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Combien d'enfants sont morts noyés depuis le décès d'Aylan Kurdi et cette photo qui a ému le monde entier ?

Six mois. C’est ce qui nous sépare de la mort tragique du petit Aylan Kurdi dont le corps gisant sur la plage reste gravé dans toutes les mémoires

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Combien d'enfants sont morts noyés depuis le décès d'Aylan Kurdi et cette photo qui a ému le monde entier ?

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Six mois. C’est ce qui nous sépare de la mort tragique du petit Aylan Kurdi dont le corps gisant sur la plage reste gravé dans toutes les mémoires. Depuis, plus de 300 enfants sont morts en tentant la traversée entre la Turquie et la Grèce.

Pourtant, après la publication de la photo du petit Aylan le 2 septembre 2015, sous la pression d’une opinion publique choquée, les responsables politiques européens s‘étaient engagés à tout faire pour éviter qu’un tel drame se reproduise. Outre un programme pour relocaliser 160.000 réfugiés dans des pays de l’Union, la Commission européenne annonçait toute une série de mesures notamment pour accroître la surveillance en mer et lutter contre les passeurs.
L’Union européenne a aussi débloqué des dizaines de millions d’euros pour aider les pays les plus exposés à gérer la situation.

Et pourtant… Des enfants meurent toujours noyés, deux par jour en moyenne depuis septembre 2015. Octobre fut le mois le plus meurtrier, avec 84 décès d’enfants répertoriés.

“Une tragédie intolérable”

Le décompte macabre s‘éternise d’autant plus que les femmes et les enfants sont de plus en plus nombreux à tenter la traversée en Méditerranée. En juin 2015, un réfugié/migrant sur dix enregistré à la frontière gréco-macédonienne était un enfant d’après l’Organisation internationale pour les migrations. Cette proportion passait à un sur trois en octobre.

Sarah Crowe, porte-parole de l’Unicef, a expliqué à Euronews (vous pouvez écouter l’intégralité de cette interview ici) que les hommes avaient été les premiers à partir et que leurs familles tentaient désormais de les rejoindre.

Elle raconte : “Une mère à qui j’ai parlé avait donné naissance à son enfant à la frontière entre la Turquie et la Grèce et elle voulait rejoindre son mari en Allemagne avec son nourrisson de 15 jours. C’est une histoire que l’on entend souvent. Des familles voulant être réunies.”

“Malheureusement, les enfants continuent de mourir noyés en Méditerranée. C’est devenu l’une des mers les plus meurtrières au monde. Deux enfants meurent en moyenne chaque jour.”

“Et c’est une tragédie intolérable de savoir que ces enfants fuient la guerre avec l’espoir que cette odyssée les conduise vers une nouvelle vie dans un nouveau pays, tout cela pour mourir en mer.”

“Notre message est qu’il faut davantage mettre l’accent sur le renforcement de la sécurité sur ces routes migratoires.”

MOAS, une organisation non-gouvernementale qui vient en aide aux migrants, estime que la sécurité de ces boat people n’a jamais été aussi précaire. Christopher Catrambone, le fondateur de l’organisation, explique : “Ce à quoi nous assistons en mer Egée est encore plus horrible que ce que nous voyons en Méditerranée. En raison de distances plus courtes, les passeurs prennent des risques accrus, bien souvent en fournissant aux réfugiés des gilets de sauvetage qui ne valent rien et en les embarquant dans des canots pneumatiques qui ne peuvent pas accoster.”

Carte des lieux où les enfants sont décédés en mer depuis la tragédie d’Aylan

Cliquez sur les icônes de couleur ou zoomez pour plus de détails. Source : International Organization for Migration

Progrès trop lents

Trois semaines après la publication de la photo d’Aylan dans les journaux du monde entier, le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker publiait un communiqué, déclarant “la première priorité est et doit être d’apporter une solution à la crise des réfugiés”.

“La décision de relocaliser 160 000 personnes au départ des États membres les plus touchés est une première historique et constitue une manifestation louable et authentique de la solidarité européenne. Une telle décision est cependant insuffisante en soi. Il est temps que l’Union européenne, ses institutions et tous ses États membres prennent de nouvelles mesures, ambitieuses, fortes et concertées.”

Six mois plus tard, seulement 583 réfugiés ont été relocalisés sur les 160 000 annoncés.

Pour Sarah Crowe, la lenteur du processus de relocalisation et de traitement des demandes d’asile a laissé les enfants réfugiés dans “une situation extrêmement vulnérable”.

“Les mineurs non accompagnés en particulier ne savent pas où ils peuvent aller et quels sont leurs droits. De ce fait, ils sont des proies vulnérables pour les trafiquants.”

Quoi faire ?

Les organisations non-gouvernementales saluent les progrès accomplis mais demandent que plus de ressources soient consacrées aux opérations de recherche et de sauvetage en mer.

Pour Sarah Crowe, “Avant toute chose, nous devons nous concentrer sur les pays d’origine. C’est l‘échec dans la résolution de ces conflits qui est au coeur du problème. S’il y avait la paix en Syrie, en Afghanistan, en Irak et que ces endroits n‘étaient pas de telles poudrières, les gens ne fuiraient pas.”

Une porte-parole de MOAS nous a confié que l’ONG avait lancé des opérations en mer Egée en décembre et était venue en aide à plus de 1 000 personnes.

Elle a ajouté : “Il est regrettable que le monde se soit presque habitué à entendre parler d’enfants morts au large des rives européennes. Il est triste que ce soit devenu quelque chose de normal. Nous voulons continuer à rappeler à l’opinion publique et aux responsables politiques que de nombreux Aylan sont morts et que de nombreux autres mourront si nous replongeons dans l’indifférence.”

Pour finir, voici la réponse que nous a faite une porte-parole de la Commission européenne : “Les responsabilités politiques doivent être assumées au plus haut niveau dans tous les Etats membres pour s’assurer que la réponse coordonnée convenue en Europe puisse résoudre la crise des réfugiés de manière efficace sur le terrain, au niveau des autorités nationales et locales, avec le soutien et l’assistance qui ont été mis à disposition par l’Union européenne au cours des derniers mois.”