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ExoMars 2016 : décollage réussi


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ExoMars 2016 : décollage réussi

ExoMars, c’est la nouvelle mission d’exploration de la planète rouge. Une mission en deux temps dont la première phase débutera ce lundi.

Autant dire que les scientifiques de l’Agence spatiale européenne et de l’agence spatiale russe Roscosmos vont vivre un week-end intense…

L’objectif est de trouver des traces de vie sur Mars et plus spécifiquement l’origine du méthane.

C’est une fusée russe Proton qui est chargée de lancer et de placer en orbite la sonde TGO pour Trace Gas Orbiter et l’atterisseur-test “Schiaparelli”. Le décollage se fera depuis Baïkonour, au Kazakhstan.



Après un voyage de sept mois, le module Schiaparelli (en référence à un astronome italien du 19e siècle) se séparera de la sonde pour se poser sur la planète rouge le 19 octobre. Cela permettra aux scientifiques de l’ESA d’observer les techniques d’entrée dans l’atmosphère, la descente et l’atterrissage à la surface de Mars.
Il est sensé se poser sur le site de Meridiani Planum, là où a déjà atterri le robot américain Opportunity en 2004.

La sonde TGO qui fait plus de 4 tonnes devra pendant ce temps analyser la composition de l’atmosphère martienne. Elle doit quantifier précisément le méthane, la vapeur d’eau, le dioxyde d’azote, et d’autres composés susceptibles d’indiquer la présence d’une activité biologique ou géologique.

Schiaparelli n’est pas équipé de panneaux solaires et sa durée de vie sur Mars sera éphémère : deux à quatre jours seulement. Mais ses données seront essentielles pour le second volet de la mission ExoMars 2018.

Il s’agira alors d’envoyer un robot de la taille d’une petite voiture, un rover, qui aura pour fonction de forer le sol jusqu‘à deux mètres de profondeur. Jusqu‘à présent, les forages n’excédaient pas 10 à 15 centimètres.

Le rover travaillera sur un site repéré par une équipe du Laboratoire de géologie de l’université Claude Bernard de Lyon, un site argileux, nommé Oxia Planum.

Départ prévu normalement en mai 2018 pour une arrivée en janvier 2019 sur Mars, mais ce second volet de la mission ExoMars pourrait être repoussé de deux ans, faute de budget.


Entretien avec Cathy Quantin-Nataf, la géologue de 38 ans qui a piloté les recherches lyonnaises

Jeremy Wilks, euronews: “Est-ce que la mission Exomars va parvenir à prouver, une fois pour toutes, qu’il y a eu de la vie sur Mars ? Pour répondre à cette question et expliquer pourquoi ce lancement est tellement important pour les sciences planétaires, je suis en compagnie d’une des plus grandes expertes européennes de Mars, la professeure Cathy Quantin-Nataf de l’Université de Lyon. Cathy, est-ce qu’Exomars va prouver qu’il y a eu de la vie sur Mars ?

Cathy Quantin-Nataf : “J’espère. J’espère vraiment. En tous cas, il y a des moyens techniques et instrumentaux pour répondre à cette question, s’il y a de la vie aujourd’hui et s’il y en a eu dans le passé”.

euronews: “De quels indices dispose t-on aujourd’hui sur de cette vie ?”

Cathy Quantin-Nataf :
“Pour l’instant, aujourd’hui, à la surface de Mars, c’est difficile de vivre telle qu’on connaît la vie aujourd’hui. Dans le passé, on pense que les conditions étaient très favorables, c’est pour ça qu’on est obnubilé par l’habitabilité, Les conditions qui étaient favorables à l‘émergence de la vie dans les temps anciens. Donc en on est un peu là, à savoir si on peut avoir de la vie aujourd’hui et s’il y en a eu dans le passé.

euronews: “Qu’y a-t-il de différent à propos de cette mission Exomars 2016?”

Cathy Quantin-Nataf : “Cette mission est vraiment focalisée sur les traces de vie. Jusqu‘à présent les missions étaient vraiment focalisées sur l’habitabilité, l‘émergence de la vie, là c’est vraiment des traces de vie. Cette mission là est notamment focalisée sur l’atmosphère, sur les indices dans l’atmosphère d’une vie microbienne actuelle ou passée”.

euronews: “Qu’en pensez-vous ? Pensez-vous qu’il y a de la vie sur Mars actuellement ?

Cathy Quantin-Nataf : “Les scientifiques ne peuvent pas répondre à cette question aujourd’hui. En tous cas, on ne peut pas répondre non, non plus”.

euronews: “Il y a une chance?”

Cathy Quantin-Nataf : “Il y a une chance qu’il y ait de la vie aujourd’hui sur Mars. Et il y a une chance, qu’on porte très fort, quand même, pour qu’il y en ait eu dans le passé”.

euronews: “Vous cherchez du méthane. Pourquoi le méthane est si important ?”

Cathy Quantin-Nataf : “Parce qu’il y a des activités microbiennes qui produisent du méthane. C’est pour ça que cela trace une activité microbienne. Seulement, il n’y a pas que l’activité microbienne qui produit du méthane. Il y a aussi des processus géologiques totalement abiotiques, donc sans trace de vie, sans processus biologique qui produisent du méthane. Il va falloir, et ça la sonde TGO (Trace Gas Orbiter) aura les moyens de discriminer si c’est du méthane d’origine biologique ou plutôt d’origine géologique”.

euronews: “Y a t-il du méthane dans l’atmosphère de Mars actuellement ?”

Cathy Quantin-Nataf : “Il y a eu des détections, des sortes de moments où il y avait du méthane dans l’atmosphère. Ca a été détecté il y a quelques années, comme des espèces de moments où il y a plus de méthane dans l’atmosphère. On essaie de comprendre pourquoi, et si c‘était lié à une activité biologique ou pas. On n’a pas encore exactement la réponse. Mais de temps en temps, il y a du méthane dans l’atmosphère martienne et on ne sait pas d’où vient ce méthane.

euronews : “Au final, quelle signification a, pour vous les scientifiques, cette mission ExoMars ?”

Cathy Quantin-Nataf : “C’est l’idée de tordre cette question, de savoir si la vie est apparue uniquement sur notre planète ou pas. C’est la grande question d’ExoMars, j’espère que cette mission y repondra. Est-ce que la vie est apparue sur une autre planète que la Terre ?”


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