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Dopage et corruption : la Russie tente de se défendre


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Dopage et corruption : la Russie tente de se défendre

Prélevements biaisés, manipulation et corruption à tous les niveaux de contrôle, la Russie et son athlétisme sont dans l’oeil du cyclone. Les révélations lundi du rapport de l’Agence mondiale antidopage ont dévoilé un des plus grands scandales de l’histoire du sport. “Les accusations sont infondées” a répliqué ce mardi Moscou qui dit attendre “des preuves”. Mais, dans un rapport de plus de 300 pages, la commission d’enquête indépendante dénonce un système de “dopage organisé”, des athlètes jusqu’au sommet de l’Etat. L’ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme, Lamine Diack, est lui-même accusé d’avoir couvert le scandale. Une Fédération qui se réunira vendredi pour statuer sur une suspension ou non de la Fédération russe comme le recommande la commission. Une solution radicale qui écarterait les athlètes russes des JO de Rio en 2016.

Paul McDowell, euronews : “Avec nous maintenant, Barry Houlihan qui est professeur de politique sportive à l’Université de Loughborough. Professeur Houlihan, vu l’ampleur de ces allégations, on peut imaginer que certaines personnes étaient déjà au courant…”

Barry Houlihan : “Je pense que vous avez raison, mais le problème est d’avoir des preuves, pas seulement des soupçons. Je suis sûr qu’il y avait déjà des soupçons pesant sur la Fédération russe et sur la Fédération internationale depuis un certain temps. C’est parmi les athlètes russes, ou quasiment, qu’il y a le plus de suspendus ces dernières années donc on avait conscience du problème. Mais comme je vous le disais, c’est un défi d’obtenir des preuves pour étayer de tels soupçons, surtout dans un pays où vous avez besoin d’un visa pour entrer. Difficile dans ces conditions pour les agents chargés d’effectuer les contrôles antidopages et qui voulaient faire des tests inopinés, hors compétition, de le faire sans que les athlètes soient avertis au préalable…”

Euronews : “Bien sûr, la polémique vient de commencer, les hommes politiques se sont emparés de cette affaire. Le porte-parole du Kremlin a déclaré que tant qu’il n’y avait pas de preuves, ces accusations étaient sans fondement. Mais n’oublions pas que les premières victimes, ce sont les athlètes qui sont propres…”

Barry Houlihan : “Je pense que la question en ce qui concerne les athlètes russes est de savoir quelle était leur marge de manoeuvre, s’ils ont accepté de plein gré de faire partie de ce système. L’histoire nous a appris qu’en RDA les athlètes n’avaient pas ou peu le choix. Ils devaient intégrer le programme de dopage systématique pour participer à des compétitions et c‘était très difficile pour un athlète de refuser.”

Euronews : “Si vous mettez de côté la politique, c’est la preuve que le sport est incapable de s’autoréguler. Or, pour être efficace, la réforme doit venir de l’intérieur…”

Barry Houlihan : “Vous avez entièrement raison. Si vous vous penchez sur les fédérations internationales, vous vous apercevez que ce sont des organisations particulières. C’est dur de trouver une autre sphère d’activité ou un autre type d’organisation où un tel monopole existe. Si vous voulez jouer au football, si vous voulez faire de l’athlétisme, vous le faîtes forcément via la fédération internationale appropriée. A qui ces organisations doivent-elles rendre des comptes ? Théoriquement, à leurs Etats membres, mais cela est une pure fiction. Ce sont des organisations qui n’ont de comptes à rendre à personne, et là, c’est un terreau fertile pour la corruption”.

Euronews : “Les athlètes eux-mêmes ont du travail à faire pour regagner notre confiance…”

Barry Houlihan : “Si nous attendons des solutions à ce problème, elles pourraient venir indirectement des sponsors qui se retirent. Ce qui plaît dans le sport, et particulièrement dans l’athlétisme, c’est que cette discipline véhicule des valeurs positives – l’adrénaline, la jeunesse et l‘équité – et qu’elle propose des compétitions de grande qualité. Maintenant, si ce sport veut protéger son image de marque et garder la manne des sponsors et des droits télés, il doit investir davantage dans les programmes antidopages, car protéger l’intégrité du sport, c’est bon pour le business.”

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