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Qui sont les forces de l'opposition syrienne ?


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Qui sont les forces de l'opposition syrienne ?

Depuis au moins trois ans, on parle de forces modérées dans l’opposition syrienne. Face à la montée du Daech et des autres groupes armés radicaux qui se battent contre le régime de Bachar al-Assad, la communauté internationale cherche des forces fiables sur le sol syrien.

Réunion sans précédent depuis le début de la crise syrienne en 2011, une centaine de représentants de l’opposition politique et armée syrienne, y compris des islamistes radicaux, ont été invités par l’Arabie Saoudite à Ryad à entamer des discussions.
Objectif : unifier leurs positions en vue d‘éventuelles négociations avec le régime de Bachar al-Assad.

Mais qui sont ces opposants qui peuvent attirer la confiance de la communauté internationale dans le cadre de la lutte contre Daech et peut-être bâtir l’avenir de la Syrie ?

La réunion de Ryad se déroule avec “une large participation de groupes d’opposition de l’intérieur et de l’extérieur de la Syrie”, a indiqué l’agence saoudienne SPA. Ils seraient environ 65 factions politiques et militaires, certaines regroupées au sein de mouvements plus importants.

Sont exclues les organisations qualifiées de “terroristes” comme les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) et du Front al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda.
Les organisations kurdes n’ont pas été invitées.

L’Arabie Saoudite a annoncé qu’elle avait accueilli des représentants des groupes armés “modérés”.

Ces débats se déroulent dans le cadre d’un processus international relancé fin octobre à Vienne par 17 pays, dont les Etats-Unis, la Russie, l’Arabie saoudite et l’Iran, et trois organisations internationales.

Le calendrier fixé est le suivant :
-rencontre à compter du 1er janvier entre représentants de l’opposition syrienne et du régime,
-cessez-le-feu,
-formation d’un gouvernement de transition dans les six mois,
-organisation d‘élections d’ici 18 mois.

Côté politique

Ryad a notamment accueilli la “Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution”. Cette formation politique existe depuis novembre 2012, elle a été créé au Qatar et siège au Caire.
Elle est dirigée par Khaled Khodja depuis janvier 2015. Elle a pour but de coordonner les opposants au régime de Bachar al-Assad.

Dite aussi “Coalition nationale syrienne”, elle regroupe des factions totalement différentes ou même contradictoires du paysage politique, confessionnel et ethnique syrien.

Elle comprend notamment le “Conseil national syrien”, qui lui-même abrite plus de trente groupes d’opposants dont les Frères musulmans, majoritaires, des libéraux mais aussi des partis kurdes et assyriens depuis octobre 2011.

Cependant, cette coalition, représentante aujourd’hui numéro un de l’opposition syrienne, est assez critiquée, surtout pour le fait qu’elle ne représenterait pas les intérêts des Syriens de l’intérieur et qu’elle serait donc peu représentative de la population.
Une population qui, selon un sondage de juillet 2015, commandé par la BBC et mené en Syrie par l’institut international ORB, estime en majorité que l’influence de la Coalition nationale syrienne sur la guerre en Syrie est complètement négative.

Fin février 2013, la Coalition affirmait contrôler presque tout le nord du pays grâce aux avancées de l’Armée syrienne libre. Aujourd’hui, malgré ces contacts avec quelques factions militaires, la “Coalition nationale syrienne” ne contrôle pratiquement aucune zone sur le sol syrien.

Côté militaire

Selon les informations publiées par Egypt today des représentants de groupes armés majoritairement islamistes sont aussi présents à Ryad. Trois mouvements rebelles se détachent :

Jaich al-Islam

C’est une grande coalition des brigades islamistes actives sur le sol syrien. Elle est soutenue par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Le Salafisme est l’idéologie principale de cette force qui contrôle des zones stratégiques, notamment dans la banlieue de Damas.

Ce puissant groupe a condamné les attentats de 13 novembre de Paris.
Il est dirigé par Mohammad Zahran Allouche qui, un temps, dépendait de l’Armée Syrienne Libre (ASL).
Le nombre de ses combattants est estimé à 10 000.

Il a refusé de rejoindre une nouvelle coalition qui s’est formée en octobre 2015 à Damas baptisée Jund al Malahim (les Soldats de l’aventure).

Jaich al-Islam (l’armée de l’Islam) appartient au “Front Islamique” patronné par Ryad qui unit sept mouvements salafistes.

Jaish al-Islam souhaiterait apparaître comme “modéré” en n’entretenant pas de relations avec le Front al-Nosra.

Armée syrienne libre

Créée en 2011, c’est la première formation militaire de la guerre civile en Syrie.
Fondée par des soldats et des officiers déserteurs, l’ASL a perdu de sa puissance face aux rivaux islamistes radicaux à partir de 2012.

Depuis, l’existence même de l’ASL, comme organisation structurée regroupant d’anciens militaires, a été remise en question. Ce ne serait plus qu’une rébellion regroupant plusieurs brigades islamistes et non islamistes.

Elle contrôlerait des zones limitées au nord de la Syrie, aux frontières de la Turquie, ainsi que des zones au sud du pays, aux frontières de la Jordanie.

En outre, dans la province d’Idlib, quelques anciennes factions de l’ASL aurait rejoint la Jaish al-Fath (Armée de conquête) dirigée principalement par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda.

Ahrar al-Cham

Plusieurs membres de l’opposition syrienne ont refusé de participer à la conférence de Ryad, car Ahrar al-Cham (les Hommes libres du Levant) a été invité.

Le groupe salafiste Ahrar al-Sham est né en 2011. Parmi ses membres fondateurs, de hauts cadres d’Al Qaïda, ayant connu Ben Laden, des Frères musulmans. C’est un allié du Front al-Nosra, lui-même affilié à Al-Qaïda.

Il a indiqué avoir accepté de participer à cette conférence en dépit de “l’absence de représentants de factions djihadistes à la hauteur“ de leur rôle sur le terrain.

Il a aussi averti au préalable : “nous n’accepterons pas les résultats de cette conférence“ s’ils n’incluent pas “le nettoyage des territoires syriens de l’occupation des Iraniens, des Russes et des milices confessionnelles qui les soutiennent“.

Ce groupe disposerait d’entre 10 000 et 20 000 combattants et a condamné les attentats du 13 novembre à Paris.

Il fait partie à la fois du “Front islamique” avec six autres groupes, dont le Jaich al-Islam, et du “Jund al Malahim”, (les Soldats de l’aventure), une coalition qui a été créée en octobre 2015.

Ce Jund al Malahim regroupe aussi le Front al-Nosra, la branche armée d’Al-Qaida “canal historique” en Syrie, et le Ajnad al-Sham (les soldats du Levant).

http://ahraralsham.net/?page_id=4195

Les absents

Le “Parti de l’Union démocratique”(PYD) et sa branche armée “Unités de protection du peuple” (YPG), considérés comme des organisations terroristes par la Turquie, n’ont pas été invités.

Ce mouvement compterait 40 000 combattants. Il a affronté les troupes de l’armée syrienne et de l’ASL et revendiquerait le contrôle du Kurdistan syrien dans le cadre d’une fédération syrienne.

En octobre dernier, la principale milice kurde et des groupes rebelles arabes qui combattaient ensemble depuis longtemps ont formalisé leur alliance au sein d’une coalition qui répond au nom des “Forces démocratiques syriennes” (FDS). Cette alliance rassemble des rebelles syriens qui ont soutenu les YPG dans les combats contre EI, dont le groupe majoritairement arabe Burkan al-Furat (Le volcan de l’Euphrate), des groupes représentant des tribus arabes et des chrétiens syriaques. Une coalition qui est soutenue par les Etats-Unis. Mais aucun représentant non plus n’a été invité à la conférence de Ryad.

Pour aller plus loin sur les groupes islamistes radicaux, l’interview d’Alain Rodier, spécialiste du terrorisme et de la criminalité organisée, directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement par Le Figaro.

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