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La lente progression de la langue arabe sur internet


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La lente progression de la langue arabe sur internet

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Il a beau être planétaire, internet est-il vraiment accessible à tous ? Du point de vue linguistique, il y a de quoi en douter. L’anglais est roi et la langue arabe, parlée par 4,5% de la population mondiale, occupe moins de 1% sur la toile.

Partant de ce constat, deux jeunes Jordaniens ont créé Mawdoo3.com en 2010. Six ans plus tard, ce site multi-carte où l’on parle aussi bien d’actualité, de santé, de religion, de commerce, de conseils beauté ou de cuisine, est le plus consulté dans cette langue, avec 17 millions de visites par mois en moyenne. Mohammed Jaber, un médecin de formation, en est le co-fondateur.

“De manière générale, en tant que médecin, je dois utiliser des sources étrangères, et si je veux creuser dans d’autres domaines, je ne suis pas sûr non plus de trouver les informations utiles dans ma langue, regrette-t-il. Or la meilleure façon d’apprendre, c’est de le faire dans sa langue. Mais s’il n’y a pas d’information de qualité dans cette langue, c’est compliqué. Elle peut être traduite avec des erreurs. Si mon fils lit quelque chose sur la religion et qu’il y a des erreurs, ça a des conséquences au niveau personnel.”

Mohammad travaille actuellement à développer la section santé et fait collaborer des étudiants en médecine pour traduire des articles scientifiques.

“Il faut tenir compte du fait que dans différentes cultures, on apprend de manière différente, et il y a beaucoup de gens qui ne parlent pas bien l’anglais. Diffuser l’information dans la langue de celui qui lit, c’est fondamental. Et cela renforcera la culture arabe.”

Mawdoo3 compte désormais se lancer dans le commerce en ligne, l’immobilier et le multi-média. Rami Qawasmi, son autre fondateur, veut voir grand.

“Vous ne devez pas tout savoir, vous ne pouvez pas tout anticiper, mais il faut voir un peu plus loin quand même, penser à la phase suivante et de là, à celle d’après. Nous savons ce que nous devons faire pour aller dans la bonne direction.”

Dans le monde arabe où le musellement de la presse est monnaie courante, les publications en ligne sont celles qui permettent le plus de contourner la censure. Mais depuis quelques années, les mesures limitant la liberté d’expression dans le cyberespace se sont multipliées.

La fondatrice du site jordanien 7iber – qui s’est fait connaître pour ses investigations – reconnaît que l’usage de la langue arabe complique la donne.

“Evidemment qu’il y a un problème avec les contenus en langue arabe et l’usage de la forme parlée de l’arabe sur internet, confirme Lina Ejeilat. Mais ce n’est pas seulement un problème sur internet. C’est un problème de manière générale qui concerne la productions d‘écrits en langue arabe, dans les universités, dans la recherche. Il n’y a pas seulement des restrictions dans la presse, il y a des problèmes dans l‘édition, avec les licences, les magazines. Tout cela explique en partie que le fait que les contenus en langue arabe soient insuffisants.”

D’après un rapport des Nations Unies, si la langue tarde à s’imposer sur la toile, c’est aussi en raison du taux élévé d’illétrisme dans le monde arabe et d’un taux d’accès à internet encore faible. Mais la success story de Mawdoo est de bon augure.

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