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Le Fils de Saul : Au nom du fils


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Le Fils de Saul : Au nom du fils

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Il y a eu beaucoup de films sur la Shoah, mais Le Fils de Saul dépasse en intensité tout ce que l’on avait pu voir jusqu’à présent : une urgence permanente, le bruit et la fureur dans chaque plan, mais au final un instinct de survie et un désir d’humanité plus forts que tout. Ce film restera longtemps dans les mémoires.

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau. Bienvenue en enfer. Saul Ausländer est un prisonnier juif et membre du Sonderkommando, chargé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Un train arrive, des déportés descendent en grappe pour être aussitôt conduits à la douche. Ils se déshabillent, rentrent dans une grande salle pour en ressortir gazés. Les corps sont débarrassés par les Sonderkommando. Les convois s’enchaînent… Un jour, Saul découvre le corps d’un enfant qu’il croit reconnaitre comme son fils. Dès cet instant, il n’aura qu’une obsession : lui éviter la crémation pour lui donner une sépulture religieuse.

Le Fils de Saul est un film que l’on vit dans ses tripes des premières aux dernières images. La caméra de Laslo Nemes ne lâchera pas un instant Saul, donnant au récit un effet de réel saisissant. Pendant 1h47, nous serons sur ses traces, par-dessus son épaule, à l’aide de longs travelling, déambulant dans la nuit et le brouillard du camp de concentration, suivant les incroyables obstacles qui vont se poser à lui dans sa quête effrénée de mettre en terre le corps de cet enfant. Le camp s’incarne presque hors-champ car la caméra se concentre sur les faits et gestes de Saul. Le travail sur le son est l’une des clés du film. Aucun voyeurisme dans ce qui est filmé, l’horreur des massacres n’est pas montrée, mais on entend constamment le bruit des chaudières, les portes qui claquent, les cris des victimes, les ordres des tortionnaires, la frénésie chaotique du camp, un tumulte ininterrompu… László Nemes n’offre aucune minute de répit : l’immersion sonore est totale, l’angoisse envahissante.

Le jeune réalisateur trentenaire réussit un coup de maître pour son premier film. Nous l’avions rencontré à Cannes, peu après la première projection, et plusieurs jours avant qu’il reçoive le Grand Prix du Jury. Nous lui avions dit à quel point son film nous avait frappé par sa cohérence et son intégrité. Il nous a alors raconté comment il avait retrouvé les témoignages de juifs eux-mêmes des Sonderkommando qui avaient mis des décennies avant de parler de ce qu’ils avaient vécu. Cette vérité transpire dans le film. Saul rencontre au cours de son périple de nombreux personnages, et chacun est criant de vérité : le médecin chargé d’autopsier les corps et qui l’aidera à récupérer le corps de l’enfant, le « chef » des Sonderkommando qui fait le tampon avec les nazis, et tous les compagnons d’infortune obligés d’exécuter les basses œuvres des nazis. L’Holocauste ici n’est pas distancié : on le voit, on le vit de l’intérieur, en interrogeant sa nature inhumaine.

Le film est sorti en juin en Hongrie et a fait près de 100 000 entrées, un score énorme pour un pays encore marqué par les stigmates de l’antisémitisme. En France, le film qui vient de sortir sur les écrans fait aussi de très bons scores. On espère qu’il sera en course pour les Oscars d’ici la fin de l’année…

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