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AlphaGo, "grand maître" du jeu de go

Le jeu de go, n'est plus la dernière frontière de l’humanité...

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AlphaGo, "grand maître" du jeu de go

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Ite missa est. A Séoul, le Coréen du Sud Lee Sedol, après avoir sauvé l’honneur de l’espèce humaine, vient de s’incliner à nouveau. AlphaGo, le superordinateur développé par Google, a remporté la dernière manche. “La Machine” remporte la partie sur le score final de 4 à 1.



Les raisons de la défaite de Lee Sedol seraient d’ordre psychologique. Pour l’un des meilleurs joueurs de go au monde, le programme intelligence d’artificielle n’aurait pas son pareil au niveau de la concentration. AlphaGo, quant à “lui”, a fait définitivement son entrée dans le panthéon du jeu de go. Avant même l’issue de la dernière manche, l’association sud-coréenne du go lui avait décerné le titre de grand maître, en lui octroyant le niveau le plus élevé, le neuvième dan.

Par le passé, une telle opposition a déjà eu lieu sur un plateau. Mais il s’agissait là d’un échiquier et non d’un goban de go. AlphaGo avait déjà obtenu une victoire probante en battant le champion européen du jeu de go en octobre 2015.

D’où vient le jeu de go ?

Le go est originaire de Chine. La naissance de ce jeu de stratégie, l’un des plus anciens au monde, n’est pas clairement identifiée. L’une des premières références écrites au jeu apparaît dans les Entretiens, un recueil de discours de Confucius (551-479 avant notre ère). Si le jeu est connu en Occident sous l’appellation go, son nom en Chine est wéqi. Go est une terminologie japonaise car c’est dans l’archipel nippon que le jeu a connu son essor le plus important.


Kitagawa Utamaro, “Cinq beautés jouant au go” (1793-94), Boston, Museum of Fine Arts

Le jeu est arrivé au Japon via la péninsule coréenne, il y a 1 500 ans. Il est devenu très populaire parmi les élites japonaises, jusqu’à divertir la famille impériale. Aujourd’hui, après une hégémonie japonaise sans partage, la Corée du Sud – où le go s’appelle Baduk – règne depuis une décennie sur les grands tournois internationaux.

Des règles simples mais un jeu complexe

Si les règles paraissent de prime abord relativement simples, c’est l’immensité des positions possibles des pions sur l’aire de jeu qui rend le go si complexe. Le goban est composé de 19 lignes horizontales et 19 lignes verticales. Ces lignes forment des intersections – 361 au total – sur lesquelles les joueurs placent leurs pions (noirs ou blancs). Une fois en place sur des intersections qui n’étaient pas occupées, les pions – on parle de pierres dans le jeu de go – ne peuvent être déplacées, contrairement au jeu de dames ou d’échecs. Les pierres mises bout à bout par chaque joueur forment des chaînes. Pour former ces chaînes, les joueurs placent leurs pierres sur les intersections disponibles que l’on appelle libertés. Les joueurs doivent donc capturer les pierres de leur adversaire en les privant de leurs libertés, en les encerclant. Les pierres capturées sont retirées du plateau.


Le joueur blanc en se positionnant sur A (fig.1) retire la dernière liberté du joueur noir. Les blancs capturent les noirs et les retirent du goban (fig.2).

Lorsque les joueurs ne peuvent plus poser de pierres sur le plateau, la partie s’arrête et le décompte des points peut commencer. En plus des pierres présentes sur le goban, les intersections vides contrôlées par chaque joueur, que l’on désigne comme territoires, rapportent également des points.


Dans la fig.3, les pierres blanches forment une chaîne disposant de 6 libertés. La fig.4 illustre la notion de territoire. Ici, les pierres noires délimitent un territoire de 5 intersections.

Notons que certaines subtilités ont été omises dans cette présentation et qu’il existe plusieurs règles en fonction des pays. L’opposition entre AlphaGo et Lee Sedool se joue selon les règles chinoises.

Contrairement à d’autres jeux comme les échecs, tous les pions de go ont les mêmes attributs. La multitude de positions possibles sur le plateau constitue donc la principale difficulté du jeu. Selon Demis Hassabis, l’un des créateurs de DeepMind, société britannique spécialisée dans l’intelligence artificielle, rachetée par Google en 2014 et qui a développé d’AlphaGo, il y aurait 10 puissance 170 (1 avec 170 zéros derrière) positions possibles ! Soit bien plus qu’aux échecs où les positions possibles ne sont que de 10 puissance 47. Et pour opposer encore plus ces deux jeux, si aux échecs chaque joueur dispose d’environ 20 coups possibles par tour, au go ce sont pratiquement 200 coups.

Le début d’une intelligence non-humaine ?

Par le passé, à l’image de DeepBlue, les algorithmes se contentaient de faire du “bruteforcing”, c’est à dire de tenter de calculer toutes les possibilités pour gagner comme pour résoudre une équation. AlphaGo a été conçu pour être le meilleur joueur de go en faisant du “deep learning”, autrement dit en étant capable de s’adapter au profil de ses adversaires. Ses concepteurs ont bâti un véritable réseau de neurones artificiels, qu’ils ont ensuite “alimenté” de millions de coups joués par des professionnels – humains – de go.


Les rencontres peuvent être revues ici.

Fort de ces données, AlphaGo analyse les coups et les situations pour déterminer ce qui mène à la victoire. Un pas a sans doute été franchi. De l’aveu de Fan Hui, champion européen de go battu par AlphaGo sur le score de 5 à 0 en octobre dernier, la machine a « joué comme un humain ».…

Une petite partie ?

Avant de débuter une partie, vous pouvez choisir la taille du goban, un petit étant à privilégier pour les débutants. Des parties avec handicap sont également au programme. A vos pierres !







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Kasparov/Deep Blue Cette opposition s’inscrit dans la droite ligne de l’affrontement entre l’ordinateur Deep Blue et le champion d’échecs Garry Kasparov. Entre 1996 et 1997, ces derniers se sont affrontés à plusieurs reprises. A l’issue d’un match revanche, la machine construite par IBM s’est octroyée la victoire finale, non sans soulever certaines polémiques. Kasparov a longtemps plaidé pour organiser une nouvelle confrontation.