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Australie : charbon et coraux en voisinage forcé

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Australie : charbon et coraux en voisinage forcé

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L’Australie a autorisé un projet controversé d’agrandissement d’un port charbonnier dans la région du Queensland, au grand dam des associations de défense de l’environnement qui sont mobilisées contre ce projet depuis des mois. Ce port, Abbot Point, est tout proche du parc marin de la Grande barrière de corail, inscrite au patrimoine de l’humanité.

Le gouvernement fédéral a approuvé ce projet qui ferait d’Abbot Point l’un des plus grands ports charbonniers du monde, capable d’exporter jusqu‘à 130 millions de tonnes chaque année, deux mois après avoir approuvé un projet de mine géante, le projet Carmichael, présenté par le groupe indien de l‘énergie Adani, et déjà décrié par les associations écologistes. Ce projet de mine pèse 10,8 milliards d’euros et vise à produire chaque année 60 millions de tonnes de charbon thermique.

Actuellement le port a un débit maximal théorique de 50 millions de tonnes, extensible à 70 millions avec l’agrandissement du terminal 0 existant. Son débit réel a été pour l’année dernière de près de 29 tonnes. La construction d’une nouvelle jetée de près de 4 km et d’un nouveau terminal T3 d’une capacité de 60 millions de tonnes doublerait la capacité du port.

Adani a salué la décision de Canberra : “l’agrandissement d’Abbot Point, vital pour (la ville proche de) Bowen, est essentiel pour (nos) projets de création de 10 000 emplois directs et indirects et de 22 milliards de dollars en taxes et en royalties”, a dit le groupe dans un communiqué, soulignant qu’il respectait strictement les critères environnementaux.

Le ministre de l’environnement australien Greg Hunt s‘était justifié au début du mois lors de la conférence internationale de l’ONU sur le climat à Paris : “ce projet n’est pas un projet australien. C’est le projet d’une entreprisé privée indienne. […] Je ne suis pas un néo-colonialiste. Je pense que les pays les plus pauvres doivent pouvoir prendre leur propre décision.”
Ce mardi, une de ses porte-paroles a expliqué que l’expansion du terminal “a été approuvée conformément aux dispositions de la loi fédérale sur l’environnement et est soumis à 30 strictes conditions"

Avant d‘être mis en oeuvre, ce programme doit encore recevoir les agréments du gouvernement de l’Etat du Queensland, dans lequel il est situé. Initialement, ses promoteurs prévoyaient le dragage de trois millions de m3 de déchets qui auraient été déversés dans les eaux proches du parc marin de la Grande barrière de corail.

Face au tollé, et aux craintes de voir la Grande barrière en péril, le projet a précédement été retoqué. Le nombre de mètres cubes a été revu à la baisse et les déchets iront à terre.

Un désastre environnemental et anachronique


Pour les défenseurs de l’environnement, cette proximité du port avec la Grande barrière représente une menace. L’expansion d’Abbot Point, qui va produire 1,1 million de mètres cubes de déchets de dragage, va dégrader l’environnement, sans compter que le charbon produit contribuera au réchauffement climatique global ajoutent-ils. Le charbon est responsable d’un tiers des émissions de CO2 dans le monde et a particulièrement visé lors de la COP21.

Les opposants à tous ces projets arguent que l’effondrement des cours du charbon et les objectifs posés par la COP21 pèsent sur leur viabilité. Ils soulignent aussi que de nombreuses banques se sont ces derniers mois retirées du projet Carmichael – dont les françaises Société Générale, BNP Paribas et Crédit Agricole – en raison de son empreinte écologique.

Les écologistes expliquent que les coraux et les algues seront asphyxiés. WWF Australia et Greenpeace rappellent que les eaux d’Abbot Point abritent entre autres des dugongs, des tortues de mer ou des dauphins à ailerons retroussés tandis que les marais avoisinants sont utilisés par les oiseaux migrateurs.

L’Australie et l’Inde, les deux protagonistes de ce projet, font partie des dix plus gros consommateurs de charbon au monde et des cinq plus gros producteurs de cette source d‘énergie extrêmement polluante.