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Molenbeek dans la nébuleuse du terrorisme islamiste

La commune de Molenbeek à Bruxelles est à nouveau au cœur de l’attention internationale après les attaques de Paris. Ce quartier populaire de la

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Molenbeek dans la nébuleuse du terrorisme islamiste

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La commune de Molenbeek à Bruxelles est à nouveau au cœur de l’attention internationale après les attaques de Paris. Ce quartier populaire de la capitale belge a vu séjourner plusieurs djihadistes responsables d’attentats en Europe et son nom se retrouve souvent associé à des affaires de terrorisme. Mais pour la bourgmestre, autrement dit la maire, la détection des personnes radicalisées n’est pas une tâche aisée. Françoise Schepmans explique que « le quotidien à Molenbeek se passe bien, c’est ça aussi qui nous a peut-être trompé; c’est que dans le quotidien il n’y avait pas de difficultés. »
Pour l’un des responsables de l‘équipe communale, Molenbeek réunit en fait des conditions qui apparaissent favorables pour les djihadistes qui souhaitent se cacher. « Nous avons des quartiers où il y a un habitat assez vétuste, où les loyers ne sont pas chers, et nous avons une grande rotation de population. Lorsque vous êtes mal intentionné, la première chose que vous faites, c’est de trouver une commune, où vous allez pouvoir vous fondre dans la masse! » précise Ahmed El Khannouss.
Pour les habitants de la commune il est important de faire la part des choses. Si des terroristes sont passés par Molenbeek il ne faut pas pointer du doigt l’ensemble de sa population. Yasmine Benhammou s’inquiète du regard porté sur son quartier. « Tous les Molenbeekois ne sont coupables de ce qui s’est passé », insiste-t-elle.

Claude Moniquet étudie depuis de nombreuses années le terrorisme et en particulier le terrorisme islamiste. Il dirige un centre d’analyse sur les questions de sécurité le European Strategic Intelligence and Security Center. Euronews l’a interrogé.

Euronews :
« Est-ce que Molenbeek est la base arrière du terrorisme djihadiste en Europe? »

Claude Moniquet :
« Non c’est pas la base du djihadisme en Europe. Dans beaucoup d’affaires françaises et depuis longtemps, depuis 20 ans, on trouve effectivement des traces à Bruxelles, on trouve des traces à Molenbeek. Quand je travaillais il y a 20 ans, sur le réseau du GIA (Groupe islamique armé) qui avait fait sauter des bombes à Paris, on trouvait des traces à Molenbeek. Donc oui, il y a manifestement un problème à Molenbeek qui est dû je pense au fait que il y a une communauté de langue et aussi un proximité avec la France, donc une interpénétration des mouvements islamistes des deux cotés de la frontière. »

Euronews :
«Est-ce qu’il y a un problème bruxellois, voire belge, dans la lutte contre le djihadisme en Europe? »

Claude Moniquet :
« Il y a une situation difficile, qui est difficile à gérer pour tout le monde. Elle est difficile à gérer pour les Français, pour les Anglais et pour les Belges. Il y a eu trop de tolérance pendant longtemps et puis, sans doute, trop peu de moyen pour faire face aujourd’hui à une menace qui est une menace massive. Il y a 10 ans, à l‘époque d’Al Qaïda, on avait en Europe quelques centaines de sympathisants du terrorisme islamiste. Aujourd’hui avec l’État Islamique on a entre 6 000 et 7000 Européens engagés dans le djihad ou qui veulent l‘être et sans doute entre 10 000 et 15 000 sympathisants. La menace a totalement changé d’ordre de grandeur. »

Euronews :
« Le ministre de l’Intérieur belge, Jan Jambon, a annoncé vouloir faire le nettoyage à Molenbeek. Qu’est-ce qu’il entend avec ces mots? »

Claude Moniquet :
« Je pense que le terme de “nettoyage” était sans doute un peu mal choisi. Il y a un problème local à Molenbeek, qui est le fait que dans une commune difficile les autorités locales pendant 20 ans, pour des raisons politiques de pur électoralisme, ont laissé se développer une situation qui est aujourd’hui hors de tout contrôle. Ils ont totalement découragé la police locale à laquelle on interdisait de faire certaines choses, on interdisait certaines perquisitions, certaines opérations de contrôle et de surveillance. Et Monsieur Jambon a remarqué qu’une série des décisions qui ont été prises depuis le mois de janvier dernier et qui doivent être appliquées par la police, ne l’ont pas été à Molenbeek. Donc manifestement je crois que en tant que ministre de l’Intérieur il a décidé de prendre sa responsabilité et d’imposer à la police de Molenbeek de se conduire comme la police des autres pays et des autres villes belges. »

Euronews :
« Que pensez-vous des mesures que l’on peut mettre en place face à ce type d’attaque en Europe? »

Claude Moniquet :
« Ce qui s’impose, ce sont des mesures légales fortes. En France, c’est ce qui va se passer. Il va y avoir une série de mesures, y compris des mesures sans doute de surveillance, peut être des assignations à résidence et peut être, si la situation s’aggrave encore, d’internement administratif, qui vont être prises contre des centaines de personnes. La Belgique n’a pas le même cadre légal, donc la Belgique ne va pas, demain, interner 500 personnes, c’est impossible! Mais il est possible en Belgique, et je crois que c’est un débat qui est en cours, de faire voter des lois qui permettront de criminaliser par exemple systématiquement les gens qui reviennent de Syrie, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Aujourd’hui il est nécessaire de prouver qu’une personne X a commis un crime Y à tel endroit, à tel jour, à tel heure, contre telle personne – c’est évidemment impossible! »

Euronews :
« Est-ce que vous envisagez aussi la possibilité d’arriver un jour vers un système européen centralisé du renseignement? »

Claude Moniquet :
« Le renseignement est une chose très compliquée, qui n’est pas pratiquée de la même manière dans tous les pays. Si vous prenez des pays extrêmement libéraux, comme les pays scandinaves ou les Pays-Bas et la France et l’Angleterre à l’autre bout , vous n’avez pas le même renseignement. Les méthodes des Français et des Anglais ne sont pas les mêmes. Par exemple les Français et les Anglais ont des services offensifs, c’est à dire qui agissent à l‘étranger, de manière illégale bien entendu, qui permet aussi de mener des opérations d‘élimination, ce que les Danois, les Suédois ou les Belges ou les Luxembourgeois ne feront jamais. Donc on a pas les mêmes méthodes. On n’a pas la même culture du renseignement. On a, de manière générale, une réticence à partager le secret. On est là pour acquérir le secret pas pour le partager! »