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Fuite de 22 000 documents d'Etat islamique : le "traître" se dévoile et explique

Les mercenaires européens, qui ont offert leurs services au groupe Etat islamique, ont désormais plus de souci à se faire s’ils veulent revenir faire

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Fuite de 22 000 documents d'Etat islamique : le "traître" se dévoile et explique

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Dès mardi dernier, Euronews vous a informé, grâce à plusieurs sources en Allemagne, de la fuite sans précédent de milliers de documents provenant du coeur même du groupe Etat islamique (Lire mon article plus bas). Jeudi 10 mars, non seulement cette révélation a été confirmée par de nouvelles sources, cette fois au Royaume-Uni, mais beaucoup de nouveaux éléments ont permis de comprendre comment une telle fuite, qui peut paraître incroyable, avait pu se produire. Voici la suite de l’histoire :

Le “traître”, si on se place du côté des jihadistes, ou le “bienfaiteur” aux yeux des services secrets occidentaux, ose sortir de l’ombre et expliquer pourquoi il a planté un si gros couteau dans le dos d’Etat islamique. Il se fait appeler “Abu Hamed”, il a servi dans les rangs de l’Armée syrienne libre, groupe militaire qui combat le régime de Bachar al-Assad, puis a franchi le pas pour se battre au sein d’EI. Il explique que, ne tenant plus, horrifié par les méthodes de l’organisation armée islamiste, il a décidé de voler une clé USB qui contenait les fiches “d’admission” des combattants étrangers : une petite clé mais dont le contenu est inestimable, pas moins de 22 000 formulaires avec les noms, adresses des recrues dans leur pays d’origine et même leurs téléphones. Ils viendraient d’au moins 55 pays différents.


Une chaîne privée d’information britannique, Sky News, affirme qu’elle détient ces documents, qui lui ont été remis par “Abu Hamed”. Les a-t-il vendus ? Les avait-il négocié auparavant avec l’Office fédéral de la police criminelle allemande ? (Voir article ci-dessous). On ne le saura peut-être jamais…Le repenti, en tout cas, explique qu’il a agi car Etat islamique a trahi “les principes islamiques” auxquels il croit. “Cette organisation est une escroquerie, ce n’est pas l’islam !”, dit-il sur une vidéo diffusée ce jeudi. Il espère que son geste permettra de détruire le groupe jihadiste, “Si Dieu le veut”, précise-t-il.

Le “traître” ou “bienfaiteur” pourrait aussi être un agent double. On imagine que les services de renseignements ont bien sûr envisagé l’hypothèse et vérifié comme ils savent très bien le faire. Plusieurs noms, qui apparaissent sur les fiches de recrutement volées, servent déjà de garantie : celui d’Abdel Majed Abdel Bary, un ancien chanteur de rap qui avait posté sur Twitter une photo d’horreur, sa belle personne en train de brandir une tête coupée, également celui du Britannique Junaid Hussain, qui avait mis ses talents de hacker au service d’Etat islamique et qui aurait été tué par une frappe de drone militaire en août dernier.

Richard Barrett, ancien officier de la lutte anti-terroriste au sein du MI5 (Services secrets britanniques chargés de la sécurité intérieure), commente sur son compte Twitter : “L‘énorme butin de fiches de recrutement, qui est maintenant disponible, va mettre en lumière ceux qui ont rejoint Etat islamique et pourquoi ils l’ont fait”.


Quoi qu’il en soit, la mine d’informations à laquelle donne accès la gigantesque fuite de 22 000 documents est inespérée, selon des experts du contre-terrorisme. Elle devrait permettre d’identifier des jihadistes qui sont pour le moment “en sommeil” en Europe, mais aussi au Maghreb, aux Etats-Unis, au Canada…Les fiches pourront aussi servir de preuves lors d‘éventuels procès pour condamner les étrangers qui ont rejoint EI. On n’a pas fini de dérouler le fil de cette affaire…Vous pourrez en suivre les prochains épisodes sur Euronews.

Publié le 8 mars 2016 :

Les mercenaires européens, qui ont offert leurs services au groupe Etat islamique, ont désormais plus de souci à se faire s’ils veulent revenir faire un tour dans leur pays d’origine. Les services de sécurité allemands, et par conséquent les autres services qui travaillent étroitement avec eux, ont en leur possession des milliers de fiches de renseignements remplies par des candidats étrangers au Jihad à leur arrivée en Syrie ou en Irak. C’est le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung qui a fait cette révélation mardi 8 mars, relayé par plusieurs autres médias du pays. Le Bundeskriminalamt (BKA), autrement dit l’Office fédéral de la police criminelle, a confirmé qu’il disposait de ces précieux documents mais sans vouloir en dire plus, ce qui peut aisément se comprendre.

Nos confrères allemands ont néanmoins mené leur enquête grâce à d’autres sources. Ils nous apprennent que chaque volontaire, qui entre sur le territoire contrôlé par Etat islamique, doit d’abord remplir un formulaire qui comporte 23 questions : évidemment sur son identité, la ville où il vivait en Europe, sa religion, son éducation, sa famille – avec d’ailleurs la personne à contacter en cas de décès (très utile) – et puis sur son éventuelle expérience en matière de “guerre sainte”, également sur sa préférence, servir la cause comme espion, comme combattant ou comme kamikaze…Somme toute, les bureaux de recrutement du groupe islamiste ressemblent à beaucoup d’autres mais le contrat de travail est souvent à courte durée.

Sérieusement, il s’agit bien d’un contrat rémunéré, de plus en plus mal rémunéré car les ressources financières viennent à manquer : les puits de pétrole qui étaient aux mains d’Etat islamique, ainsi que les convois de transport, ont été intensément bombardés par l’aviation occidentale. Mal payés, certains combattants européens semblent plus disposés à marchander des informations, à vendre des documents, ce qui expliquerait la fuite importante de fiches de renseignements. La police fédérale allemande estime que ces fiches sont authentiques puisque, par exemple, certains noms de jihadistes qui y figurent correspondent bien aux kamikazes dont la mort a été annoncée à leur famille en Allemagne.


La manne d’informations est “une bombe à retardement” que les services secrets occidentaux ne vont pas se priver d’utiliser contre Daech. L’accusation contre les combattants européens présumés du groupe Etat islamique se basait jusque-là sur des écoutes de conversations ou des messages échangés avec leurs amis ou leur famille. Police et justice disposent maintenant de formulaires entiers remplis de la main même de ces suspects. Ceux qui rentreront gentiment à la maison après un séjour en Syrie ou en Irak, en niant tout embrigadement islamiste, seront aussi plus facilement démasqués. Mais les services de sécurité ne veulent pas s’emballer…ils savent qu’Etat islamique est loin d’être affaibli, et qu’il ne manque pas de ruses pour les contrer.