprise tant les climatosceptiques sont nombreux sur les bancs républicains du Congrès, tel Jim Imhofe, président du Comité sur l’environnement et les travaux publics au Sénat. L’hiver dernier, il avait apporté une boule de neige au Sénat pour prouver qu’il faisait froid dehors et que le réchauffement climatique n’est qu’un mythe propagé par des gauchistes.
Le changement climatique a fait les titres des quotidiens nationaux américains une seule fois lorsqu’Hillary Clinton s’est déclarée contre l’oléoduc controversé Keystone XL, rejoignant la position des autres candidats démocrates à la primaire Bernie Sanders, Martin O’Malley and Lincoln Chafee.
Les candidats républicains n’ont pas tardé à critiquer Hillary Clinton après sa prise de position. Jeb Bush a taclé l’ancienne Secrétaire d’Etat l’accusant de chercher ainsi à séduire les “extrémistes environnementaux”.

Il a tweeté “Hillary Clinton dit enfin ce que l’on avait déjà. Elle est plus intéressée par les extrémistes environnementaux qu’aux emplois”.
Le sénateur de la Caroline du Sud, Lindsey Graham, a envoyé une série de tweets pour expliquer que cet oléoduc est un bénéfice pour l‘économie américaine et va améliorer la sécurité nationale en réduisant la dépendance du pays au pétrole importé. “En s’opposant au pipeline Keystone, Hillary Clinton montre une fois encore qu’elle a l’intention de poursuivre la politique de l‘échec de l’administration Obama” a-t-il déclaré.

Jeb Bush, l’un des républicains les plus “vert” – et pourtant…

Jeb Bush a, quant à lui, publié un plan énergétique reprenant la plupart des propositions habituelles des républicains : augmentation des forages pétroliers, réduction de la réglementation et construction de l’oléoduc Keystone XL. Ce plan diffère plus sur ce qu’il ne dit pas, à savoir la négation du changement climatique : en effet Jeb Bush est le seul candidat républicain à la présidentielle à ne pas nier le changement climatique ; il a même énoncé que le changement climatique existe et qu’il est le fait de l’homme.

Il s’oppose ainsi frontalement à Donald Trump et Ben Carson, deux autres candidats républicains, qui sont clairement et fermement dans le camp des climatosceptiques. Il est dans le même temps accusé de ne pas être assez radical sur les questions qui agitent la base républicaine ces dernières semaines et la présentation de son plan sur l‘énergie ne mentionnait pas l’expression “changement climatique”.
Si Jeb Bush reste fidèle aux propositions républicaines, le pays, lui, a largement évolué sur la question du climat. Près de trois-quarts des Américains sont désormais favorables à des actions du gouvernement contre le changement climatique. Mais les candidats à la présidentielle – et les donateurs qui les financent – ont des opinions qui divergent largement.

Seulement près de quatre Américains sur dix déclarent que le président Barack Obama et le Congrès devraient placer le réchauffement climatique dans leurs priorités de 2015, selon un sondage réalisé par le Pew Research Center Poll. La plupart des sondés considèrent, par contre, que l‘économie et la lutte contre le terrorisme sont des questions prioritaires.

Le plus grand ennemi des politiques sur le changement climatique : la course au profit

De grosses sommes d’argent sont en jeu dans les deux camps. Et les incitations financières pour les candidats penchent plutôt du côté des ‘opposants’ au changement climatique.

Les milliardaires conservateurs Charles et David Koch, qui ont construit la majeure partie de leur fortune dans des industries liées aux énergies fossiles, ont annoncé vouloir consacrer 900 millions de dollars (790 million euros) cette année pour les élections de 2016 à travers leur groupe “Americans for Prosperity”, “les Américains pour la prospérité”.
Cette somme, s’ils la versent effectivement, dépasserait de loin les montants levés par les candidats lors des élections de 2012, selon Center for Responsive Politics, une ONG qui rassemble des informations sur l’argent en politique.

Les frères Koch, qui pèsent chacun 40 milliards de dollars (35 milliards d’euros) ont publiquement mentionné leur opposition à une intervention du gouvernement pour lutter contre le changement climatique. Ils ont déjà réussi à convaincre de nombreux élus – dont des candidats aux primaires républicaines tels que Ted Cruz, Marco Rubio ou Rand Paul – de signer leur pacte pour “s’opposer à toute législation en lien avec le changement climatique qui comprendrait une augmentation substantielle des revenus du gouvernement”, autrement dit qui reviendrait à créer de nouveaux impôts ou prélèvements.