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"Café de Colombie : What else?"


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"Café de Colombie : What else?"

Le 82e Congrès national des caféiculteurs s’est déroulé début décembre à Bogota. L’occasion de faire le point sur les difficultés que rencontre le secteur.

La Colombie est le troisième exportateur mondial de café, selon l’Organisation mondiale du café (OIC), pourtant l’avenir préoccupe les professionnels. La Colombie doit pallier le manque de main d’oeuvre lors des récoltes, engendré par un exode rural important et une fuite des travailleurs vers le secteur de la construction en pleine expansion. Elle doit aussi faire face à la chute des prix du café sur les marchés internationaux et enfin composer avec les dégâts causés par le phénomène climatique El Niño, inondations, coulées de boue et périodes de grande sécheresse entre autres. Plus de 500 000 familles colombiennes vivent de la culture du café. Si la plus grande plantation du pays s‘étend sur 10 000 hectares et se trouve près de la ville de Medellín, à environ 500 kilomètres au nord-ouest de la capitale Bogota, des centaines de Finca – propriétés agricoles – sont, elles, installées dans la zone caféière, également appelée Triangle du Café, située entre Medellín et Bogota.

Reportage dans la Finca familiale « Don Elias ». Elle s‘étend sur quatre hectares. Ici, huit personnes travaillent à temps plein lors des récoltes qui ont lieu deux fois par an.

Immersion…

Niché au cœur de la zone caféière, le Parc de Cocora et ses palmiers géants dont la plupart sont centenaires et peuvent atteindre jusqu‘à 70 mètres de haut.


Une partie de « L’Eje Cafetero », ou zone caféière, et ses plantations à perte de vue, est classée au Patrimoine mondial de l’Unesco.


De la fleur de café… au « Tinto Colombien »

Les fleurs blanches de caféier ont une durée de vie très courte, de quelques heures à cinq jours maximum. Fleurs hermaphrodites à l’odeur jasmin, elle s’auto-pollinisent.


Ces fleurs donnent ensuite naissance à de petits fruits appelés « cerises », les futurs grains de café, qui mettront entre six et neuf mois pour arriver à maturité.


Il existe plus de 200 variétés de cafés dans le monde dont 15 sont présentes en Colombie. La Finca Don Elias en produit deux sortes. L’Arabica qui donne des fruits rouges et le Columbia, qu’on ne trouve qu’en Colombie et qui produit des fruits jaunes. Seule différence, la couleur. Goût et qualité sont identiques. Ici la production est mélangée.


Le caféier pousse dans des régions situées entre 900 et 2 000 mètres au dessus du niveau de la mer, voilà pourquoi il est cultivé dans les montagnes colombiennes. Avec 50 % de pluie et 50 % d’ensoleillement toute l’année, la zone présente des conditions parfaites de croissance pour le café.


Les caféiers peuvent atteindre jusqu‘à 6 mètres de haut et la récolte devient alors ardue. Pour la faciliter, on coupe le tronc pour limiter sa croissance. L‘écimage permet aussi d’intensifier la production de grains de café. Les caféiers ont une durée de vie « productive » d’environ 25 ans maximum. Mais ils sont souvent remplacés à leur dix-septième année, âge après lequel, la quantité et la qualité du café s’amenuisent.


D’autres plantes sont indispensables à la culture et la croissance du caféier. Ainsi, les bananiers jalonnent les plantations de café car ils regorgent d’eau et permettent, notamment en période de sécheresse, de garder la terre humide et d’alimenter les caféiers en eau. Leurs grandes branches permettent également d’ombrager les plantations et de protéger les arbustes du soleil. De son côté, le yucca stabilise le terrain pendant que l’ananas attire les insectes, empêchant ainsi ces derniers de s’attaquer aux caféiers.


Deux maladies principales peuvent affecter les caféiers, la rouille orangée et l’anthracnose des baies. La première est due à un champignon (Hemileia vastatrix) qui s’attaque aux feuilles de la plante, les fait tomber et entraîne la mort ce celle-ci. La deuxième est causée par un insecte qui, lui, s’attaque au fruit et le dévore de l’intérieur. Pour contrer ces deux fléaux, la Finca Don Elias s’astreint à contrôler, chaque mois, chaque fruit de la plantation. Un travail fastidieux et minutieux mais indispensable. Les fruits infectés sont alors brûlés.


Après que les fruits ont été récoltés et triés, il faut les traiter. Première étape, les débarrasser de leur partie charnue et recueillir le grain. Ici, il y a encore quelques années, tout se faisait à la main, mais aujourd’hui, grâce à des machines artisanales, un kilo de grains de café est dépecé en 10 minutes.


Une fois leur coque brisée, les gains sont lavés, immergés dans des bacs d’eau courante. Jugées de qualité moindre, les grains flottant à la surface ainsi que les déchets sont éliminés. Seuls sont conservés les grains sains.


Reste au grain à sécher. Il est étalé dans des serres. Huit jours d’exposition sont suffisants l‘été grâce à l’ensoleillement, mais il faut en compter 25 l’hiver, lors des périodes de fortes pluies.


La Finca Don Elias récolte entre 3 000 et 4 000 kilos de café par an. Les récoltes ont lieu en avril-mai et novembre-décembre. Durant ces périodes, 100 kilos de café sont récoltés quotidiennement.


Soixante-dix pour cent des récoltes sont vendus à des entreprises sous-traitantes. Elles vont se charger de la traite finale du grain, de le conditionner et de l’exporter.


Les 30 % restants sont conservés à la Finca Don Elias et traités plus artisanalement. Après le dépulpage et le séchage vient l’opération délicate de la torréfaction, où comment chauffer et griller les grains…


…pour libérer tous les arômes du café.


Les grains de café seront ensuite moulus… ou pas. Entre café en grain et/ou café moulu, là c’est une question de goût. L’appréciation est laissée aux amateurs et consommateurs.


Après Londres (2001), le Brésil (2005) et le Guatemala (2010), la quatrième Conférence mondiale du Café se tiendra du 6 au 11 mars 2016 à Addis-Abeba en Éthiopie. Un rendez-vous auquel sont attendus des pays représentant 94 % de la production mondiale de café et plus de 75 % de sa consommation mondiale. La Colombie sera évidemment présente avec toujours le même objectif, attirer l’attention sur les principaux problèmes du secteur mais aussi appuyer sa récente proposition d’un accord avec le secteur mondial du café concernant la rentabilité des caféiculteurs.

Reportage et photos de Raphaële Tavernier & Antoine Obadia

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