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Francis Ford Coppola mystérieux sur son prochain film : "l'art est un risque"


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Francis Ford Coppola mystérieux sur son prochain film : "l'art est un risque"

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C’est l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Francis Ford Coppola était à Oviedo, en Espagne pour recevoir le Prix des Arts 2015 de la Fondation Princesse des Asturies. Et c’est à cette occasion que Javier Villagarcía, journaliste de la rédaction espagnole d’euronews a pu l’interviewer.

Le réalisateur de classiques du cinéma comme la saga du “Parrain”, “Apocalypse now”, “Patton” revient pour nous sur ses jeunes années, sur sa manière de travailler et nous fait partager sa vision des conflits armés d’aujourd’hui. A 76 ans, le maître du septième art n’est pas prêt de ranger sa caméra.

Francis Ford Coppola, merci beaucoup d’accueillir euronews aujourd’hui. Vous venez de recevoir un prix récompensant vos films qualifiés “d’icônes collectives et universelles”. Vous vous sentez fier ou un peu nostalgique ?

Francis Ford Coppola : “Franchement, je me sens mal à l’aise. Toute ma vie, j’ai voulu faire partie du groupe. Quand j‘étais jeune, mon père a déménagé tellement souvent que je n’avais pas beaucoup d’amis, j’ai toujours été un outsider, alors que je voulais être un ami qu’on connaît. Lorsqu’on devient célèbre et qu’on reçoit un tel prix, c’est un merveilleux honneur, mais d’une certaine façon, on est toujours un outsider à l’extrême inverse, mais j’en suis très fier et je suis très honoré et reconnaissant.”

Vous avez très souvent dit que vous ne vouliez pas faire de films commerciaux, vous voulez maintenant faire des films plus indépendants. Le temps des super-productions Coppola est-il révolu ?

FFC : “Et bien, peut-être que oui, peut-être que non. Je veux dire que seul le temps le dira, vous savez. Mais ce que je veux dire, c’est que même lorsque j‘étais jeune, je me suis intéressé à des films plus expérimentaux. Des films qui tentent de comprendre ce que le cinéma pourrait être. Même lorsque que je faisais, ce qu’on appelle de grosses productions, il y avait plus de souplesse, de flexibilité. Aujourd’hui les grands films, ce sont tous des Spiderman, Batman, machine man, trucman…”

Des films de super-héros…

FFC: “Oui, et pour moi ce sont juste des produits. Je pense qu’ils ont été fait parce que quelqu’un devait le faire, parce que quelqu’un devait faire de l’argent. Plus personne n’investit dans un film pour faire quelque chose de nouveau, ils veulent être sûrs de récupérer leur argent. Le risque, c’est bien, c’est comme cela qu’on avance. Mais si personne ne veut prendre de risques, alors cela ne m’intéresse pas.”

Laissez-moi vous citez, vous avez dit : ‘ce que les studios veulent aujourd’hui ce sont des films sans risques, mais ne pas prendre de risque, c’est comme ne pas faire l’amour et espérer avoir des enfants’.

FFC: “C’est vrai, je ne sais plus quand j’ai dit cela, mais il doit y avoir prise de risque. L’art est un risque. Cela l’a toujours été. Si vous êtes sûrs que ce que vous allez faire sera merveilleux, cela ne le sera probablement pas.”

Vous avez aussi déclaré que la véritable récompense pour vous c’est de faire des films dont les gens se souviennent encore 30, 40 ans après. C’est ce qui s’est passé avec ‘Le Parrain’, ‘Apocalypse Now’, c‘était dans les années 70, 80. Que s’est-il passé ensuite ?

FFC: “Les films que l’on considère aujourd’hui comme des classiques ont été faits il y a 30, 40 ans. Les films que j’ai fait ensuite n’ont pas encore atteint cet âge, on verra s’il deviennent ou non des classiques dans quelques années. Mais tenter d’explorer de nouveaux territoires m’a toujours intéressé, c’est un plaisir. Je fais des films pour le plaisir, je ne fais pas des films pour faire de l’argent. Je n’ai pas besoin de tirer de l’argent des films.”

Pouvez-vous nous dire un mot de votre prochaine aventure ?

FFC: “Et bien, si vous parlez de votre aventure, c’est difficile de la vivre, vous obtenez déjà satisfaction, vous attirez un public qui vous entend alors dire ‘je veux faire ça, je veux faire ci”. En parler, c’est comme retirer la vapeur d’un moteur à vapeur. Je ne peux pas en dire beaucoup, mais je travaille à présent sur quelque chose de plus ambitieux et de plus grand que n’importe quel film que j’ai fait.
Vous savez, j’ai fait un film qui a été décrit comme commercial mais qui était expérimental, c‘était ‘Apocalypse Now’, c‘était une entreprise complètement folle à l‘époque. Les studios ne voulaient rien faire sur la guerre du Vietnam. Alors je me suis lancé seul et j’ai emprunté de l’argent, je l’ai presque financé à moi tout seul. J’avais peur bien sûr, je prenais un gros risque avec ‘Apocalypse Now’, mais c’est ce qui était intéressant.
Le script n’est pas passé dans les mains de gens qui mettaient de l’argent, qui auraient dit ‘vous devez faire ci, vous devez faire ça, pouvez-vous le faire plus comme le film Les Canons de Navarone’. Tout le monde comprend ça, mettriez-vous de l’argent dans un film dont le réalisateur dirait probablement ‘je ne suis pas sûr de ce que je fais’. Qui le voudrait ?”

En parlant d’‘Apocalypse Now’, vous pensez que ce film aide aujourd’hui à comprendre les conflits en cours ?

FFC: “Dans ‘Apocalypse Now’, ce dont il est réellement question, c’est de moralité. Vous savez, tellement de gens disent “nous sommes les gentils, la morale est de notre côté et les terroristes n’ont aucune morale, ce sont les méchants.” C’est déjà un mensonge. Ce qu’‘Apocalypse Now’ hait le plus, dénonce, c’est le mensonge. Si vous allez faire quelque chose, alors vous devez être honnête sur ce que vous faites. Le terroriste est très souvent qualifié de terroriste parce qu’il n’a pas d’armée. Il est facile pour un pays qui a une armée de dire “nous combattons les terroristes”, mais les terroristes se battent avec tout ce qu’ils peuvent et avec courage. Donc, si vous voulez comprendre le monde d’aujourd’hui et résoudre ces problèmes terribles dont les gens normaux paient le prix, je parle des millions de réfugiés qui n’ont rien fait, vous devez commencer par arrêter de mentir.”

Revenons à votre carrière, quelle importance avait Marlon Brando pour vous ?

FFC: “D’abord, c‘était un grand homme en plus d‘être un acteur. C‘était un génie dans sa manière de penser. Et je n’utilise pas le terme génie très souvent. Dans ma vie, je n’ai connu que deux ou trois personnes que je qualifierais de génie. Marlon en était un, parce qu’il pensait d’une manière réellement unique. Et c‘était un homme empli d’amour. “

C‘était difficile de le diriger ?

FFC: “Non, j’avais juste à lui apporter des choses qui l’intéressaient. Je lui mettais simplement un animal entre ses mains ou un fromage italien ou bien un cigare et il agissait naturellement. Pour le diriger, vous aviez juste à lui dire ‘tu peux te mettre plus en colère, moins en colère’. On ne lui parlait pas de jeu d’acteur, vous savez, il n’aimait pas ça.”

Votre famille est pleine de réalisateurs de films, votre fille, Sophia, votre fils, Roman… Viennent-ils souvent vous demander “papa, est-ce que tu peux m’aider ou que penses-tu de cela ?

FFC: “Ils le font encore, mais bien sûr, moins à mesure qu’ils vieillissent. Mais les plus jeunes, comme ma petite-fille Gian-Carla, qui a seulement 28 ans, elle me questionne tout le temps. Les autres l’ont fait quand ils avaient la vingtaine. Maintenant, ils sont dans la quarantaine, la cinquantaine, et ils sont plus timides ou plus sûrs de ce qu’ils veulent faire, mais de temps en temps, ils demandent conseil. Et bien sûr, ma femme Eléanor vient de tourner le premier long-métrage de sa carrière à 79 ans, donc elle a posé beaucoup de questions. Je dirais qu‘à mesure qu’ils prennent confiance, ils ont moins besoin de moi.”

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