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Turquie : le triomphe de l'AKP, début de l'ère Ahmet Davutoglu ?


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Turquie : le triomphe de l'AKP, début de l'ère Ahmet Davutoglu ?

Une fois le triomphe aux élections législatives turques de ce dimanche assuré, Ahmet Davutoglu, Premier ministre sortant et chef du parti AKP, a publié un unique tweet, laconique : « Grâce à Dieu ».

S’il rend grâce à Dieu pour la victoire de son parti islamo-conservateur, Davutoglu doit aussi savoir que ce succès électoral est aussi une réussite personnelle. Vertement critiqué après la défaite des élections législatives de juin, lors desquelles l’AKP n’a remporté que 40,7% des voix et perdu sa majorité, le Premier ministre sortant tient sa revanche.

La défaite du mois de juin pouvait en partie s’expliquer par l’implication personnelle du président Recep Tayyip Erdogan, figure controversée et de surcroît censée rester hors de la politique. Après les élections, à Ankara, les spéculations allaient bon train. Le président, cofondateur de l’AKP en 2001, aurait même songé à éjecter le Premier ministre défait de la direction du parti.

Mais Davutoglu, ministre des Affaires étrangères d’Erdogan de 2009 à 2014, a su reprendre les rênes de l’AKP qu’il dirige depuis août 2014, remplaçant Erdogan à la tête du parti et du gouvernement. Malgré l’influence continue d’Erdogan et de ses hommes dans les instances du parti conservateur, il a été réélu lors du congrès de l’AKP en septembre dernier,

“L’AKP ou le chaos”

Durant le congrès, Davutoglu a dans ses discours, décrit la Turquie comme assiégée par des ennemis extérieurs et envahie d’ennemis intérieurs : le PKK, les djihadistes de Daesh, les partis d’extrême-gauche etc. Il a aussi usé de ce type de rhétorique dans les semaines précédant le scrutin de dimanche.

En effet, dans cette nouvelle campagne marquée par une croissance économique en berne et des attaques terroristes, pour rallier les suffrages des nationalistes, Davutoglu a fait de la sécurité et de l’intégrité de son pays son leitmotiv, sur le mode “l’AKP ou le chaos”.

Suite à l’attentat d’Ankara qui a fait 102 morts, le plus meurtrier du pays, le Premier ministre avait d’ailleurs désigné ISIS comme l’ennemi public numéro 1. En riposte aux critiques accusant le gouvernement, le président et les services de renseignement d’avoir failli, plusieurs opérations de police musclées ont été montées, faisant des morts parmi les policiers et les suspects terroristes, et se soldant par plusieurs arrestations.

“Nous avons besoin d’un gouvernement fort pour protéger la stabilité (…) l’AKP est le seul espoir de la Turquie”, martelait Davutoglu deux jours avant le scrutin dans son très conservateur fief de Konya.

L’architecte de la politique étrangère turque

Née le 26 février 1959 à Konya, le Premier ministre turc a d’abord été un académicien prestigieux avant d’entrer en politique, en tant que conseiller pour Erdogan en 2002. Spécialiste de politique étrangère, parlant l’anglais, l’arabe et l’allemand, il est considéré comme l’architecte de la politique étrangère turque depuis une décennie.

Le « Kissinger turc », comme le surnomment certains médias, est ensuite nommé ministre des Affaires étrangères en 2009, un poste qu’il occupe jusqu’en 2014. Il prend alors la tête de l’AKP et devient Premier ministre.

Ce dimanche soir, triomphant du haut des 22 millions de voix que l’AKP a reçu, un record pour le parti, Ahmet Davutoglu déclare « aujourd’hui est une victoire pour notre démocratie et notre peuple (…) J’espère que nous allons bien vous servir pendant les quatre prochaines années et que nous nous présenterons devant vous à nouveau en 2019 ». Après l’ère Erdogan, voici venue l’ère Davutoglu.

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